‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 6 sur 123 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

petits sont couverts d'un froment supérieur à celui que peut produire l'Angleterre. Les avoines sont extraordiuairemeut hautes. Il y u aussi une immense quantité de fèves, assez de lin, quelque tabac et du pastel. On parlait à Calais de la rareté des grains, on ne s'en aperçoit pas dans les campagnes. On aurait peine à croire, en les voyant, qu'une disette pût avoir lieu, si la population des villes n'était pas aussi dense. Les routes ellesmêmes sont couvertes de monde, de voitures, de chariots, de charrettes. » « Rigby, écrit M. Babeau, est surtout étonné de l'aspect de la population. En sa qualité d'Anglais, il était persuadé que les Anglais seuls étaient des hommes libres et que tous les peuples du continent, y compris les Français, étaient des esclaves gémissant sous le poids du despotisme. N'avait-il pas lu des assertions de ce genre dans les écrits des publicistes, dans les discours politiques?... Aussi c'est une grande surprise pour lui de voir les Français sous uu tout autre aspect que celui sous lequel il se les était représentés. »

« Que de singuliers préjugés, dit-il, nous nous faisons à l'égard des étrangers ! J'avoue que je regardais les Français comme frivoles et nuls, que je les croyais d'un extérieur chétif et vivant dans une misérable condition causée par l'oppression de leurs maîtres. Ce que nous avons vu contredit cette appréciation ; les hommes sont vigoureux et bâtis en athlètes, et l'apparence du pays montre que le travail reçoit des encouragements. Les femmes aussi, — je parle de la classe populaire, qui dans tous les pays est la plus nombreuse et la plus utile — sont robustes et bien faites et paraissent s'adonner à beaucoup de travaux, surtout à la campagne.

IMTRODUCTION Xlll

Elles portent de grosses charges et semblent être employées à se rendre au marché avec les produits des champs et des jardins sur leur dos. Une Anglaise trouverait peut-être cela dur, mais les paysans en Angleterre ne sont certainement pas aussi aisés. En tous cas, ils sont loin de paraître aussi heureux. Ces femmes, avec de lourdes et grandes hottes sur le dos, ont toutes de très bons bonnets sur leurs cheveux poudrés. Elles sont parées de boucles d'oreilles et de croix. Nous n'en avons pas encore vues avec un chapeau. Ce qui me frappe le plus dans ce que j'ai observé, c'est la différence étonnante entre ce pays et l'Angleterre. Je ne sais ce que nous pourrons penser ultérieurement, mais pour le moment la différence est en faveur de la France. Si les Français ne sont pas heureux, ils paraissent du moins l'être beaucoup. »

C'est de Lille que le docteur Rigby envoie à sa famille la lettre exprimant ces impressions admiratrices. Elles vont crescendo, et jusqu'à Paris monte le diapason de ses enthousiasmes. Aussi convient-il de distinguer très nettement deux parties dans son œuvre : celle où, agriculteur, il décrit la campagne française ; celle où, politique, il nous conte les premières secousses volcaniques de l'éruption révolutionnaire. Ici ce n'est plus tout à fait le même homme. Il apparaît comme le disciple de Priestley, animé d'une colère, qu'il croit assurément sainte, contre ce qui disparaît, débordant d'un naïf enthousiasme pour l'inconnu qui vient.

Son récit des journées de juin et de juillet 1789 est du plus haut intérêt. J'ajouterai même que, dans celui des événements de juillet 1789, il se

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