L. S. J. Ch
Mon très cher F. et honoré Confrère, M. Bourgeois est maintenant à la campagne pour quelques jours ; avant de partir il m'a fait tenir votre lettre en date du 14 et avec elle, une autre de nos Filles du S.C. de Marie; j'y répondrai par le retour de M. de Lan... en attendant, je vous prie de les assurer toutes, et en particulier Madame la Supérieure, de mon entier
dévouement. Je suis trop flatté qu'elles, ainsi que vous, ayez bien voulu accepter mon livret sur la Prière et l'Oraison qui, à mon grand déplaisir, ou par la négligence affectée de l'imprimeur, fourmille de fautes d'impression.
Je ne veux pas tarder à répondre à votre lettre. C'est à moi à le faire quoiqu'elle ne me soit pas directement adressée. Vous y parlez de M. Desmarets, de la Mère Julie, de M. Lefebvre de S.- Aubin, de M. Riquier, de nos Filles de Fécamp, de la désertion de quelques-unes, du désir et du besoin que vous avez de voir M. Mignot. Vous désirez avoir des renseignements sur la Société à laquelle s'est joint M. Desmarets et demandez des nouvelles de notre Confrère M. Beulé. Vous me donnez des marques bien touchantes de votre attachement. Ce sont là des objets auxquels je dois répondre sur le champ. Mais ce qui m'affecte surtout bien vivement, c'est le découragement où vous paraissez être tombé, et je suis bien aise que vous ne le dissimuliez pas. Cela nous donne, avec la grâce de Dieu, le moyen d'y apporter le remède convenable, et j'ai la douce consolation que ce ne sera point en vain. Il suffira, je crois, de vous indiquer la cause de ce découragement.
Il n'y en a point de solide. Vous n'avez dans le moment aucun juste sujet de vous décourager, puisque vous avouez que Dieu bénit la petite famille qui vous est confiée, du moins qu'elle ne dépérit pas, qu'elle s'augmente même. Vous y voyez des âmes qui, malgré leur faiblesse, triomphent du monde au milieu du monde et, par un exemple nouveau, sans chercher de compensation dans le repos et les commodités de la vie claustrale et commune, se consacrent entièrement à Dieu par les trois Vœux de Religion et trouvent leur contentement et leur joie à s'acquitter fidèlement des obligations qu'elles ont contractées. Vous-même êtes l'instrument et l'organe du Seigneur pour entretenir en elles ces bons sentiments, pour les soutenir, pour les remplir de courage. N'y a-t-il pas en cela de quoi vous animer vous-même et vous faire regarder cette œuvre comme l'œuvre de Dieu et non pas comme celle des hommes.
Vous serait-il arrivé quelque chose de nouveau qui doive ébranler vos sentiments ? Sentez-vous moins la nécessité de joindre la pratique des conseils évangéliques aux devoirs communs à tous les prêtres, pour quiconque désire atteindre la perfection du Sacerdoce ? Avezvous aperçu quelque défaut dans nos règles, dans notre Plan ? Je crois que l'approbation, quoique non solennelle, que le St-Siège leur a donnée après un mûr examen doit vous rassurer là-dessus. Croyez-vous qu'en suivant avec exactitude nos règles, vous ne puissiez pas parvenir à une assez haute perfection ? Nous nous proposons ce qu'il y a de plus parfait dans la perfection. Il n'y a point de moyen, de pratique de perfection, de service à rendre au prochain,
que cette forme de vie n'embrasse. Si notre Pauvreté n'a pas les douceurs que présente d'ordinaire la Pauvreté religieuse, elle n'en est que plus approchante de celle des Apôtres. Nous embrassons ce que la Chasteté a de plus angélique, ce que l'obéissance a de plus humble. Il ne tient qu'à nous de donner le mérite de l'obéissance religieuse à chacune de nos actions, comme le faisait St François Xavier dans le cours de ses missions, lorsqu'il était à deux mille lieues de son Supérieur. C'est à tort qu'on s'imagine quelquefois manquer des moyens nécessaires : c'est plutôt nous qui manquons aux moyens. Faisons usage des moyens que nous avons et ils nous suffiront comme à tant d'autres. La grâce de la vocation, l'esprit religieux, l'esprit intérieur et la pureté d'intention tiennent lieu de tout, et Dieu supplée abondamment aux moyens que nous pourrions désirer.
