II
A D MÊME
Alger, le 15 juillet 1846.
Cher frère, je suis venu à Alger pour les fêtes et les bals, et j'ai trouvé la maladie et les souffrances. Depuis huit jours, je suis sur un lit de martyr. Encore une fois j'ai failli succomber à une inflammation du tube digestif. Pendant soixante heures je n'ai jeté qu'un cri, on m'a mis dans un bain de glace. Depuis trois jours je renais ; tu me connais, je reviens vite, dans huit jours il n'y paraîtra plus.
Cette affreuse maladie tombait bien mal. non pour les fêtes dont je me soucie peu, mais le ministre est allé visiter Orléansville pendant que j'étais ici en proie à toutes les douleurs, tleureusement il est re^ venu enchanté, mais tellement effrayé de la chaleur étouffante qui brûle tout, que ni lui, ni le maréchal, ne veulent me laisser retourner avant deux mois et prétendent m'emmener aux eaux. Je ne veux pas quitter l'Afrique en ce moment, seulement je mettrai mon quartier général à Ténès pendant les chaleurs, et je respirerai l'air de la mer.
AU MÊME
Alger, le 20 juillet 1846.
Avant-hier, à six heures du soir, le maréchal et sa famille s'embarquaient sur le Caméléon, pour aller à Cette, pendant que le ministre et la sienne montaient sur le Montézuma, pour aller faire une visite dans Test. Au tumulte des cours, aux fêtes, aux banquets, succède un calme plat. J'en profite, me repose et me soigne. Ma santé va mieux, mais les forces se font attendre.
J'ai accompagné le ministre jusqu'à bord et j'ai été comblé de politesses par toute cette famille et de bontés touchantes par celle du maréchal.
Abd-el-Kader n'est pas tranquille, il se remue dans le Maroc, rassemble du monde, frappe des contributions. Je crois que le maréchal sera obligé d'aller de ce côté en octobre. On parle encore de Bou Maza dans le Dahra et de Ifadji-Séghir dans l'Quarenscnis. Qu'ils viennent, je les attends, seulement je voudrais qu'il fit moins chaud. Mardi 27, je m'embarque pour Ténès, où j'établirai mon quartier général pour éviter la fournaise d'Orléansville. Si nous sommes obligés de tenir la campagne en automne, comme cela est fort probable, je ne sais en vérité pas ou nous bivouaquerons pour trouver de l'eau dans ma subdivision ; c'est une calamité !
Alger, le 27 juillet 184G.
Cher frère, le courrier de France part dans quelques heures, et j'ai juste le temps de t'embrasser, car il faut que j'aille à bord du Montézunia saluer M. de Salvandy, qui est en rade pour prendre ses lettres, et repart pour Oran et ensuite pour France. Le ministre me prend mon chef d'état-major, le commandant Courson, qui lui sert de cicérone, et l'emmène à Paris. Tu connais Courson par mes lettres; tu as vu son nom dans mes rapports. C'est un ami ; il veut te serrer la main et voir mes enfants.
Nous avons déjà eu des lettres du maréchal et de sa famille. 11 est maintenant à Excideuil, où il va s'occuper de sa réélection, qui lui est disputée par un médecin nommé M. Chavoix, qui gagne des voix chaque année, à la honte éternelle d'Excideuil. Vous n'êtes que des épiciers ; les électeurs de France n'ont plus le sentiment patriotique. Je parie qu'ils ne nommeront pas Lamoricière. Quant au maréchal, il devrait <Hre député de Paris par acclamation et de dix autres collèges.
Ma santé gagne avec mes forces; je pars demain pour Ténès
AU MÊME
Ténè% le 1" août 1846.
Frère, nie voici à Ténès depuis trois jours. Je suis chez moi, dans ma subdivision, dans mon gouvernement; je fais les affaires, et j'en ai déjà réglé quelques-unes dont tu entendras parler, mais je ne suis pas content de ma santé. Ici l'air est pur, la température très-tolérable; on peut travailler toute la journée et rester vêtu; chez moi il fait frais, parce que je suis au premier étage pour aspirer la brise de mer, et avec tout cela je ne vais pas bien... Il faudra malgré tout retourner à Orléansville vers la fin du mois. Le général Magnan, mon inspecteur général, que j'ai vu à Alger, s'est annoncé pour cette époque.
