RÉCEPTION A LHÔTEL-DE-VILLE
que personne ne pouvait passer, sauf ceux qui en faisaient partie.
Le roi se rendit à l'IIôtel-de-Ville et fut reçu très respectueusement par les échevins.
M. Bailly qui, je crois, avait été choisi comme maire (1), lui fit une allocution. Le roi essaya de lui répondre ou plutôt de parler au peuple, mais il s'embarrassa, et Bailly, ou quelque autre personne qui se tenait près de lui, dit quelque chose à sa place ; après quoi, pour témoigner d'une façon visible son accord avec le peuple, il mit à son chapeau la cocarde populaire.
Ce geste provoqua un tonnerre d'applaudissements, et le roi s'en retourna au milieu des acclamations de « Vive le roi ! » Le reste de la journée fut consacré à des fêtes d'une gaieté débordante. Au Palais-Royal la foule dîna en plein air et on porta des toasts patriotiques à la manière anglaise. Le soir il y eut des illuminations, et l'Hôtel-de-Ville arbora, en souvenir des
(1) Bailly fut nommé maire de Paris le 16 juillet 1789 On connaît sa fameuse phrase au roi lorsqu'il alla au-devant de lui avant la réception à l'Hôtel-de-Ville : « Sire, j'apporte à Votre Majesté les clefs de sa bonne ville de Paris. Ce sont les mêmes qui ont été jjrésentécs à Henri IV. Il avait reconquis son peuple. C'est maintenant le peuple qui lui a reconquis son roi. »
événements qui venaient de se dérouler, une devise flatteuse pour le roi qui, dans une inscription transparente, fut honoré du titre de « Père de son peuple » et de « Restaurateur de la liberté française ».
Le samedi 18 juillet, nous visitâmes encore des monuments publics ; mais le plus intéressant de tous, et celui qui attira le plus grand nombrede visiteurs, fut la Bastille. Nous y trouvâmes deux cents ouvriers travaillant activement à la destruction de cette citadelle du despotisme. Nous vîmes les créneaux s'écrouler au milieu des cris et des applaudissements du peuple. Je remarquai un certain nombre d'artistes prenant des dessins de ce qui désormais ne devait avoir d'autre existence que sur le papier.
Nous appréciâmes la bonne fortune qui nous permit d'assister à la chute de cette prison, objet de terreur. Nous aurions pu, cependant, être encore plus complètement satisfaits, si nous n'avions été retenus par la prudence ou la crainte, car l'occasion s'offrit à nous de visiter l'intérieur de cette prison fameuse.
Un monsieur, à qui nous avions été présentés quelques jours auparavant, commandait une compagnie de bourgeois armés qui devaient