LETTRE D'OMER-PACHA , GENERALISSIME DE L'ARMÉE OTTOMANE
Bucharest, le 1er novembre 1854.
Madame la Maréchale , au moment où l'armée française vient de perdre le chef illustre qui l'avait conduite en Crimée, et qui par la brillante victoire d'Alma avait ajouté une page glorieuse aux faits militaires de son pays, j'éprouve le besoin de vous exprimer tout le chagrin que j'ai ressenti, en apprenant le malheur qui venait de vous frapper.
Ce n'est pas seulement, Madame, le général habile, dont les talents militaires pouvaient être si utiles à la cause pour laquelle nous combattons, que
je regrette, c'est encore un ami, pour lequel j'éprouvais des sentiments de sympathie profonde, dont je déplore la perte.
Mes relations avec M. le Maréchal de Saint-Arnaud ont été de bien courte durée, mais elles ont été si franches et si loyales, que j'en conserverai toujours au fond du cœur le plus agréable souvenir.
Pardonnez-moi, Madame , si je viens rouvrir une blessure encore saignante, mais je ne peux résister au désir dé vous exprimer les sentiments de haute estime et de véritable affection que j'éprouvais pour votre époux, enlevé jeune encore à une destinée des plus brillantes.
Veuillez agréer, Madame la Maréchale, l'assurance de mes sentiments les plus respectueux et dévoués.
Le généralissime de l'armée ottomane.