On juge mal, à Paris, M. de Salvandy; c'est un homme de beaucoup d'esprit, d'instruction, d'un grand mérite; il a surtout celui de l'à-propos, et a donné ici des preuves de beaucoup de tact. On en est généralement enchanté en Afrique, même Bedeau. Moi, j'avoue qu'il m'a séduit; peut-être est-ce parce qu'il a été parfaitement bien pour moi?
AU MÊME
TtW's, le 8 août 18fi6.
Je viens de recevoir ta bonne lettre du 24 juillet. Pauvre frère ! tu as souffert de l'inquiétude d'abord, puis de mes atroces douleurs. Ce n'est plus qu'un mauvais souvenir, ne nous en occupons plus. Je t'assure que je me soigne et que je n'ai nulle envie de mourir. Je sens un peu le prix de la vie, parce que je comprends que j'ai encore quelque chose de bon et d'utile à faire en ce monde.
J'entreprends en ce moment même une importante affaire dont le succès me fera honneur. J'essaye de résoudre cette grande question : Vaincre, punir, soumettre les Arabes par les Arabes seuls. Hier, sept cents chevaux et quatre cents fantassins, tous Arabes de diverses tribus, sous les ordres de l'agha desSbéhas, Bou-Meddin, et de plusieurs chefs braves et entreprenants, ont dû attaquer les Ouled-Jounès et les Cheurfas, qui promettent toujours de payer l'impôt et ne payent pas, et ne sont soumis qu'à moitié. D'après mes ordres, ils les razzieront et m'amèneront des prisonniers. J'attends de minute en minute des nouvelles de ce coup de main. Je ne pouvais pas faire sortir de colonne par cette chaleur, sans exposer mes troupes à de grandes fatigues et peut-être à une ca-
tastrophe; alors j'ai usé de mon influence sur les Arabes soumis pour les jeter sur les insoumis.
Tu as vu enfin Canrobert ; c'est un vrai Duguesclin qui a dû te convenir.
J'ai écrit à Dufay, au chat&au de Latmaguet, de me renvoyer son fils de suite. Il est porté sur le tableau d'avancement, mais il fatit qu'il soit h l'itlspection générale. Il a bien des chances d'être nommé sous-lieutenant.
Je te remercie pour les leçons d'éqtiitatioii que tu fais prendre h mon fils; il faut qu'il se brise et s'accoutume au cheval ; c'est bien important dans la carrière militaire. Cela m'a beaucoup servi ; il faut qu'un ofïicier supérieur d'infanterie où un ôfïîcier de cavalerie n'aient jamais h s'occuper de leur cheval. C'est un triste général que celui qui ne peut pas aller voir par lui-même un terrain ou une position, parce qu'il est arrêté par un fossé ou une haie, ou qui perd une bataille parce qu'il n'a pas pu galoper assez rapidement pour réparer une faute de ses lieutenants ou profiter de celles de l'ennemi.
Je n'ose te parler du nouvel attentat sur la vie de notre pauvre monarque ; c'est h ne plus les compter! Voilà les fruits du dévergondage d'idées de la presse et des harangues des ambitieux de la chambre! Et la reine! toujours là, près dfc la cible! Voilà une véritable et gratidç majesté, celle de la vertu résignée !
9 août.
Mon expédition arabe a parfaitement réussi, et j'ai atteint mon but. Mes trois bandes ont bien suivi les instructions que je leur avais données. LesOuled- Jounès et Cheurfas ont été envahis de trois côtés, culbutés et razziés. On leur a tué vingt-huit hommes ; ils demandent l'aman. Je n'accorderai rien , si je n'ai des garanties sûres et des otages. Cette affaire sera du meilleur effet moral. A Alger, on critiquait mon projet ; on disait que mes Arabes seraient battus, ramenés, et que je serais forcé de sortir pour les venger. L'événement m'a donné raison, et je suis dispensé de sortir jusqu'au mois d'octobre.
AU MÊME
Ténès, le 16 août 1846.
