‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 104 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Monsieur et très respectable Confrère,

Je ne puis laisser partir M. d'Aubonne sans vous témoigner combien je suis satisfait de votre lettre du 17 de ce mois. Elle me convainc de plus en plus que vous êtes un homme de Dieu, rempli de l'esprit de J. Ch., et ferme dans la résolution d'avancer chaque jour dans la voie de la perfection évangélique et d'aider les âmes qui vous sont confiées à y marcher. Ce que vous me dites de mes dernières lettres est très consolant et propre à m'encourager. J'ai en main une nouvelle instruction ou lettre sur l'édification que nous devons au prochain ; elle ne serait pas en état d'être remise à M. d'Aubonne avant son départ. Je lui ai fait part d'un autre écrit que j'ai fait, pareillement analogue aux circonstances. Je ne sais s'il pourra s'en procurer une copie.

Je suis bien édifié de la conduite de nos dignes hospitalières. Elle suffit pour les justifier devant Dieu et devant les hommes, en

faisant voir que l'œuvre était celle de Dieu, capable de produire des fruits de paix et de charité, et non de discorde et de dissension. Dieu en aura été glorifié. Je ne suis cependant pas surpris de ce qui est arrivé. Il y avait quelque chose dans l'œuvre qui prêtait aux bruits qu'on a fait courir et aux discours de la malveillance. Le bien qu'on avait en vue s'est opéré avec le secours de Dieu ; je crois aussi qu'il peut toujours se continuer, quant à ce qui est purement intérieur et dépend uniquement, avec le secours de la même grâce, de la bonne volonté de chaque sujet en particulier.

Mes très humbles respects à M. de Chaffoy. Je l'estime, le révère et l'aime toujours de plus en plus, et je prie instamment le Seigneur de récompenser son zèle. Je salue aussi tous nos chers confrères, entre autres les deux dont vous me parlez. M. d'Aubonne pourra vous dire tout ce qui regarde mon état. On ne peut pas en ce moment songer à l'améliorer. Je me recommande à vos SS.SS. et suis dans le Seigneur, Monsieur et respec. Confrère, tout à vous.

Ce 28 jbre 1808.

A Monsieur Bacoffe Curé de Notre Dame à Besançon Dépt. du Doubs.

Monsieur et très honoré Confrère,

Je ne doutais point de la satisfaction que vous auriez d'apprendre mon élargissement. Il a été plein et entier, et tel que nous pouvions le désirer. Tous mes papiers m'ont été rendus fidèlement. Il n'en a pas été ainsi des autres qui, dans le même temps, ont recouvré leur liberté. J'attribue cette faveur aux prières que tant de saintes âmes ont faites constamment pour moi. Daignez me les continuer, afin que je profite de ma liberté et que je la consacre toute entière à la gloire de Celui de qui je l'ai reçue et au bien de l'œuvre qu'il m'a confiée.

L'événement que vous avez marqué n'est point agréable, mais il n'a rien qui doive nous surprendre. Il peut servir à tempérer un peu la joie que nous pourrions avoir. Il me semble que vous aviez de quoi parer ce coup, dans ce que je vous ai marqué dans ma dernière lettre, dont vous m'avez paru satisfait. Nous ne sommes nullement une Société religieuse aux yeux du Gouvernement ; les hommes ne nous peuvent juger tels, parce qu'ils ne peuvent nous juger que par l'extérieur et que nous n'avons rien à l'extérieur qui nous fasse connaître comme Religieux. Nos engagements ne sont connus que de Dieu et de nous. Ils ne nous imposent point d'autres devoirs que ceux que tout prêtre, que tout fidèle qui tend à la perfection évangélique, peut embrasser, sans sortir pour cela de l'état séculier.

Nous autres, prêtres, nous appartenons essentiellement au Clergé séculier ; nous sommes aussi soumis, et plus soumis que personne, à la juridiction épiscopale, et nous n'en connaissons point d'autres ; et si nous reconnaissons une autre obéissance, elle n'a rien et ne peut avoir rien de contraire à cette juridiction, et n'a point d'autre but que de nous aider à remplir avec plus de perfection les devoirs de prêtre et de chrétien. Si, pour cette fin, nous avons adopté des règles, nous avons eu soin d'en retrancher tout ce qui appartenait exclusivement à la vie claustrale et cénobitique. Nous sommes assujettis aux mêmes charges, aux mêmes devoirs que les autres citoyens du même état que- nous ; nous en conservons tous les droits. Il est inutile de répondre aux autres objections. Nous avons pris naissance avant que les Constitutionnels existassent et nous n'en connaissons plus depuis que le Saint Père les a admis à sa communion.

Je ne crois pas qu'il soit à propos de montrer le Spécimen. Il y est beaucoup parlé des Vœux. Il est nécessaire de le faire pour en bien inculquer l'observation et, quoique avec un peu de réflexion on puisse voir que, par leur nature et la manière dont on les fait, ces Vœux ne mettent aucune distinction entre prêtre et prêtre, entre fidèle et fidèle ; cependant, comme on ne saisit pas cela d'abord, et que le nom de religieux peut faire impression sur l'esprit, je crois qu'il vaut mieux ne point produire ce petit livre. Il n'est au pouvoir de qui que ce soit d'empêcher ou d'annuler des vœux qu'on fait intérieurement au Seigneur et qui tendent uniquement à suivre, selon l'état d'un chacun, la perfection que N.S. nous présente dans son Évangile.

Je félicite notre cher confrère de la présence d'esprit qu'il a conservée. Je l'attribue à l'assistance de l'Esprit-Saint qui, selon la promesse de N.S., parle dans ceux qui comparaissent devant les tribunaux pour la défense de son nom. Présentez-lui mes respects ainsi qu'à tous ceux et celles auxquels vous savez bien que je m'intéresse.

Je suis avec la plus vive reconnaissance et le plus respectueux attachement, Monsieur et très honoré Confrère, votre très humble et très obéissant serviteur.

P. de Clorivière.

Paris, ce 29 avril 1809.

A Monsieur Bacoffe Curé de Notre Dame à Besançon. Dépt. du Doubs.

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