XVI INTRODUCTION
excès ? Ne nous étonnons pas s'il mêle sa note au concert des joies populaires, puisqu'il croit lire dans les événements actuels la préface d'une ère nouvelle : celle du définitif bonheur de la France, de cette France que, depuis quelques semaines, il a appris à aimer. Mais ce progessiste est un optimiste qui, cette fois encore, peut être opposé à Arthur Young. Celui-ci, d'un tempérament plus froid, plus réfléchi, moins généreux et, partant, plus perspicace, s'est montré un peu sceptique au sujet d'un avenir que Rigby voyait sous les plus tendres couleurs. Il a estimé, deux ans plus tard, « que la Révolution détruisait l'ancien régime, mais ne savait pas le remplacer par un nouveau ». Au point de vue agricole même, il a pensé que le peuple ne gagnait point à l'abolition des dîmes et des droits féodaux, puisque ceux-ci -étaient remplacés par d'autres mesures, telles que les prohibitions sur le commerce des grains. De telles paroles eussent offusqué Rigby. Il continue d'être tout à l'enthousiasme. Et cet enthousiasme est entretenu par les professions de foi qu'il entend autour de lui, par lamour qu'on lui témoigne parce qu'il est Anglais, c'est-à-dire la personnification de l'homme libre (1). Tout cela l'électrise. Il est soulevé, transporté par l'ambiance, par l'entraînante émotion du peuple avide du bonheur qu'on lui promet. Enfin cet homme pratique, parfois jusqu'au prosaïsme, devient lyrique lorsqu'il parle
(1) Il faut noter à cet égard, dans son récit, une page curieuse qui dénote l'état d'esprit des patriotes français à l'endroit de leurs frères d'Angleterre, cette Angleterre qui ne fut point étrangère aux phases successives de notre Révolution,