TOULON
Plusieurs vaisseaux étaient entrain de débarquer des melons de l'île d'flyères ; nous en achetâmes de très gros et excellents pour six pence la pièce, ce qui, nous dit-on, était bien au-dessus du prix ordinaire.
Nice, dimanche matin, S heures, 2 août I7SO.
J'ai écrit ma dernière lettre à Toulon, dans la matinée, tandis que mes compagnons me torturaient pour me faire monter en voiture, de sorte que je me rappelle à peine ce que je vous ai dit. Ai-je décrit Toulon? Si je ne l'ai pas fait, je vous dirai que c'est une ville fortifiée, bien bâtie, située dans une très belle baie de la Méditerranée. C'est un des principaux ports du roi de France pour les vaisseaux de guerre, et il est actuellement bien garni de navires très importants. Le matériel est conservé dans l'arsenal, que peu d'étrangers et encore moins les Anglais ont la permission de visiter.
Tout paraît en bon ordre et bien organisé, et il y a un quai où le soir il y a une foule d'élégants promeneurs. Cette ville, étant habitée par de nombreux officiers et autres fonctionnaires du roi, ne montre pas la même apparence révolutionnaire. Ailleurs, dans chaque
ville, bourg ou village où nous avons passé, tous les chapeaux étaient ornés de la cocarde révolutionnaire, et de tous côtés nos oreilles étaient frappées des cris : « Vivent la nation, et les tiers états ! » A Toulon nous ne vîmes aucune cocarde, nous n'entendîmes aucune acclamation ; seulement la gaieté française apparaissait comme de coutume dans les sourires des femmes, et dans la façon joyeuse dont les hommes leur tiennent compagnie et causent avec elles sur le pas des portes.
Nous quittâmes Toulon vendredi matin, et nous arrivâmes à Fréjus le même jour. Ce fut la journée la plus chaude que nous ayons eue ; le thermomètre marqua pendant plusieurs heures 85° et à une heure 87°. La route est raboteuse, et bien qu'elle s'étende entre des collines dépourvues de culture, couvertes de myrtes, de tamaris, de buis, de cyprès et de genévriers, elle ne nous parut pas suffisamment pittoresque pour nous rendre insensibles aux cahots incessants de la voiture et à la chaleur extrême de l'atmosphère. Vers le soir, quand l'air devint plus frais, nos regards furent agréablement charmés pendant quelques milles par la profusion de ces arbres verts qui, en Angleterre, sont cultivés et conservés avec difficulté en