‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 51 sur 123 · OVATIONS AUX VAINQUEURS · texte numérisé non relu

OVATIONS AUX VAINQUEURS

sa physionomie ne reflétait guère que le sourire d'un idiot. Ses facultés intellectuelles avaient sombré en prison, et la captivité ne peut sûrement avoir de suite plus terrible que la perte de l'intelligence. L'autre était un vieillard de haute taille et plutôt robuste ; son extérieur et toute son attitude excitaient l'intérêt au plus haut point ; il marchait en se tenant très droit, d'un pas ferme et assuré, il tenait les mains croisées et hautes, il regardait à peine la foule ; sa physionomie trahissait à la fois la surprise et la crainte, car il ne savait pas où on le menait, il ignorait quel sort l'attendait; son visage était tourné vers le ciel, mais ses yeux étaient à peine ouverts. Si vraiment, comme on me le dit, il était enfermé depuis quarante-deux ans dans une de ces cellules où la lumière du jour ne peut pénétrer, il est facile de s'expliquer pourquoi ses yeux s'ouvraient si peu (1). Il avait un front remarquablement élevé qui, ainsi que le haut de la

(1) Il faut lire M. Funck-Bi-entano. Légendes et Archiues de la Bastille — où il cite précisément Rigby — pour rétablir l'historique exact de ces faits. La vérité n'a pu être exactement faite sur ce singulier personnage qui n'apparaît sur aucun registre d'écroude la Bastille et qui possédait, après quarantedeux ans de cellule, ce privilège à peine croyable d'avoir « le pas ferme et assuré », et la taille très droite. Ne serait-ce pas un simple figurant ?

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tête, était complètement chauve ; mais il portait une très longue barbe, et sur la nuque sa chevelure était d'une abondance extraordinaire. Cette singularité avait toute l'apparence d'une infirmité qui n'est pas inconnue à l'espèce humaine ; on l'appelle Plica Polonica.

Cette chevelure avait atteint par derrière une longueur incroyable, et n'ayant pas été peignée, d'après ce que l'on disait, pendant la longue période de l'emprisonnement, elle avait formé des nattes et s'était divisée en deux longues queues ressemblant beaucoup à celle d'un singe. Ces queues, je suppose, auraient presque touché le sol ; mais en marchant il les soutenait sur un de ses bras. Son vêlement était une vieille tunique rougeàtre toute graisseuse ; la couleur et la forme de ce costume indiquaient probablement ce qu'avaient été sa profession ou son rang ; car nous apprîmes plus tard que c'était un comte d'Auehe, qu'il avait été commandant de cavalerie et doué, dans sa jeunesse, de quelque talent. Le délit qui lui avait valu ce long emprisonnement avait été un pamphlet qu'il avait écrit contre les jésuites.

Et bien que, quelque temps après, le gouvernement eût adopté les mêmes opinions à l'en-

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