‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 73 sur 123 · AVIGNON · texte numérisé non relu

AVIGNON

JNous débarquâmes enfin à Avignon à huit heures et demie, le 26 juillet, et comme nous approchions, nous remarquâmes une nombreuse société se promenant sur la rive ; quelques personnes dansaient au son des cornemuses et des tambourins (1).

Avignon est une vieille ville et il y a quelques siècles elle fut la résidence des papes ; elle appartient encore au pape et elle est gouvernée par un légat ; c'est pourquoi nous fûmes obligés de prendre un passeport en la quittant. Tout ce que nous y remarquâmes, c'est que les rues sont très étroites et sales, par suite des habitudes malpropres des habitants. Elle est pleine d'églises, et je dois ajouter qu'on y rencontre beaucoup de très jolies femmes. Nous gravîmes de hauts rochers qui sont à l'intérieur de la cité, et de là nous découvrîmes une vue étendue sur la campagne et le cours du Rhône. Nous traversâmes le fleuve en bateau, en allant à Nîmes, tout près d'un vieux pont en ruines depuis des siècles (2).

presque à pic au-dessus de la vallée du Rbône. On jouit de Crussol d'une vue splendide.

(1) Young est également frappé par la gaîté des Provençaux et par leur aisance. Il est très frappé de constater qu'ils ne portent pas de sabots.

(2) Le pont Saint-Bénézet.

Le voyage d'Avignon à Nîmes fut, à un certain point de vue, le plus singulier que nous ayons fait depuis que nous quittâmes l'Angleterre.

Si j'avais été subitement transporté dans ce pays, je me serais supposé dans un autre monde, car il y a à peine un arbre ou une plante qu'un Anglais puisse reconnaître. Il y a en effet des milliers de mûriers, mais ils poussent beaucoup plus vigoureusement, et la couleur de leur feuillage est beaucoup plus belle qu'en Angleterre. Les autres arbres, aussi abondants, peut-être davantage, sont les oliviers. Ces derniers, dans la meilleure des conditions, n'ont pas un beau feuillage, ou plutôt la couleur de leurs feuilles n'est pas d'un vert franc. Ils ressemblent un peu au saule commun, et de plus ils paraissent aujourd'hui à leur grand désavantage, car les fortes gelées de l'hiver dernier, qui ont atteint aussi ces régions méridionales, ont complètement détruit des milliers de ces arbres. Leur apparence dans cet état misérable et sur une telle étendue est d'un effet vraiment triste. La perte d'une récolte entière — principale richesse des habitants — est une des plus grandes

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