‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 47 sur 123 · LAMBESC · texte numérisé non relu

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certainement pas dû tirer l'épée avant que la nouvelle du changement de ministère eut eu le temps de produire tout son effet sur les esprits des Parisiens. Dans ce cas, il aurait probablement eu l'avantage qui, certes, n'était pas à escompter, d'une agression de la part du peuple. La cour aurait aussi soutenu que l'armée n'avait agi que pour se défendre. Mais, comme je l'ai dit, le prince opéra aux jardins des Tuileries et attaqua une foule de gais citoyens, qui étaient les derniers à se mêler de politique et qui, probablement, ne connaissaient rien du changement subit de ministère. C'est contre cette foule qu'il conduisit ses troupes, et, avec non moins de folie que de lâcheté, il somma le peuple de se disperser, et il appuya ses ordres par une décharge soudaine de mousqueterie(l). Les gens terrifiés s'enfuirent dans toutes les directions, et le milieu de la place fut rapidement balayé. Il n'y resta qu'un pauvre vieillard que ses infirmités empê-

(1) On sait que le prince de Lambesc ne tira sur le peuple que lorsque celui-ci eut assailli le Royal-Allemand à coups de pierres. Mis en accusation, il fut acquitté par le Chàtelet. Voici comment sa conduite est jugée par un contemporain partisan de la cour : « N'opposer à la sédition aucune résistance, n'eût-ce pas été trahir les intérêts du roi, ceux de son peuple, et tout à la fois manquer à son serment et à l'honneur ? » (Baron Hue, Dernières années de Louis XVI.)

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chèrent de prendre la fuite. Le prince lâchement leva son arme contre cet homme seul et sans défense et le blessa mortellement ou le tua d'un coup de sabre (I). Cet acte exécrable soulcval'indignationdu peuple. Beaucoup s'étaient, dans une certaine mesure, mis à l'abri des poursuites des dragons, en grimpant sur un énorme las de pierres amassées au coin de la place pour quelque grande construction. Ils se remirent alors un peu de leur panique, et l'endroit mettant du moins à leur disposition cette sorte d'arme, ils jetèrent des pierres aux cavaliers, en démontant quelques-uns, en blessant d'autres. Tout le régiment se retira avec le prince à la première tentative de résistance de la part du peuple.

Cette retraite fut probablement due soit à un manque de fermeté de la part du chef, soit plutôt à la répugnance de la part des troupes à exécuter une besogne aussi odieuse.

(1) On lit dans la déposition de M. de Carboire au procès Lambesc : « Lui déposant vit le prince donner un coup de plat de sabre sur la tète d'un homme qui s'efforçait de fermer le Pont Tournant et qui, par ce moyen, aurait fermé la retraite à sa troupe. La troupe ne fit que chercher à écarter la foule qui se jetait sur elle, tandis que du haut des terrasses on l'assaillait à coups de pierres et même d'armes à feu. » On lira dans le savant ouvrage de M. Tourneux, Bibliog. de l'Histoire de Paris, t. I, p. 157, toute la bibliographie de ce qui fut alors publié sur l'attitude du prince de Lambesc.

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Les Tuileries cessèrent dès lors d'être le théâtre des opérations et les troupes restèrent pendant plusieurs heures dispersées dans différentes parties de la ville. Mais l'indignation des habitants et surtout la fureur de la populace, maintenant exaspérée et pourvue d'armes, n'allaient probablement pas s'apaiser. Sous l'influence de ces sentiments, tout objet qui leur rappelait la cour excitait de nouveau leur indignation, et les divers emblèmes de la royauté qui décoraient beaucoup d'endroits de Paris furent l'objet des insultes les plus grossières.

Les barrières de la cité étaient autrefois des bureaux pour la perception de droits élevés, et des corps de garde imposant des entraves gênantes ou au moins mortifiantes à l'entrée et à la sortie de Paris ; mais elles étaient aussi les « maisons du roi », et, comme telles, elles furent attaquées parla populace et brûlées. C'était ces incendies que nous avions aperçus pendant la nuit.

On dit que le prince de Lambesc tenta de sauver ces bâtiments, et apparut une fois de plus contre le peuple ; et qu'il fut de nouveau obligé de se retirer, soit parce que ses troupes répugnèrent encore à ce service, soit que d'autres

soldats, comme on l'affirmait, se fussent joints au peuple (1). Le prince échappa, mais on s'empara de sa voiture, que nous vîmes passer en triomphe.

(1) Lambesc et ses troupes, comme ils se retiraient, reçurent des coups de feu des gardes françaises de leurs casernes de la Chaussée-d'Anlin. Le 13 juillet, les gardes françaises, quittant leurs officiers, passèrent en masse au peuple. (Note de Lady Eastlake).

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