‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 96 sur 123 · LAUSANNE · texte numérisé non relu

LAUSANNE

sourit et dit qu'elle n'était pas nécessaire, car si le monsieur avait laissé sa montre à Bex, on courrait après lui pour la lui rapporter. Il était persuadé, disait-il, qu'il n'yavaitpas un aubergiste en Suisse qui serait tenté de conserver un objet de valeur oublié par un voyageur. Néanmoins, il fit atteler un cheval. En attendant, je sortis pour flâner dans la rue, et une forte averse m'obligea à me réfugier avec d'autres personnes sous une voûte. J'étais là depuis quelques minutes, quand, à ma grande surprise, j'aperçus le fils de l'aubergiste de Bex marchant d'un pas rapide au milieu de la rue, sans s'inquiéter de la pluie. Je l'abordai et lui dis à brûle-pourpoint : « Je sais ce que vous apportez. » Je le conduisis à notre auberge où la montre fut rendue à son propriétaire, et nous fûmes aussi réjouis par ce trait d'honnêteté républicaine que de son résultat, qui fit recouvrer à mon ami son bien. Nous donnâmes à ce jeune homme un louis ; il nous dit que c'était beaucoup plus qu'il ne lui était dû pour sa marche de vingt milles. Nous arrivâmes à Lausanne à six heures et demie. Les rues étaient sillonnées de voitures. Nous aperçûmes le prince Edouard d'Angleterre, accompagné d'une dame, se rendant, dans une

chaise attelée de quatre chevaux, à un concert donné par le prince Reuss (1). Le prince Edouard doit en donner un demain. Nous vîmes beaucoup de dames bien fardées et élégamment habillées.

J'oubliais de remarquer que c'est à Martigny que nous observâmes les plus gros goitres. Il y avait là notamment un homme toujours obligé de se pencher en arrière pour supporter sa tumeur, et même de rester habituellement couché sur le dos. Mais c'est une femme qui était afiligée du plus gros ; il était beaucoup plus volumineux qu'une tête de grosseur moyenne.

BaLlhal, jeudi soir, 20 août 1789.

Dans ma dernière lettre je vous avais conduites jusqu'à Lausanne, mais je n'y étais pas entré. Le lendemain matin, en l'espace de quelques heures, non seulement nous parcourûmes toute la ville, mais nous nous rendîmes sur une éminence, dans les environs, d'où l'on jouit d'une vue d'un charme inimaginable, car elle présente tout ce qui peut

(1) Henri XVIII, prince de Reuss-Greitz.

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