‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 60 sur 123 · DÉTAILS SDR LA BASTILLE · texte numérisé non relu

DÉTAILS SDR LA BASTILLE

tous leurs efforts contre le pont-levis. Ils tentèrent plusieurs fois de briser J'énorme chaîne qui le supportait et enfin ayant amené un canon tout près, un boulet réussit à la frapper et à la couper. Le pont tomba. La foule se précipita de nouveau avec impétuosité, et quand elle fut à portée de mousquet de la plate-forme où se trouvaient les soldats avec les canons, elle fit feu sur eux et, comme on le vit plus tard, tua tous les hommes qui se tenaient près des canons. Le canon de la Bastille, naturellement, se tut immédiatement et les citoyens, en ignorant la cause, soupçonnèrent un autre piège, mais quelques-uns des plus hardis escaladèrent les murs et coururent à la maison du gouverneur. Ce dernier vit le danger, il mit le feu à sa maison, dans le but d'en empêcher l'approche, et tenta d'échapper aux poursuites des citoyens exaspérés, en se retirant dans un endroit obscur du bâtiment principal. Un brave soldat, sans craindre les hauts murs ou le feu qui faisait rage, était le premier à l'œuvre. Pénétrant dans l'intérieur de la Bastille, il trouva, après de longues recherches, le gouverneur dans une petite chambre secrète, couché sur un canapé, et clans un état d'insensibilité presque absolue. Il l'en tira et l'amena à la po-

pulace dont il fut bientôt la victime. Puis sa tèle fut coupée et portée sur une perche, comme nous l'avions vue. L'autre tète, qu'on nous avait dit être la tête de M. Flesselles, était, paraît-il, celle du major commandant de la Bastille, qui avait une très bonne réputation et dont la conduite à cette occasion, si le peuple eût conservé assez de sang-froid pour réfléchir, fut particulièrement louable, puisqu'il avait essayé d'empêcher la fusillade.

Le 15 ou le 16, un Te Deum fut chanté à l'église Notre-Dame , et quelques-uns des braves gens qui s'étaient le plus distingués dans la prise de la Bastille reçurent des couronnes civiques. Nous sûmes que cette cérémonie avait été très intéressante, et nous regrettâmes beaucoup qu'elle eût échappé à notre attention.

Les rues étaient maintenant beaucoup plus calmes, et montraient des signes de joie et de confiance. Mais, malgré cette apparence générale de sécurité, l'on ne négligea pas de prendre des mesures pour se protéger contre de nouveaux dangers, et nous remarquâmes notamment avec quelque surprise qu'après la prise de la Bastille les gardes bourgeoises turent doublées toutes les nuits.

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