‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 49 sur 123 · LES MILIEUX BOURGEOIS · texte numérisé non relu

LES MILIEUX BOURGEOIS

alarme générale apparaissaient, avec toutes les circonstances qui pouvaient se produire dans une grande cité, à population si mélangée. De nombreux étrangers et même des habitants quittaient Paris précipitamment ; et nous aurions fait de même, mais faute d'avoir demandé assez tôt des chevaux à la poste, on nous dit qu'on venait de recevoir un ordre des échevins défendant à toute personne de quitter la ville. Le commerce cessa partout, et les boutiques fermèrent. Ces circonstances et d'autres analogues montraient assez à quel point l'inquiétude régnait dans toutes les classes de la société. Il y avait cependant d'autres incidents qui, bien que résultant de l'anxiété générale, révélaient le bon sens et le sang-froid du peuple. Les magistrats municipaux réunis à l'Hôtelde-Ville et les habitants de plusieurs quartiers se rassemblèrent dans les églises pour délibérer sur les meilleures mesures à prendre en présence d'un danger aussi imminent. On décida qu'un certain nombre d'habitants parmi les plus honorables seraient enrôlés et prendraient immédiatement les armes ; que les échevins siégeraient en permanence à l'IIôtel-de-Ville et que des comités, permanents aussi, seraient formés dans chaque quartier de i'aris pourcom-

muniquer les informations nouvelles aux magistrats et recevoir leurs instructions.

Cette décision importante et absolument nécessaire fut exécutée avec une étonnante promptitude et un ordre exemplaire.

Il était indispensable non seulement d'armer les personnes sur lesquelles on pouvait réellement compter, mais de désarmer celles dont il ne fallait attendre que peu de protection, et qui pouvaient devenir une cause de désordre et de méfaits. Beaucoup d'habileté était nécessaire pour obtenir ce dernier résultat. Le 13 juillet, peu après midi, nous commençâmes à apercevoir çà et là, parmi les groupes mélangés de populace qui circulaient dans les rues avec tous les signes d'une surexcitation présageant des excès, des hommes de tenue décente portant des mousquets et en imposant par un air militaire respectable. Le nombre de ces hommes augmenta peu à peu (1), et leur intention était évidemment d'apaiser et de désarmer à la fois la troupe irrégulière. Leur but parut à peu près atteint avant le soir ; à ce moment, les citoyens régulièrement armés occupèrent presque exclusivement les rues et se partagèrent en

(1) Les milices bourgeoises atteignirent rapidement Je nombre de 48.000 hommes.

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