‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 66 sur 123 · IMPRESSIONS DE VOYAGE · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE VOYAGE

res, nous gravîmes une colline très raide, aussi escarpée et élevée que celle qui conduit à Matlock ou à Castleton, en Derbyshire (1). Au sommet, nous fûmes surpris de trouver une plaine presque plate, s'étendant de tous côtés aussi loin que l'œil pût atteindre. Elle nous parut aussi bien cultivée que le pays que nous avions traversé auparavant, mais le sol étant presque entièrement recouvert de cailloux, et l'attitude étant très élevée, les récoltes n'étaient pas aussi bonnes que dans les vallées. Après un trajet d'une douzaine de milles environ sur ce plateau, sommet d'une grande chaîne de collines qui couvrent cette partie de la France, nous arrivâmes au bord du versant opposé. 11 était environ sept heures ; le soleil, quoique un peu caché par les nuages, brillait encore par éclaircies, assez pour illuminer de grandes étendues du paysage qui s'étendait devant nous. Je dois vous dire que l'atmosphère ici est si claire, surtout le soir, que les objets les plus éloignés peuvent être distingués avec une netteté parfaite. Sur le bord de cette colline s'é-

château de Vitteaux fut démantelé en 1631, sur les ordres de Louis XIII.

(1) Situés non loin de Derby, dans une contrée montagneuse, entre les comtés de Chester et de Nottingham.

lève un magnifique château ancien, bâti jadis par quelque baron, qui devait avoir des idées grandioses pour choisir cet endroit comme ré" sidence. Près de ce vénérable château, aujourd'hui en ruines (1), une vue extrêmement étendue s'ouvrit devant nous. C'étaient des collines s'élevant brusquement, de profondes vallées, d'immenses forêts, au milieu desquelles d'énormes rochers dressaient çà et là leurs têtes. Dans les vallées il y a de nombreux villages ; les parties les plus basses sont des pâtures pleines de bétail, des prés où travaillaient de nombreux faucheurs, ou des champs de grain ; on voyait les coteaux plantés de grands bois naturels, qui avaient probablement des siècles d'existence, et par endroits, de vignobles. Le soleil, éclairant diverses parties de ce superbe

(1) Rîgby est déjà un romantique qui admire les ruines dont il comprend le pittoresque, comme il admirera plus tard la beauté des Alpes. De telles réflexions sont rares sous la plume de la plupart des voyageurs en France, étrangers ou non, ses prédécesseurs. Plusieurs, sans doute, admirent la nature ; mais il n'est pas encore à la mode de la beaucoup décrire. D'autre part, ils ne louent dans nos villes que les rues neuves et parlent avec horreur des vieux quartiers et de leurs masures dont l'aspect ne prendra de la valeur pour l'œil que lorsque leur nombre ira diminuant. On peut faire exception toutefois pour une Allemande, Mme Laroche, véritable impressionniste, qui décrit en 1787 les pa}'sages de France avec toute la sensibilité d'une femme.

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