‹ Lettres du Maréchal de Saint-Arnaud, 1832-1854Chapitre 12 sur 63 · AU M È M K · texte numérisé non relu

AU M È M K

Au bivouac de Hougic, !»• 10 mai 18V».

Je suis ici depuis le 13, frère, et j'ai déjà fait une rude v isite aux Beni-Seliman. Je leur ai tué une trentaine d'hommes et brûlé un village. Le soir, je suis rentré à mon camp avec trois blessés et quelques contusionnés. Les affaires de ce pays s embrouillent.

Herbillon a des soucis dans sa province. 11 a pris Barrai et toutes les troupes de Sétif, pour aller combattre un fantôme de chérif qui vient de paraître.

S'il n'y a plus à Sétif assez de troupes pour composer une colonne, je ne puis rien faire seul. Je saurai cela cette nuit.

J'ai laissé Louise chez Mme Feray. Elle ira m'aitendre à la campagne du gouverneur. Mwe de Rougé ne viendra pas, le voyage l'effraye. On nous annonce à Alger la visite de M. le duc d'Uzès, chez qui Louise a été si bien reçue. Il me contrarie bien de ne pas être la pour le recevoir comme je le voudrais.

Pendant ce temps, que deviennent les affaires d'Italie? Elles boitent plutôt qu'elles ne marchent. L'armée est toujours à San-Paolo, ce n'est pas Borne. Le proverbe a menti : tout chemin n'y mène pas.

C'est triste pour notre armée d'être arrêtée par une telle tourbe, la première fois qu'elle prend sérieusement les armes en Europe.

Nous sommes loin de la paix et de la tranquillité, mon pauvre frère, plus encore de la véritable grandeur et de la gloire. Notre pays est en décadence. J'en suis fâché pour l'auguste corps auquel tu appartiens : nous devons ces malheurs surtout aux avocats. Avec la nouvelle loi électorale, l'Assemblée sera empoisonnée de petits avocats, de petits médecins, de petits propriétaires, et tout cela ne fait ni de grands orateurs ni de bons représentants.

L'Afrique est comme la France, elle craque avant de s' en tr' ouvrir. Sera-t on donc obligé de renvoyer Bugeaud et cent mille hommes, si l'on ne veut pas être chassé d'Afrique?

Écris-moi toujours à Alger, ma Louise me fera passer tes lettres.

Au bivouac, sur l'Oued-Djemma, le 25 mai 1849.

Cher frère, il est tard, je suis fatigué. Je t'écris pour te donner seulement de mes nouvelles, et te dire que, selon mon usage, j'ai battu les Kabyles. Ils croyaient avaler ma petite colonne de quatorze cents baïonnettes avant ma jonction avec la grande colonne. Ils se sont tournés tous contre moi et je les ai bien mal menés le 21. Le 24, après la jonction, quand il a fallu enlever les positions qui défendaient

le col de Tizy, j'ai fait la besogne avec trois bataillons.

J'aurai terminé mes opérations vers le 5. Le maréchal m'écrit qu'en cas de guerre, il me demandera au gouvernement.

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