‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 63 sur 123 · NOUVEAUX PASSEPORTS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX PASSEPORTS

monter la garde à l'intérieur de la Bastille. Il nous proposa de nous emmener avec lui, comme faisant partie de la garde. Dans ce cas, il nous aurait fallu porter un mousquet et rester là quelques heures. Mais, bien que nous eussions désiré satisfaire ainsi notre curiosité, nous craignîmes de nous exposer à quelques conséquences désagréables. La situation de Paris et l'état de la Révolution étaient trop incertains pour nous garantir contre toute possibilité de danger en pareil endroit ; car si quelque subite alerte avait eu lieu à ce moment, — et à toute heure, dans tous les quartiers de Paris, il s'en produisait, — il aurait sûrement été un peu embarrassant pour nous Anglais d'être trouvés portant les armes à la Bastille. Depuis, il est vrai, nous avons regretté de n'avoir pas profité de cette occasion, mais notre regret, comme celui de beaucoup d'autres braves gens, fut déterminé par les événements ultérieurs, et non par la conviction qu'à cette époque il aurait été sage d'agir ainsi.

Ce soir-là et pour la dernière fois nous nous rendîmes à l'IIôtel-de-Ville, où l'on nous remit un nouveau passeport, avec l'assurance que si nous étions à la barrière de bonne heure le matin, avant que les rues fussent remplies

de populace, nous pourrions sortir sans être inquiétés, et, comme une lettre précédente vous l'a appris, c'est ce que nous fîmes le dimanche 19 juillet.

L'un de nous — quant à moi, je ne l'ai pas remarqué — dit qu'il vit le comte d'Auche, le prisonnier delà Bastille, siégeant avec les échevins, et ayant l'air très heureux. Et ceci me rappelle que nous avons revu l'autre prisonnier, le chôtif vieillard. 11 était placé bien en vue à une fenêtre, en face la maison où nous vîmes passer le roi, et à ce moment on le fit avancer, et on lui fit agiter son chapeau où était fixée une cocarde tricolore. L'attention du peuple ainsi attirée pendant un court instant parut avoir quelque effet sur le roi et, par hasard ou à dessein, la voiture fit un petit arrêt et obligea probablement le roi à le remarquer.

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