‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 85 sur 123 · LES ROUTES · texte numérisé non relu

LES ROUTES

chevaux et un pour le domestique, ce drôle sans conscience nous demanda vingt-quatre louis et demi pour ce voyage ; après quelque hésitation, il consentit à en recevoir dix, et je crois qu'il nous a encore trompés (1).

Nous quittâmes Nice à sept heures, ayant été retenus par un forgeron qui devait venir à trois heures réparer une cheville. La route est fort belle, aussi bonne pour voyager que les routes de péage du Norfolk. Les chevaux allèrent d'un bon train pendant un demimille environ, mais bientôt le premier postillon s'arrangea convenablement pour se reposer et faire un petit somme, tandis que l'autre descendit de cheval et prit bien garde que les chevaux ne marchassent pas plus vile qu'il ne pût les suivre. A cette allure, il nous fallut trois heures pour arriver dans ce village. Ils ont l'intention d'y rester quatre

(1) Si l'on veut voir une image quelque peu poussée au noir du mauvais état des routes et de la pauvreté de l'Italie, il faut lire les récits de voyage du Dr Smollett, déjà plusieurs fois cité. Et pour corriger cette impression fâcheuse, on pourra lire ensuite les fameuses Lettres sur l'Italie du président de Brosses. Il est vrai que ce charmant ouvrage doit être consulté avec précaution. Les lettres du président de Brosses, qui ont un tel charme de naturel, qui semblent autant de tableaux vécus et pris sur le vif, ont été, au contraire, retouchées, remaniées avec un art sur lequel nous éclairera quelque jour, espérons-le, la publication de lettres de lui, bien curieuses et encore inédites.

heures et de continuer dans l'après-midi avec la même rapidité. Le pays est très accidenté, et il fait actuellement si chaud entre les rochers blancs, que nous sommes obligés de demeurer enfermés dans la maison.

A peine avais-je terminé ma lettre d'hier que nous reçûmes la visite de M. Green, le consul de la Grande-Bretagne. Il nous dit que, nous sachant Anglais, il venait nous présenter ses compliments ; mais en réalité il était plutôt désireux de connaître les nouvelles de Paris. Il est la seule personne qui, depuis notre départ de Paris, ne nous soit pas apparue avec les couleurs bleue et blanche, car c'est là, je dois vous le dire, la couleur de la cocarde que l'on porte en certains endroits depuis la Révolution ; ailleurs, elle est bleue, blanche et rouge. Il fut néanmoins très aimable et nous invita à prendre le thé avec lui, mais nous ne pûmes accepter. Un autre monsieur, Signor Farandi, médecin qui soigne des familles anglaises à Nice, vint aussi nous voir ets'offrit à nous faire visiter la ville. C'est un homme très intelligent, parlant bien anglais.

Il nous accompagna dans une felouque, à un port voisin appelé « Villafranca », situé dans une de ces baies commodes dont, comme je

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