‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 48 sur 123 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Suite de la lettre du H août.

Ouverture des prisons : Lord Massereene. — L'auteur, alarmé par les événements, cherche en vain à quitter Paris. — Les milices bourgeoises. — La corporation des maîtres perruquiers. Son succès auprès du peuple. — Prise delà Bastille. — L'auteur assiste, rue Saint-Honoré, aux ovations faites aux vainqueurs de la Bastille. Il voit les têtes sanglantes de I auney et de Flesselles. — Les barricades.

Le lundi 13 juillet, à onze heures environ, nous nous rendîmes à la poste ; tout y était en désordre : un des employés était en proie à un désespoir extrême, pleurant et mordant ses mains. Nous passâmes aussi chez sir John Lambert/notre banquier, mais nousnepûmesobtenir d'argent, la Caisse d'escompte refusant de faire toute affaire. La populace continuait à circuler dans les rues en masses compactes. Nous rencontrâmes une foule d'au moins quatre mille personnes allant au Palais-Royal, qui exigea que nous enlevions nos chapeaux. Toutes

les prisons, excepté la Bastille, furent ouvertes ce jour-là, et nous vîmes un prisonnier, Lord Massareene, noble Irlandais, passer dans la rue. On dit qu'il était retenu en prison depuis vingttrois ans ; il était revêtu d'une veste blanche comme un cuisinier, et portait une barre de fer sur l'épaule (1),

Paris n'avait peut-être jamais été en face d'un pareil danger, avec une telle foule tumultueuse et exaspérée dans ses murs, une armée aussi formidable à ses portes, et à Versailles, une cour irritée et désappointée, prête à frapper dès que s'offrirait à elle l'occasion de renouveler ses attaques. Des symptômes d'une

(1) Clotworthy Skefiington, comte de Masscreene et non Massareene (né le 28 janvier 1742 d'une ancienne famille d'Irlande), fut relâché le 13 juillet 1789 de la prison du Châtelet où il avait été enfermé pour dettes contractées, suivant certains récits, moins dans son propre intérêt qu'à cause de la fourberie d'un aventurier syrien qui l'avait persuadé de donner son nom à un projet de fourniture de sel pour la France. Le Gentleman s Magazine de juillet 1789 contient cet alinéa : « Lord Massareene, qui fut relâché du Chàtelet, faillit être arrêté à Calais vendredi. En débarquant à Douvres, le noble Lord fut le premier à sauter du bateau ; et dans sa joie et sa reconnaissance pour la Providence il tomba aussitôt à genoux, et embrassant par trois fois la terre, il s'écria: « Dieu bénisse cette terre de liberté. » On lit encore dans le Gentleman s Magazine d'août 1789 cette mention : « Le 19 août, Lord Massareene, récemment arrivé de France, épousa Mme Borcier, la dame qui l'accompagna en Angleterre. » C'est à Saint-Peter's Cornhill que le mariage fut contracté. MUc (et non Mme) Marie-Anne Borcier était Glle du gouverneur de la prison du Chàtelet.

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