‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 83 sur 123 · K1GBY QUITTE LA FRANCE · texte numérisé non relu

K1GBY QUITTE LA FRANCE

reuse à traverser, car il n'y a ni pont ni bac (1). Du côté français il y a une petite ville en ruines, dont un petit nombre seulement de maisons sont habitées ; les autres s'écroulent rapidement. Il y avait là deux ou trois soldats de garde qui nous demandèrent le billet du commandant, et puis nous souhaitèrent bon voyage.

Croyez-moi, j'ai quitté la France avec regret. Je ne la verrai probablement plus jamais, et je dois à ce voyage et aux événements politiques actuels des impressions qui ne s'effaceront jamais de mon esprit. Le pays m'a infiniment plu ; je suis enchanté des habitants : amour du travail, gaîté et bon sens sont leurs qualités les plus remarquables. Le nouvel état de choses, si important pour leur prospérité future, est l'œuvre du courage persévérant des classes moyennes, qui me paraissent plus éclairées que chez nous. En Angleterre, les hommes seuls parlent politique, dans les tavernes où la boisson les alourdit plus qu'elle ne les inspire. Ici, sur promenades publiques et dans les rues, les habitants de villes

(1) Il y a aujourd'hui un pont de bois et un pont de chemin de fer, tous les deux construits au prix de grandes difficultés. (Note de Lady Eastlake, 1880.)

entières et de districts se réunissent et se communiquent réciproquement les nouvelles.

Mais je dois m'arrêter. Ce sujet, si attrayant pour moi, m'entraînerait trop loin, car j'ai été témoin de beaucoup de choses. Il me faut reprendre mon récit.

De ce côté-ci de la rivière nous nous trouvâmes en Italie (1), et bien que la campagne ressemblât beaucoup à celle que nous venions de quitter en France, nous remarquâmes cependant bientôt une différence dans l'habillement et l'extérieur des gens, surtout des Piémontaises qui portent de vastes chapeaux en forme d'ombrelles, avec leurs cheveux relevés et appliqués autourdela tête. Ellessontbrunes, ont les yeux noirs et les dents blanches. Je parle delà femme du peuple. Nous sommes dans un hôtel de Nice tenu par un Anglais ; tout est confortable, et nous fîmes hier un dîner tout à l'anglaise que nous avons beaucoup savouré : bœuf rôti et pommes de terre cuites à l'eau, avec quelques bonnes rasades de porter (2). Nos lits sont bons et propres et un joli filet les

(1) A comparer toujours Young et Rigby pour le voyage en Italie.

(2) Ceci était un excès du temps jadis, car mon père ne buvait absolument que de l'eau sur la fin de sa vie. (Note de Lady Eastlake.)

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