BEAUNE
Nous quittâmes Dijon à une heure ; la route est si bonne que nous avançâmes rapidement, et nous atteignîmes Barague (1), distant de sept milles et demi, au bout d'une heure. Il y a des mendiants à chaque relais. Ensuite, nous arrivâmes à Beaune ; la route s'allonge toujours au milieu des vignobles qui produisent le vin le plus riche de Bourgogne; à un mille de cette ville, nous rejoignîmes de nombreux bourgeois en armes, à cheval, en voiture et à pied. Quelques-uns de ceux qui étaient à pied, nous prenant pour des nobles, arrêtèrent notre voiture et coupèrent les traits ; mais des messieurs vinrent à nous et nous laissèrent aller, en s'excusant poliment de la conduite inconvenante des autres.
Beaune est une vieille ville fortifiée, qui renferme beaucoup d'églises. Les habitants, en grand nombre, venaient à la rencontre des bourgeois. Ils étaient avides d'entendre de leurs bouches ce qu'ils avaient fait. Ils criaient « Vivent les tiers états 1 » et portaient des cocardes. Les femmes de Beaune sont très jolies. Hommes et femmes étaient par centaines occupés à couper et à porter la récolte.
(1) Ou plutôt La Baraque*
Nous atteignîmes Chalon à huit heures et un quart ; les routes sont encore bonnes, mais le pays n'est pas si fertile ; nous remarquâmes même quelques parcelles incultes. Chalon est arrosé par la Saône, jolie rivière, avec un excellent pont et un beau quai. Il y a plusieurs rangées de magnifiques maisons en pierre de taille. La ville est remplie de couvents et d'églises, les rues sont étroites et les maisons anciennes. Elle regorge d'habitants, et en nous promenant à la nuit tombante, nous vîmes de nombreux moines, quelques-uns causant avec des jeunes filles. Les rues étaient brillamment éclairées avec des lampes Argand, et nous remarquâmes dans quelques boutiques un jeu spécial auquel on joue avec des arbalètes. Nous couchâmes ici, mais dans une médiocre auberge.
Nous quittâmes Chalon mercredi malin 22 juillet, après nous être levés à quatre heures et demie. La route s'étend au milieu d'une belle plaine couverte de prairies, de blé, de maïs, de chanvre, etc., le tout poussant avec vigueur. Nous arrivâmes à ïournay, vieille ville sur la Saône (1), à huit heures, après
(1) C'est de l'ancienne et pittoresque petite ville de Tournus que l'auteur veut ici parler.