‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 52 sur 123 · OVATIONS AUX VAINQUEURS · texte numérisé non relu

OVATIONS AUX VAINQUEURS

droit des jésuites, et chassé ces derniers de France, iJ dut cependant rester en prison, soit parce qu'il fut oublié, soit parce qu'il n'avait pas d'amis à la cour pour solliciter son élargissement, ou enfin parce qu'on avait jugé impolitique de pardonner, surtout dans un cas où la cour (1) avait commis une erreur conformément à ce principe, si discuté sous les vieux régimes, que les gouvernements ne doivent jamais reconnaître leurs erreurs ou découvrir leur faiblesse (2). Tous ceux qui furent témoins de cette scèneéprouvèrent probablement comme

(1) Il semble que Rigby soil arrivé en France imbu de la lecture des bien curieuses Lettres d'un voyageur... de John Moore, ouvrage qui eut en 1781 beaucoup de retentissement en Angleterre et sur le continent. L'auteur y représente le peuple parisien comme la victime d'une oppression organisée. Tous les inconvénients, toutes les imperfections que l'auteur rencontre dans Paris, doivent être attribués, d'après lui, à la tyrannie royale. Il reconnaît pourtant que le peuple a l'air d'y être très heureux.

(2) Suivant le récit du Moniteur du 24 juillet 1789, sept prisonniers en tout furent délivrés de la Bastille ; quatre avaient été emprisonnés sur l'accusation de faux, mais ne furent jamais jugés ; le cinquième, M. de Solage, fut détenu pendant sept ans à la suite d'une lettre de cachet, demandée par son père, qui était mort dans l'intervalle. Il parait bien qu'on n'ait jamais pu déterminer avec certitude les noms des deux prisonniers ainsi conduits à travers les rues. Le Moniteur les donne pour un M. Tavernier, prisonnier depuis 1759, et un M. Whyle : on avait oublié le genre de délit et la durée de la détention de ce dernier. Il avait perdu la raison; elle Moniteur en dit autant de l'autre prisonnier emi était, avait-on dit à mon père, un comte d'Anche. Mais s'il faut ajouter foi au récit

moi une émotion inspirée aussi bien par l'horreur et la haine d'un gouvernement capable d'exposer aussi opiniâtrement qu'injustement des êtres humains à de telles souffrances, que par la pitié à l'égard de ces malheureux individus. Ce dernier sentiment augmenta de force lorsque mon attention se fixa davantage sur eux; mon esprit s'était sinon affaibli, tout au moins amolli, à la suite des événements de la nuit, et j'étais moins capable que d'habitude de contenir cet effet de la pitié que produit quelquefois la douleur la plus vive. Peut-être aurais-je honte de l'avouer à certaines personnes, mais vous ne m'en estimerez pas moins : je ne pus supporter plus longtemps cette scène, je me détournai de la foule et me mis à pleurer.

de l'incident rapporté plus loin, il est évident qu'il avait conservé sa raison. (Note de Lady Eastlake.)

C'est très probablement Whyte que RigbjT prit pour le comte d'Auche, autrement appelé comte de Lorges, personnage imaginaire formé par l'imagination populaire. Whj'teet Tavernier « n'étaient pas devenus fous à la Bastille, mais ils étaient à la Bastille parce qu'ils étaient fous. » (Funck-Brentano.) Il faut lire aussi les ouvrages de F. Bournon, V. Fournel, etc., sur la Bastille, si on veut faire la critique du texte de Rigby.

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