INTRODUCTION XV
par la bouche de ses interlocuteurs la passion a travesti les moindres incidents. Aussi est-il précieux d'entendre par sa voix, sans la sérénité du recul, l'histoire des débuts de la Révolution commentée par ceux qui la font.
Prenons des exemples : la prise de la Bastille, la délivrance des prisonniers, la charge du prince de Lambesc. Rigby n'a pas été témoin de ces événements, mais il en a cueilli le récit encore tout chaud sur les lèvres de ses amis parisiens, à moins qu'il ne l'ait ramassé dans les « parlottes » populaires. Et l'on verra en lisant ces pages quel inconscient aveuglement les a dictées. A lire Rigby, en effet, il parti de la cour a eu tous les torts ; le parti du peuple a eu tous les droits en même temps qu'il a rempli tous les devoirs.
Disons-le : cet aveuglement qui ferme les yeux des Parisiens, et de Rigby par surcroît, est soigneusement entretenu par les meneurs. Il explique l'effervescence du peuple dont il est en même temps la cause et l'effet ; il excuse ses désordres, il excuse aussi l'attitude de Rigby qui croit faire œuvre de justice lorsqu'il n'a pas un mot de compassion pour Louis XVI ramené dans Paris, ce monarque dont il remarque « l'air stupide », et lorsqu'il n'a pas une parole de pitié pour Launey, puisque, dans sa candeur, il appelle un « brave homme » l'individu qui a provoqué sa mort.
La raison de cette attitude est simple. Rigby est arrivé d'Angleterre, l'esprit façonné par ses compatriotes : il croit sincèrement que les Français sont les victimes d'un despotisme barbare, que le Roi et ses fidèles sont des monstres ; comment n'éprouverait-il pas une vive admiration pour les révolutionnaires, et de l'indulgence pour leurs
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