Cher frère, j'ai reçu ta lettre du 25 juillet. Comme nous sommes en retard et que d'événements nous ont dépassés! Aux distances où nous sommes l'un de l'autre, on vit comme les écrevisses, à reculons. Les élections sont finies ; lisez les journaux de l'opposition, la victoire est tout à fait pour ce parti; lisez les autres, il n'y a que des conservateurs de nommés.
J'espère, en fait, que ces derniers auront une imposante majorité. Comme les héros d'Afrique ont été traités ! Ni Lamoricière, ni Changarnier n'ont trouvé d'électeurs. Bedeau s'est habilement tenu à l'écart, et l'échec des autres fait ressortir son mérite et sa modestie. Il ne fera pas la faute de se mettre en avant ; il attendra le jour où il pourra être nommé par acclamation, sans candidature que son nom et sa réputation.
J'aborde le plus triste chapitre du monde, frère, ma santé. Elle s'en va, j'ai beau tout faire pour la retenir et la rappeler. Il y a chez moi une désorganisation incompréhensible que j'ai d'ailleurs déjà éprouvée. Je me trouve mal, le cœur me manque, je suis couvert d'une sueur froide, et cela cinq ou six fois par jour. Je me couche, je mange très-peu et digère mal. Je suis au vin de quinquina et aux bains. Cela ne -va pas, c'est ce qui me fait désirer ardemment de passer général cette année, pour aller en France en janvier. J'ai vraiment besoin de l'air Jiatal.
Dans quelques jours, je retourne à Orléansville. Croirais-tu que pendant mon séjour à Ténès, je n'ai pas été une seule fois me baigner à la mer? Les médecins me le défendent, moi je n'ose pas, je souffre tant que je redoute tout. C'est une précieuse chose que la santé !
AU MÊME
Orléansville, le 29 août I8/46.
Cher frère, le courrier ne m'a pas apporté de lettre de toi. Tu étais probablement en route, roulant vers Royan ou Bordeaux. Voyage, c'est très-bien , mais j'espère que dans tes loisirs campagnards tu m'écriras des volumes.
J'ai reçu une lettre du maréchal qui est fort satis fait de mon expédition arabe. Jd crois effectivement que ce coup de main fera bon effet. C'est une heureuse idée que j'ai depuis bien longtemps, et dont je tae propose d'User encore quand je pourrai le faire avec succès. Je viens de répondre Une longue lettre au maréchal sur la situation du pays qui n'est pas très-rassurante. Le calme où nous vivons caclrè encorè un orage. Après le Ramadan, qui flhit te 22 septembre, nous aurons quelques mouvements et moi je serai, Dieu merci, aux avant-postes. Mon Bou-Maza rentrera probablement par les flittas, et viendra sé jeter dans le Dahra. Abd-el-Kader inonde les tribus de ses lettres; de nombreux agents circulent et annoncent sa prochaine arrivée et celle de ses lieutenants. Tu penses quel malaise, quelles inquiétudes cela jette parmi les Arabes qui, tout fatigués qu'ils sont de la guerre, s'y préparent encore machinalement, parce qu'ils l'aiment et ne nous aiment pas.
Nous aurons donc probablement quelque chose, mais ce ne sera ni long ni sérieux. Au surplus, je suis tout prêt. Le 15 septembre, je recevrai d'Alger trois bataillons de renfort, ce qui me fera dans ma subdivision huit bataillons et deux escadrons. Avec cela je brave Abd-el-Kader et ses lieutenants, et l'empereur de Maroc par-dessus le marché. A la fin de septembre^ j'irai établir à Aïn-Méran, dix lieues d'Orlédnsville, un joli camp d'observation de quatre bataillons et deux escadrons, et nous attendrons les événements.
AU MÊMR.
Orlcahsyille, leli septembre 1848.
