ETAT-MAJOR GENERAL DE L ARMEE
Dès le 20 décembre 1851, un décret rendu sur le rapport du ministre de la guerre abrogea le décret du 3 mai 1848, qui avait réduit le cadre d'activité des officiers généraux et le cadre de F état-major.
L'expérience avait fait reconnaître les vices de l'organisation territoriale décrétée après la révolution de février. La trop grande étendue des commandements retardait la transmission des ordres et diminuait ainsi l'efficacité des mesures de répression ordonnées par le Gouvernement pour arrêter toute tentative de désordre.
Ces inconvénients disparurent par le rétablissement des cadres de F état-major combiné avec un remaniement des circonscriptions territoriales décrété le 26 décembre 1851.
Le nombre des généraux de division fut élevé à quatre-vingts, le nombre des généraux de brigade à cent soixante, et le corps d'état-major fut ramené au complet déterminé par l'ordonnance du 23 février 1833. Le chiffre des divisions militaires fut reporté de 17 à 21, et chaque département eut, comme autrefois, une subdivision militaire commandée par un général.
Dans le but de relever la situation des généraux commandant les divisions territoriales, un décret des 2-11 juin 1852 met à la charge du budget de la guerre l'ameublement des appartements de réception , de leurs dépendances obligées et du cabinet du général dans les hôtels affectés au logement des officiers généraux commandant les divisions territoriales.
Enfin, un décret des 1-28 décembre 1852 rétablit la seconde section du cadre d'état-major de l'armée (la réserve), instituée par la loi du 4 août 1839, et supprimée par le décret du 11 avril 1848.
Ce décret a sensiblement amélioré la position des officiers généraux parvenus à la limite d'âge où cesse leur activité, en leur restituant les trois cinquièmes de leur solde au lieu de la pension de retraite.
RÉORGANISATION DE l' ARMÉE D' AFRIQUE. CRÉATION DE DEUX NOUVEAUX RÉGIMENTS DE ZOUAVES.
Peu de temps après son entrée au ministère, au mois de février 1852 , le général de Saint-Arnaud soumit au Prince président de la République un ensemble de mesures ayant pour objet de créer en Afrique une armée permanente au moyen de l'augmentation des corps d'élite habitués à la guerre et au climat d'Afrique. Dans ce but, le décret du 13 février 1852 créa deux nouveaux régiments de zouaves, compléta l'organisation des bataillons de tirailleurs indigènes, et augmenta l'effectif des escadrons de spahis. Voici les principaux passages du rapport présenté par le ministre pour motiver ces importantes mesures :
« Monseigneur, le temps et l'expérience de la guerre en Algérie ont consacré quelques principes dont votre Gouvernement, justement préoccupé des grands intérêts qui se rattachent à cette question, veut poursuivre l'application successive. L'un des plus féconds de ces principes, au point de vue militaire proprement dit, comme au point de vue économique, est celui delà permanence appliquée aux troupes formant cette partie de l'armée.
» Le raisonnement suffirait pour démontrer que des hommes préparés par un long séjour à subir les épreuves du climat, à prendre part à des luttes où la force physique, la force morale et l'habitude ont une valeur considérable, où le soldat est beaucoup plus individualisé que dans toute autre guerre, et réduit à chaque instant aux ressources qu'il trouve en lui-même, sont les seuls qui
soient en mesure d'accomplir utilement l'œuvre difficile et laborieuse que la France poursuit en Algérie. Mais les faits ont confirmé' la théorie d'une manière éclatante. Le rôle que le régiment des zouaves et les régiments de chasseurs à cheval d'Afrique ont joué dans le rôle de la conquête et qu'ils jouent tous les jours dans l'œuvre de la pacification a été apprécié par tous. Ils sont par le fait de véritables corps d'élite, fonctionnant dans cette guerre à la manière des réserves appelées à trancher les questions militaires les plus difficiles, ayant un passé et des traditions dont ils sont fiers, et auxquels ils doivent un esprit de corps très-solide et tout algérien.
» En présence de ces faits, on peut regretter que la France ait si longtemps tardé à multiplier dans son armée d'Afrique les créations permanentes. Après une occupation de vingt années, elle devrait peut-être n'avoir aujourd'hui dans ce pays que des corps organisés à la manière des zouaves et des chasseurs d'Afrique. Suppléant à la quantité par la spécialité, clic aurait pu restreindre dans une proportion notable le chifTre des régiments qu'elle entretient annuellement, se réservant d'appeler momentanément en Afrique, dans des circonstances d'une gravité exceptionnelle et qui deviendront de plus en plus rares désormais, des régiments pris dans les garnisons de l'intérieur. Ainsi, les considérations d'économie ne sont pas moins importantes que les considérations d'ordre militaire.
» Ces considérations me conduisent à vous proposer de décider que la portion permanente de l'armée d'Afrique sera augmentée de deux régiments de zouaves.
» Elle serait alors composée comme suit :
» Trois régiments de zouaves;
» Trois bataillons d'infanterie légère d'Afrique ;
» Trois bataillons de tiraileurs indigènes;
» Deux régiments (légion étrangère );
» Quatre régiments de chasseurs d'Afrique;
» Trois régiments de spahis.
» L'ordonnance constitutive de l'infanterie indigène, en date du 7 décembre 1841, dispose que les trois bataillons à former dans chacune des trois provinces seront de huit compagnies chacun. Le bataillon de la province de Constanline a seul été orga-
n'sé d'après ces bases. Celui d'Alger est de six compagnies, celui d'Oran de quatre seulement.
