‹ Lettres du Maréchal de Saint-Arnaud, 1832-1854Chapitre 29 sur 63 · A MADEMOISELLE DE SAINT-ARNAUD · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE SAINT-ARNAUD

Pari», le 17 septembre 1831.

Ma fille chérie, tu es aujourd'hui séparée de ta petite mère, et pendant le temps que tu as passé avec elle, tu as pu apprécier toutes ses qualités, et je suis bien heureux de voir à quel point nous serons tous unis dans une même pensée.

Profite du temps que tu passes à la campagne. Travaille, orne ton esprit, donne une bonne direction aux inspirations de ton cœur. Il faut que tu sois une femme distinguée. La société n'accueille avec faveur, en hommes comme en femmes, que ceux qui sont capables de briller dans son sein. Les autres végètent et disparaissent. Le nom et la position de ton père ne doivent pas te suffire. Dans ce temps de révolution, la fortune peut nous élever bien haut comme nous trahir.

Il est bon d'être toujours à la hauteur des événements.- Montrons-nous dignes de ses faveurs, et en même temps au-dessus de son inconstance.

A M. DE FORCADK.

Pari», le 30 septembre 1851.

11 y a un quart d'heure que j'ai ta lettre du 27, mon bon frère, et j'y réponds sans perdre une minute. Je suis heureux d'apprendre que tu quittes Malromé et reviens à Paris. Nous causerons tranquillement et nous nous entendrons mieux. Ta politique n'est pas tout à fait la mienne. Tu vois les choses à un point de vue moins élevé, moins général que moi. Tu ne vois que la situation et les embarras du moment, et tu penses que la réélection du Président suffit pour les écarter. Moi, j'embrasse plus d'avenir, je voudrais voir la France sortir du cercle vicieux où elle se perd. Je voudrais surtout anéantir la démagp* gie, car le gouvernement des démagogues m'est tellement odieux, que j'aimerais mieux mille fois mourir que d'en subir la honte.

Puisque notre bonne mère consent à faire le sacrifice de votre présence à Malromé, il faut qu'elle le fasse tout entier et vous laisse partir de suite. Plus tôt tu seras à Paris, mieux ceb sera. Je n'ai pas besoin de te dire, cher frère, combien tout le inonde ici accueille avec joie l'idée de ton retour.

A MADAME DE FOUCADE

Paris, le 9 octobre 1851.

Bonne chère mère, je réponds sans retard à ta lettre, et te donne des nouvelles de toute la famille. Mes frères ont déjeuné chez moi ce matin et vont bien, ainsi que leurs femmes.

Je suis encore un peu souffrant. Les préoccupations politiques ne me vont pas. J'aime mieux la vie active et la guerre en plein air, que la guerre qui commence dans les discussions de cabinets et d'assemblées et finit dans les rues. Tous les journaux du matin annoncent que j'entre au ministère. Je n'en sais encore rien.

Il parait qu'à Malromé vous avez de la pluie et de la grêle. C'est fâcheux pour tes vendanges. Tout va de travers dans ce siècle. Mon fils travaille sa théorie et se prépare h partir pour son régiment.

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