‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 45 sur 123 · FERMENTATION DES ESPRITS · texte numérisé non relu

FERMENTATION DES ESPRITS

nette. Nous savons que tel est le plan de la cour ; nous voyons les dispositions militaires que l'on prend dans nos murs ; et nous savons aussi avec quel sang-froid on a envisagé le sacrilice des vies humaines que l'exécution de ce plan peut occasionneret la ruine de milliers de familles qu'entraînera l'insolvabilité du Trésor national (1). Mais, conclut-il avec énergie, le peuple de France ne s'y soumettra pas; la contrainte ne sera pas supportée maintenant. Paris lui donnera un exemple de courage, et vous, Anglais, qui avez la réputation d'aimer la liberté, vous assisterez probablement bientôt à la lutte (2). »

Afin d'être témoins des premières émotions suscitées par cette situation, nous nous rendîmes en bâte au Palais-Royal. A ce

(1; Necker avait introduit le premier le système des emprunts, et les Fiançais, alors comme aujourd'hui, s'étaient empressés de confier leurs épargnes au gouvernement. (Note de Lady Eastlake.)

(2) Cette réflexion, recueillie par Rigb}', vient à l'appui des nombreux témoignages du temps qui prouvent l'excellent accueil fait aux Anglais au moment delà Révolution, par les partisans des idées nouvelles. Aux yeux de ceux-ci l'Anglais, cpii se targue d'ailleurs volontiers de cette qualité, est le type de V homme libre. Il en résulte de la part de celui qui sera demain le « citoyen français » une admiration naïve pour l'insulaire. L anglomanie règne dans Paris, alors qu'à Londres les préjugés contre nous sont au contraire nombreux et l'inimitié mal déguisée.

moment nous en étions fort loin, et nous dûmes en chemin traverser les jardins des Tuileries, qui étaient remplis de promeneurs élégants, comme à Saint James's Park à Londres. Ces jardins devaient bientôt acquérir une nouvelle célébrité, car c'est dans ce lieu que devait éclater la première explosion révolutionnaire. Il n'y avait là aucune apparence de troubles, mais quand nous arrivâmes au Palais-Royal, nous trouvâmes le peuple très agité. Les discussions étaient plus bruyantes que d'habitude, et le mécontentement au sujet de la conduite de la cour devenait de plus en plus menaçant. Le soupçon et l'inquiétude croissaient dans le même temps, et il était évident que des sentiments d'une nature aussi puissante laisseraient bientôt éclater ces passions qui sont si difficiles à réfréner, quand elles agissent sur de grandes foules. Beaucoup de ces mêmes personnes que nous avionsvues déjà à plusieurs reprises haranguer des groupes paraissaient d'ailleurs avoir bien conscience de ce danger, et toute la force de leur éloquence était employée à calmer la fureur croissante, et à empêcher tout acte intempestif de violence qui aurait pu être considéré comme un prétexte pour 1 intervention de la troupe.

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