‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 59 sur 123 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Suite de la lettre du 11 août.

Nouveaux détails sur la prise de la Bastille. — Arrivée de Louis XVI à Paris. Description du cortège royal. Ovation faite au Tiers. — Le roi arbore la cocarde tricolore. Il est acclamé à l'Hôtel-de-Ville. — B.iilly. Un prisonnier de la Bastille sur le passage du roi. Attendrissement du peuple. — Rigby et ses compagnons obtiennent des passeports. — Ils quittent Paris.

Nous employâmes le lendemain mardi 16 juillet à visiter quelques endroits publics dont je crois vous avoir déjà parlé, tout en recueillant d'autres détails sur les événements dont nous n'avions pas été personnellement les témoins. La prise de la Bastille étant Je plus extraordinaire de tous, nous étions désireux d'en apprendre le récit exact. Mais si singulier que cela paraisse, il était malaisé de trouver deux personnes s'accordant sur les détails, et je vous donne le récit suivant simplement comme le plus vraisemblable : c'est

celui que nous apprîmes de la source la plus autorisée.

Dans l'après-midi, un peu après quatre heures, une forte troupe de citoyens en armes se présenta devant la citadelle avec du canon, en sommant le gouverneur de se rendre. Ce dernier fit un semblant de soumission en hissant aussitôt un drapeau et en ordonnant d'abaisser le pont-levis qui communiquait avec la rue. La foule se rua à l'intérieur, et quand il y eut environ quatre cents personnes dans le fossé, le pont-levis fut subitement relevé, et quelques soldats invalides qui étaient sur les remparts, et qui montaient la garde, tirèrent sur eux des coups de canon (1). Cet acte horrible de trahison ne put qu'exciter l'indignation de ceux qui étaient dehors. Ils devinrent furieux et dans leur rage ils dirigèrent

(1) Il est intéressant d'avoir ici la preuve des versions erronées qui couraient alors dans Paris sur la prise de la Bastille. Sans entrer dans le détail de cette journée si connue, citons seulement le résumé si exact de la journée du 14 juillet que nous a donné Taine : « A la première demande le gouverneur fait retirer ses canons des embrasures ; il fait jurer à la garnison de ne point tirer si elle n'est attaquée... il subit plusieurs décharges sans riposter et laisse emporter le premier pont sans brûler une amorce. S'il tire enfin, c'est à la dernière extrémité, pour défendre le second pont et après avoir prévenu les assaillants qu'on va faire feu. Bref, sa longanimité, sa patience, sont excessives, conformes à l'humanité du temps. »

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