Je suis dans mon coup de feu : inspection générale et préparatifs d'expédition. Le général Magnan, mon inspecteur général, arrive demain. Les nouvelles sont toujours graves. Abd-el-Kader et Bou-Maza s'agitent et agitent toutes les tribus. L'influence d' Abdel-Kader grandit tous les jours dans le Maroc, et mine le pouvoir ébranlé de l'empereur. Nous aurons peutêtre un second Isly. Le Dahra n'attend que Bou- Maza. Je voudrais bien pouvoir jeter le Dahra dans la mer. Ce ne serait pas une grande perte pour l'Afrique, et ce serait un grand débarras pour nous. Voilà des montagnes qui m'auront bien fait courir,
j'aime mieux la pelouse de Taste, et je voudrais pouvoir me mêler à vos parties de cheval. J'envie ton sort, ici nous avons eu trois ou quatre orages terribles, des ouragans, des inondations. Le Teghaout, ruisseau à sec pendant neuf mois de Tannée, a emporté son pont, et a failli m'enlever avec cinq ou six hommes que j'ai eu bien de la peine à rattraper. Je n'ai jamais été aussi mouillé de ma vie, et à onze heures du soir et par une nuit noire comme le diable,
quand il est noir, car il y en a de roses
Ernest Dufay vient d'arriver, il m'a beaucoup parlé de mes enfants. Comme cela redouble mon désir de les voir et de les embrasser ! Écris-moi de
Taste de longues lettres , tu en as le loisir Le
collège Henri IV a encore été battu au concours. Alfred a eu la consolation de faire valoir ses prix d'honneur. Salvandy avait bien débuté dans son discours et Naudet m'a paru très-convenable.
AU MÊME
Orléansyillc, le 19 septembre 1846.
Canrobert, qui est venu ici prendre mes ordres pour les opérations que je vais entreprendre, m'a apporté des lettres de ma mère, de ma fille et de mon fils. Il a vu à Paris le duc d'Aumale qui lui a
parlé de moi dans les termes les plus flatteurs. Il lui a dit qu'il me regardait comme l'un des meilleurs officiers de l'armée d'Afrique, que j'avais beaucoup grandi dans mon commandement d'Orléansville, et que d-ins une grande guerre il aurait confiance en moi. Enfin, il a ajouté : « C'est un homme qui ira loin » et qui sera toujours à la hauteur des positions qu'on » lui donnera. » Voilà, frère, de bonnes graines pour l'avenir. Je vais m'efforcer de les fair<i pousser vite en m'occupant des affaires du pays. Je mets mes colonnes en mouvement les 23 et 25, et le 27 je serai établi à Aïn-Méran 'avec tout mon monde.
Le général Magnan' est parti hier pour Milianali, après avoir achevé son inspection. Je l'ai eu chez moi huit jours avec sa suite. 11 y a eu soirée et spectacle. Orléansville était en féte et le régiment superbe. Le général a laissé en partant un ordre du jour comme je n'en avais pas encore vu. Les instructions données aux lieutenants généraux inspecteurs leur interdisent presque les éloges. Le mal doit être signalé, mais ordinairement on se tait sur ce qui est bien, parce que tout est censé devoir être bien. Et cependant le général Magnan a cru devoir témoigner hautement sa satisfaction dans son ordre du jour, qui ne peut manquer de faire quelque bruit au ministère. Cette inspection me fera plus de bien qu'une victoire. On aime peu les victoires dans les bureaux de la rue Saint-Dominique. Le général Ma-
1 Aujourd'hui manVlml uV Fr:>n<«\
gnan est un homme de mérite, très-militaire , connaissant parfaitement son métier, et passant admirablement une inspection générale. 11 voit tout, voit bien et ne tourmente personne. C'est de plus un homme superbe, portant ses cinquante-six ans comme quarante.
Les nouvelles sont toujours les mêmes. Les Arabes croyaient voir arriver de suite l'émir et Bou-Maza. Comme ils ne sont pas venus, il y a eu une petite réaction pacifique dont je ne suis pas dupe. Ils ont peur, et en attendant leurs chefs, ils cherchent à nous abuser par une fausse tranquillité. Je suis sur mes gardes et vais prendre position au milieu de leur pays. Deux bataillons du 38e arrivent demain à Orléansville, avec deux cent cinquante hommes du 22* qui passent au 53e avant de rentrer en France avec leur drapeau. C'est une mesure qui a des inconvénients sérieux. Les soldats que Ton condamne à un séjour si prolongé en Afrique, ne sont pas tous disposés à prendre la chose philosophiquement. Beaucoup sont morts nostalgiques, d'autres sont malades, et tous mécontents. Je tâcherai de relever un peu le moral de ceux qui sont échus en partage au 53e. Je leur ferai demain un petit speech pour leur donner du courage. Pauvres gens, qui croyaient revoir leur mère, leur frère et la France ! Je les plains ! Pour moi, rien ne m'arrêtera en 1847, à moins qu'on ne se batte sérieusement.
