CHAPITRE VIII
Lettres du 2 août au II août 1789.
Toujours la Méditerranée. — L'auteur « quitte la France avec regret ». — Il est « enchanté de ses habitants ». Entrée en Italie. — Nice. Les galériens.
— Rigby se plaint des difficultés du voyage en Italie.
— Description des Alpes. — Scènes de mœurs. — Arrêta Breglio. — La route de Tende. Goni. Fertilité de la contrée. — Turin. Son aspect grandiose et son manque de propreté. — Critique du gouvernement sarde.
Nice, dimanche matin, 10 heures, 2 août 1789.
La route d'Antibes à Nice longe le bord de la mer. Celle-ci a une apparence tout à fait singulière et diffère à plusieurs points de vue de celle qui entoure nos îles. Comme il n'y a pas de marées, les vagues, sauf pendant la tempête, sont très petites, et par ce temps calme l'eau présente une surface admirablement unie. Sa couleur aussi est très variée ; près du bord elle est absolument verte ; plus
loin, d'un bleu parfait ; même sous les petits bateaux qui longeaient le rivage nous pouvions voir l'eau verte à une profondeur considérable. Et une eau si belle ! sous un ciel d'un bleu sans nuage. Quel paysage avec ces collines, ces bois et ces rochers ! Quelle atmosphère transparente ! Je ne m'étonne plus que ces paysages aient été tant célébrés par les poètes et les peintres ! La campagne est extrêmement bien cultivée ; les oliviers sont beaucoup plus grands et plus vigoureux que ceux que nous avons déjà vus, -et cette année ils sont abondamment chargés de fruits. Le figuier n'est point rare et semble croître à l'état sauvage. L'aloès, bien que ne servant, je crois, à aucun usage, semble en certains lieux avoir été planté en lignes, peut-être pour former des haies, car ses feuilles épaisses et charnues, se terminant en pointes aiguës, doivent être un obstacle sérieux pour l'homme ou les animaux (1). Le Var forme la frontière, entre les deux royaumes : c'est un torrent large et rapide par endroits et facilement guéable en été, mais en hiver et après les grosses pluies ce doit être une rivière dange-
(1) Cf., pour l'état de la Provence à la fin du xvme siècle, le Voyage littéraire de Provence (Père Panon), Paris, 1780.