‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 53 sur 123 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite de la lettre du 11 août.

Rigby assiste à la Morgue à la reconnaissance des morts du 14 juillet. — Scènes de désolation. — Il cherche, ainsi que ses compagnons, à quitter Paris et il obtient un passeport à l'Hôtel-de-Ville. — Tentatives de départ en voiture de poste avec une garde armée. Sa voiture est arrêtée plusieurs fois dans les rues. — Insultes de la populace. Nouvelle visite à l'Hôtel-de- Ville. — Les échevins engagent Rigby à rester dans Paris.

Etant revenu à l'hôtel, je racontai les événements qui venaient de se dérouler. Mes compagnons sortirent dans la rue et en suivant la foule au Palais-Royal ils purent tous voir, je crois, les prisonniers relâchés. Nous étions au mercredi 15 juillet et nous sûmes bientôt que, pendant la nuit, on avait appris de différentes sources que le roi, soit qu'il fût abandonné de ses courtisans, soit qu'il fût convaincu que, dans les circonstances actuelles, c'était la conduite la plus prudente, avait abandonné la lutte

et donné l'ordre aux troupes qui entouraient Paris de se retirer. De bonne heure dans la matinée, cette information fut confirmée par l'arrivée de quelques membres de l'Assemblée nationale. Us racontèrent que, la veille au soir, peu de temps après que la nouvelle delà chute delà Bastille fut parvenue au château, le roi, accompagné seulement de quelques personnes, traversa à pied les rues de Versailles et se présenta devant l'Assemblée. Il se mettait sous la protection de cette dernière, demandant son avis et promettant de se laisser -guider aveuglément par ses décisions.

Les échevins prirent rapidement les meilleures dispositions pour répandre cette importante et heureuse nouvelle dans la ville. Des crieurs publics la proclamèrent, et de grands placards apposés aux endroits les plus en vue l'annoncèrent. Ces derniers informaient aussi les étrangers qu'ils étaient libres dès ce moment de quitter Paris, à condition de demander préalablement aux magistrats de l'Hôtel-de- Vilie des passeports, et de n'emporter avec eux ni armes, ni provisions. Nous étions disposés à profiter de cette permission, et nous résolûmes de partir, si possible, avant midi. Nous avions pris conseil à ce sujet de notre

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