‹ Lettres du docteur RigbyChapitre 97 sur 123 · LAUSANNE · texte numérisé non relu

LAUSANNE

plaire à l'œil. C'est d'abord la vaste étendue du lac de Genève qu'on peut apercevoir, quand le temps est clair, dans toute sa longueur, depuis Genève jusqu'à Villeneuve, bien qu'il mesure soixante milles. Ici il a une largeur d'environ douze milles, et les villes, les rochers et les montagnes de Savoie qui sont sur la rive opposée apparaissent distinctement. Là où nous étions, Lausanne se trouvait entre nous et le lac et ajoutait beaucoup à la beauté du paysage. Le sol dans les environs est très inégal. Tantôt ce sont des collines, tantôt de petites vallées bien abritées, richement cultivées, et les flancs des coteaux descendant vers le lac sont couverts de vignobles. Bien des sites ont excité davantage mon étonnement : la hauteur immense des montagnes des Alpes, les énormes masses de rochers brisés, les vastes étendues de neige et de glace. Mais ni l'œil ni l'esprit ne peuvent se reposer longtemps sur de telles merveilles de la nature sans éprouver une certaine fatigue, et comme elles ne sont point liées à l'idée de la présence de l'homme ou du moins à celle d'une existence confortable, ce spectacle prolongé pendant un certain temps serait déprimant. Le paysage à Lausanne est

tout différent. Qui ne s'écrierait : « Je voudrais vivre ici ! » Et la preuve que c'est bien là le sentiment de beaucoup, c'est le nombre des étrangers, particulièrement des Anglais, qui résident ici. La classe élevée est généralement instruite. Quel délicieux endroit pour se retirer ! La maison de M. Gibbon (1) est située près de cette éminence et jouit de la même vue enchanteresse. Il y a fait une allusion enthousiaste dans la préface du dernier volume de sa célèbre histoire. D'infortunés nobles de France étaient déjà en grand nombre à Lausanne.

Vendredi, S heures. — Nous venons d'arriver à Bâle et la lettre de S. m'a rendu heureux, très heureux. Jusqu'ici, j'étais anxieux de savoir que votre inquiétude au sujet de mon séjour à Paris avait disparu. Vous aurez appris d'ailleurs, longtemps avant de recevoir cette lettre, que les récits de troubles dans les provinces ne sont point exacts; il n'y en avait pas du moins durant notre longue pérégrination à travers la France. De Lausanne à Berne, en passant par Moudon et Payerne, nous tra-

(1) On sait qu'Edward Gibbon (1737-1794;, l'auteur de l'Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, se retira à Lausanne en 1783.

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