» La partie jeune et entreprenante de la population indigène, déjà modifiée par le contact de nos mœurs, montre beaucoup de goût pour le service, et le gouverneur général appelle toute mon attention sur la nécessité d'encourager et de développer cette tendance. Il démontre qu'il est possible aujourd'hui de trouver de bons éléments de recrutement parmi les Kabyles depuis longtemps soumis à notre domination, comme ceux du Dahra, des environs de Mascara, de Mostaganem, de Tlemcen, et parmi les Coulouglis. Il constate que le service militaire est entre nos mains un puissant moyen d'assimilation, en même temps qu'il utilise au profit de notre domination des éléments qui pouraient être dangereux, s'ils n'étaient employés.
» Ces considérations me conduisent à regarder comme indispensable d'élever à huit compagnies, comportant un effectif de mille hommes, les bataillons indigènes et de les encadrer plus solidement qu'ils ne l'ont été jusqu'à ce jour.
/> L'ensemble des dispositions à arrêter pour réaliser le projet de création en Algérie d'une portion d'armée permanente fortement constituée :
» Par la formation de deux nouveaux régiments de zouaves ,
» Par un complément d'organisation aux bataillons d'infanterie indigène ,
» Par une augmentation proportionnelle de l'effectif des escadrons de spahis,
» Sont l'objet du décret ci-joint que j'ai l'honneur de soumettre à votre approbation. »
La composition des deux nouveaux régiments de zouaves et le choix des officiers qui devaient les commander, fut fait avec le plus grand soin et Ton a pu reconnaître dans la guerre d'Orient que les zouaves, pour avoir vu leur effectif triplé , n'avaient rien perdu de leur valeur individuelle et de leur supériorité comme corps d'élite. Enlevés à la guerre
d'Afrique par les nécessités de la guerre contre la Russie, les trois régiments de zouaves ont formé un véritable corps d'armée qui a mérité cet éloge qui termine le rapport du maréchal de Saint- Arnaud sur la bataille d'Alma. « Les zouaves se sont fait admi- » rer des deux armées , ce sont les premiers soldats » du monde. »
CREATION DE DIX NOUVEAUX BATAILLONS DE CHAS- SEURS A PIED, ET CRÉATION DE DEUX COMPAGNIES NOUVELLES DANS CHACUN DES DIX BATAILLONS DEJA EXISTANTS.
Le décret relatif à ces créations nouvelles est du 22 novembre 1853. On a cru devoir le rapprocher du décret qui a créé deux nouveaux régiments de zouaves, parce qu'il a été dicté par une pensée semblable : augmenter dans l'armée le nombre et la force des corps d'élite destinés à jouer un rôle important dans la guerre et à assurer la supériorité de notre armée. Cette pensée est nettement expliquée dans le rapport présenté à l'Empereur :
« Sire, les hommes de guerre sont unanimes à reconnaître l'importance du rôle que sont appelés à jouer dans les armées, à côté de l'infanterie de bataille, cies corps spéciaux de fantassins que l'aptitude physique des hommes, des habitudes de grande mobilité, une éducation militaire particulière ayant surtout pour objet la jus-
tcssc du tir, enfin un armement particulier, ont rendus propres, soit à l'action de tirailleurs couvrant les mouvements généraux pendant l'engagement, soit à être groupés sur un point donné pour déterminer par un feu meurtrier des eflcls comparables à ceux de l'artillerie, soit enfin à des missions spéciales, à des pointes hardies dans le pays occupé.
» La solution de ce problème, longtemps cherchée par toutes les nations militaires, s'est incontestablement rencontrée dans l'institution des chasseurs à pied. 11 est facile d'en juger par le vif intérêt que cette création a excitée en Europe, et par les nombreuses imitations auxquelles elle a donné lieu clans les armées étrangères, lesquelles ont profité, pour l'organisation de leurs corps de tirailleurs, des recherches et des expériences de toute nature qui se sont succédé dans l'armée française. 11 importe donc que l'arme des chasseurs à pied reçoive promptement les développements nécessaires... J'ai eu conséquence l'honneur de proposer à Voire Majesté de porter de dix à vingt le nombre des bataillons de chasseurs à pied. En outre, mettant à profit l'expérience acquise depuis 1840, il m'a semblé nécessaire de composer les bataillons de dix compagnies au lieu de huit, de donner le grade de capitaine à l'officier instructeur du tir. Dans ces conditions, les bataillons pourront, tout en présentant, en cas de mobilisation, une force active respectable, laisser des dépôts mieux constitués sur tous les rapports, et le tir, base essentielle de l'instruction particulière à cette arme, ne manquera pas de se perfectionner sous l'influence d'une direction plus élevée.
» Ces utiles modifications seront naturellement appliquées aux dix bataillons d'ancienne formation, et la France sera en mesure de faire entrer un bataillon de chasseurs dans la composition de vingt divisions d'infanterie. »
On sait les services que les chasseurs à pied comme les zouaves ont déjà été appelés à rendre dans la guerre d'Orient, et Ton peut apprécier l'importance d'une mesure qui a eu pour effet de doubler le nombre des bataillons de chasseurs à pied et
d'augmenter de deux compagnies la force de chaque bataillon.
L'organisation originaire des chasseurs à pied remontait à 1840. Ils ont été successivement désignés sous le nom de chasseurs d'Orléans et de chasseurs de Vincennes.