‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 81 sur 123 · FRÉJUS · texte numérisé non relu

FRÉJUS

serre chaude. Les myrtes notamment sont en grande abondance. Les pentes de certaines de ces collines, depuis leur sommet jusqu'au bas des vallées, sont complètement revêtues du vert éclatant de ces jolis arbrisseaux dont plusieurs sont en fleurs et contribuent, avec les autres plantes aromatiques qui prospèrent sous la brillante lumière de ce soleil méridional, à remplir l'air d'un délicieux parfum. Ce jour-là, nous vîmes pour la première fois l'arbre liège, production naturelle de ces montagnes sauvages, qui, je dois vous le dire, sont une partie des Alpes, partie qui touche à la mer Méditerranée. Nous arrivâmes à Fréjus, rudement fatigués, pour la première fois, et avec une jolie faim, car nous n'avions rien pu nous procurer sur la route.

Nous ne vîmes rien dans Fréjus qui fût de nature à nous réconforter. C'est une vieille ville évidemment en décadence ; et bien que près de la mer, elle n'en est cependant pas assez proche pour être considérée comme un port de mer, ni pour nous permettre de prendre l'air frais sur la plage. Nous pûmes tout juste nous traîner pour aller voir les ruines d'un amphithéâtre, une vieille porte romaine et une partie d'aqueduc. Tout cela est en pitoyable état et

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s'écroulera rapidement, je le suppose. Nous fûmes bien aises de voir l'amphithéâtre, car il y en avait une partie qui nous parut expliquer ce qui était caché par les maisons à JNîmes. Notre auberge était très mauvaise, mais nous réussîmes à nous procurer à dîner. Hier nous nous levâmes peu après quatre heures et nous quittâmes cette misérable ville. On nous avait dit de nous attendre à une journée fatigante, parce que la route passait sur une haute montagne, mais une agréable brise rafraîchissait l'air.

Jusqu'à l'Estrelles (1) la route est très pittoresque. Nous étions dans un pays tout différent et nous montâmes sans discontinuer pendant plusieurs milles.

Les collines sont couvertes jusqu'à leur sommet de pins, de myrtes, d'arbousiers, de romarins, etc., et coupées par intervalles de profondes vallées, découvrant de temps en temps de belles échappées sur la Méditerranée ; la route parfois côtoie d'une manière effrayante de profonds précipices. A la maison de poste de l'Estrelles nous ne descendîmes pas de voiture, mais nous nous fîmes apporter des œufs.

(1) Les monts de l'Estérel.

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Depuis la Napoule le pays devient tout plat, la route court le long du rivage, et c'est là que nous vîmes le premier aioès. Ici la terre avance si irrégulièrement dans la mer qu'elle forme une série de baies qui, étant entourées par un sol élevé, doivent être des endroits sûrs pour abriter les vaisseaux. Sur plusieurs de ces promontoires s'élèvent des villes petites, mais jolies. Vers midi nous arrivâmes à i^ntibes, qui est située dans une des plus petites baies. Antibesest une ville propre et bien construite, et comme elle touche à la frontière, elle est bien fortifiée. On nous demanda notre passeport de Paris, et comme on ne nous avait pas dit qu'il fallait le garder, nous crûmes un instant que nous l'avions perdu. Quand nous le trouvâmes, nous envoyâmes notre domestique le porter ; celui-ci revint tout effrayé, disant que le commandant ne comprenait pas le passeport et qu'il nous ordonnait de comparaître devant lui. Nous fûmes obligés d'obéir, mais, au lieu de rencontrer un fonctionnaire maussade, nous nous trouvâmes en présence d'un homme aimable et poli. La forme du passeport, à cause du changement qui avait eu lieu à Paris, était nouvelle pour lui, et nul autre voyageur n'étant venu de Paris à Antibes, il

nous demanda la permission de le garder. Il nous posa de nombreuses questions au sujet de la Révolution et parut très désireux d'avoir des nouvelles. Il parla de l'Angleterre et un domestique, qui se tenait près de lui, nous dit en anglais que lui-même était toujours heureux de voir des compatriotes, car il était resté trois ans prisonnier en Angleterre durant la dernière guerre, et avait été si bien traité qu'il les aimerait toujours.

Le commandant nous délivra le passeport nécessaire pour quitter la France, et nous congédia poliment.

A Antibes, nous achetâmes un beau melon d'eau dans une petite boutique. Le maître de la maison, voyant que nous étions Anglais, se précipita dans sa boutique et commença à parler politique. Il dit que les Anglais avaient eu une Révolution il y a un siècle, mais que les Français — espérait-il — enauraient maintenant une plus complète.

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