- Ml —
AU MÊME
Orléansvilic, le 20 septembre 1846.
Taste me fait du tort , cher frère , tes lettres sont plus courtes qu'à l'ordinaire. Moi, je suis dans les combinaisons et dans les préparatifs. Je quitte demain Orléansville avec ma cavalerie, pour aller m'établir à Aïn-Méran. Mon infanterie et mon artillerie sont déjà parties hier avec les impedimenta de la colonne. Tout le monde sera installé demain soir, la colonne de Ténès m'aura rejoint. On parle d'assassinats sur la route de Tlemcen à Oran, do communications interceptées, de convois attaqués. Je crois qu'il y a beaucoup d'exagération dans tout cela, mais il peut y avoir un peu de vrai, et un peu c'est trop.
Le maréchal ne reviendra donc en Afrique que dans les premiers jours de novembre , si les événements lui permettent d'attendre jusque-là. Nous ne sommes pas nos maîtres dans ce pays. Il y a quelque chose, ici, de plus fort que la volonté des hommes raisonnables, c'est le caprice et la folie des Arabes. Ils payent cher cette folie , sans doute , mais ils ne nous font pas moins courir quand ils veulent. Aussi je vais me promener au nord et au nord-ouest pendant un ou deux mois, et ensuite il me faudra revenir au sud châtier une fraction des Beni-Ourraghs, qui a razzié une tribu de ma subdivision. Ces Beni-Our-
raghs sont de la subdivision de Mostaganem, mais si loin, qu'ils sont en dehors de toute action de la part de nos troupes. Par exemple ils sont à dix lieues de moi, et ils s en apercevront un de ces matins.
Je t'ai parlé de mes hyènes, Marie et Fanny. Elles sont superbes et bien apprivoisées. J'attends deux lions. Ajoute pour compléter ma ménagerie trois gazelles, quarante canards, vingt-neuf oies, douze dindons des gangas et une foule de poules et de pigeons. . . Adieu, je vais présider la commission consultative, concéder des terrains, délibérer et voter.
Ain-Méran, le 10 octobre 1840.
Mardi 13, je compte partir d'Aïn-Méran pour aller me montrer chez les Cheurfas , qui ne se décident pas à payer leurs impôts. Au moment où je t'écris, j'ai une expédition arabe occupée à razzier les Ouled- Abdallah. Ils étaient trop loin et dans un trop mauvais pays , je les fais attaquer par mes alliés. Je pousse activement mes travaux d'Aïn-Méran ; c'est ma création, mon idée. Position militaire magnifique, qui me servira de magasin et de point de ravitaillement en cas de guerre. Je mettrai là dedans quelques Arabes bien dévoués , qui , avec l'agha et de
bons chefs, memàteront les Sbéhas et auront toujours l'œil ouvert sur le Dahra. Mon cercle de Ténès sera hors d'état de remuer, se trouvant pris à l'ouest entre Aïn-Méran, sa limite, et Ténès. Je veux d'ailleurs que tous les aghas et tous les caïds aient ainsi de petits forts construits par nous, pour se créer un refuge en cas de besoin, où les fidèles viendront se grouper autour du chef. Je donne l'idée et l'exemple. Ces forts ne peuvent rien contre notre canon , et ils peuvent tout contre les Arabes, qui y passeraient plus de temps que les Grecs au siège de Troie.
AU MÊME
Ain-Méran, le 2i octobre 1840.
Je suis revenu hier de mon expédition chez les Cheurfas. En trois jours je leur ai fait trois razzias, tué trente-six hommes, pris une quarantaine, brûlé les gourbis, vidé les silos. Ils n'avaient jamais voulu paraître devant des Roumis, et sont venus a mon camp en suppliants. Ils n'avaient jamais payé d'impôt à personne, ils ont tout acquitté, et je crois qu'ils ne songeront plus à la révolte. Je n'ai eu besoin que de passer huit jours chez eux, mais avec la colonne in fernale. C'est le nom que donnent les Arabes à la colonne d'Orléansvilleou d'El-Esnam, comme ils l'appellent.