‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 84 sur 123 · NICE · texte numérisé non relu

NICE

entoure, qui nous protège efficacement contre les moustiques, fort agaçantd dans cette chaude saison. Nous fîmes une promenade délicieuse hier soirau clair de lune. La transparence singulière de l'air rend la promenade du soir beaucoup plus agréable qu'en Angleterre. La mer, avec les rayons de la lune se jouant sur sa surface presque unie, les rochers blancs qui en certains endroits surplombent la mer, les hautes et jolies maisons de Nice, la société qui se promenait ou était assise par groupes, tout cela formait un agréable tableau. Je ne trouve cependant pas que les gens paraissent aussi gais qu'en France. Peut-être est-ce pure imagination de ma part ?

Après une bonne nuit, nous nous dirigeâmes ce matin vers le bord de la mer, mais la chaleur devint bientôt trop forte pour nous permettre de continuer notre promenade. Nous vîmes les pauvres galériens se rendre à l'église ; ils étaient environ deux cents, quelquesuns enchaînés deux par deux, et gardés par des soldats. Nous les suivîmes à l'église où un prêtre italien leur prêcha un sermon. Nous avions entendu beaucoup parler de ces malheureuses créatures, et il est assurément triste de contempler tant d'êtres humains

162 LETTRES DU DOCTEUR RIGBi

dans un tel état d'esclavage, dont quelques-uns à perpétuité ; mais ils ne paraissent pas malheureux ; et il y en avait qui chantaient en marchant. Ils sont à peu près dans la même condition que les formats de Woolwich (1).

Lundi, ??iidi, 3 août 1789. — Je vous écris dans une auberge d'un petit village des Alpes, à dix milles environ de Nice, sur la route de Turin. Notre façon de voyager est changée depuis que nous avons quitté la France, et vous pouvez croire qu'elle ne s'est pas améliorée. En France nous trouvions à chaque relais des chevaux généralement bons ; les postillons étaient très attentionnés et polis et, si nous le désirions, nous pouvions faire cent milles par jour ; mais à Nice nous fûmes obligés de passer un marché avec le postier ou celui qui loue les chevaux et s'appelle « la poste », pour nous faire franchir les Alpes sur un trajet de soixante milles environ, ce qui se fait toujours ici avec les mêmes chevaux et demande habituellement trois jours. Et comme nous dûmes prendre six

(1) Bagne célèbre du comté de Kent.

Page 1