XIV INTRODUCTION
signale plus que jamais par la minutie de ses observations, par la précision de ses descriptions. Il atteint ainsi une intensité de vie, un coloris dans la peinture des faits et des gens, qui sont vraiment étonnants. Pour juger de l'état d'esprit populaire du temps, pour « voir » la foule qui grouille dans la rue, il est indispensable de lire le tableau réaliste et saisissant qu'il nous en a laissé. C'est une tranche de vie populaire que nous lui devons. Mais si tout nous prouve qu'il est un témoin d'une incontestable véracité, d'une véracité allant jusqu'à la minutie, pour les événements qu'il a vus de ses yeux, il n'en va pas de même lorsqu'il raconte d'après des témoignages. Ici, c'est l'Anglais fanatique, c'est l'ennemi du gouvernement des Bourbons qui accueille sans méfiance la version révolutionnaire et la transcrit paisiblement.
Aussi ses lettres sont- elles d'intéressants documents sur l'opinion telle qu'elle circulait et telle qu'elle était fabriquée au Palais-Royal, dans les Clubs, par les journaux, les brochures, les conversations et les conférences improvisées dans les carrefours. Rigby se fait l'écho de la société qu'il fréquente ou des gens qu'il interroge. Cette société qu'il fréquente, c'est celle des hommes du lendemain, des futurs conventionnels. Ces gens q,u'il interroge, ce sont les péroreurs et les badauds, les acteurs de la mystification et leurs dupes. En sorte que le récit de Rigby nous apparaît souvent tel un miroir reflétant les idées et les jugements des partisans de la Révolution. C'est un miroir qui grossit et qui déforme. Cela est d'autant plus curieux que Rigby, esprit d'une grande probité, ne croit point être tendancieux. Il raconte ou il répète de bonne foi ce qu'il entend dire, sans se douter qu'en passant