Mais peut-être craignez-vous de vous être trompé dans votre vocation ? Rassurez-vous là-dessus ; à votre âge, avec vos lumières, votre expérience et le désir sincère de faire la volonté de Dieu, on ne peut pas se méprendre en embrassant un état de perfection difficile, exposé à la persécution, et qui n'a rien que de gênant pour la nature. Rappelez-vous les lumières que vous eûtes alors, les bons sentiments dont vous fûtes pénétré, les grâces dont votre âme fut alors remplie, et vos craintes se dissiperont. Ces grâces venaient de Dieu. Vous ne vous trompiez pas en les regardant comme la marque de votre vocation, et cette vocation est toujours la même. On peut y manquer ; on peut la perdre par sa faute ; mais Dieu ne la retire point. Sine poenitentia enim sunt dona et vocatio Dei.
Permettez-moi maintenant, mon cher Confrère, de vous dire que ce découragement que vous avez éprouvé sur votre vocation n'est qu'un piège de l'ange de ténèbres. Vous n'ignorez pas qu'une de ses illusions les plus ordinaires vis-à-vis de ceux qui désirent véritablement leur perfection est de la leur montrer où elle n'est pas, et de la leur cacher où elle est. Je n'ai pas à vous expliquer une chose que vous-même expliqueriez aux autres. Mais, dans le temps où vous étiez le plus attentif à faire éviter aux autres le piège, vous n'étiez pas assez sur vos gardes pour vous en préserver. Si vous aviez eu uniquement en vue de vous avancer dans la sainte carrière où Dieu vous avait fait la grâce d'entrer ; si chaque jour vous aviez renouvelé la consécration que vous aviez faite de vous-même au Seigneur et la protestation de le suivre le plus près qu'il vous sera possible, avec le secours de ses grâces, par le sentier de la Croix, de la Pauvreté, de la Chasteté, de l'Obéissance ; si vous aviez cherché à approfondir les saintes règles que Saint Ignace nous a laissées et à prendre l'esprit de notre Société tel qu'il est tracé dans notre Spécimen ; si pour obtenir cet esprit, vous eussiez eu souvent recours aux petites prières usitées parmi nous ; en un mot si vous vous
étudiiez à vous rendre de plus en plus conforme au divin Cœur, à l'honneur de qui nous nous sommes dévoués : Hoc sentite in vobis quod et in Christo Jesu, non mon cher Confrère, vous n'éprouveriez actuellement aucun découragement. Je le sais, la ferveur n'est pas toujours également sensible, la lumière également frappante ; mais la ferveur solide et la lumière de foi ne changent point. Elles seraient chaque jour devenues plus fortes et, avec elles vous auriez pu sentir quelque découragement, mais vous ne vous seriez pas découragé ; vous n'auriez pas vacillé dans votre vocation ; vous en sentiriez toute l'excellence et vous y seriez maintenant plus affermi que jamais. Ce que je crains, c'est que vous vous soyez tant soit peu dévoyé de la route que j'ai ci-dessus tracée. Mais comment dans un combat être exempt de blessure ? Le Seigneur, dans sa miséricorde, changera le péril en bien et fera trouver le remède dans la blessure elle-même. Deus omnis gratiae, qui vocavit nos in aeternum suum gloriam in Christo Deum, modicurn passos ipse perficiat, confirmabit solidabitque. I Pet. V, 10.
Je me suis peut-être étendu sur cet article plus qu'il n'eût été nécessaire, mais vous en excuserez le motif, Charitas Christi urget nos. Cela me conduit assez naturellement à vous parler de M. Desmarets ; car j'ai bien sujet de croire, d'après votre lettre, qu'il a un peu contribué à vous décourager. Je ne veux pas le juger. Domino sua stat aut cadit. Mais j'ai le droit, surtout en vous parlant, de dire que sa conduite envers son Évêque et envers nous a été répréhensible, surtout dans la circonstance. Il a voulu paraître avant le temps marqué par la Providence. Il a préféré son zèle à l'obéissance et aux règles ecclésiastiques. Il peut faire du bien aux autres, mais il n'en fait point à lui-même. Il n'est point dans l'ordre de Dieu. J'ai peine à croire qu'il soit tranquille au-dedans de lui-même. Ses sollicitations auprès de vous et de M. Lefebvre pour vous détourner de la voie de Dieu marquent une âme agitée. Il veut abuser de l'ascendant qu'il a sur votre esprit ; vous auriez dû vous défier de vous-même et éviter sa correspondance, le sacrifice que vous en ferez sera agréable à Dieu et vous affermira dans votre vocation.
L'établissement, ou pïutôt l'Association dont parle M. Desmarets, approuvée légalement pour l'éducation des demoiselles, est de l'institution des Pères de la Foi et communément on leur en donne le nom. Leur premier instituteur est le P. Pacanari, qui leur avait donné d'abord, comme par inspiration, le nom de Dilecte, Bienaimées, nom qu'on a sagement changé en France. Le P. Pacanari est aussi l'instituteur des PP. de la Foi. J'ai eu, il y a environ dix ans, quelque correspondance par lettres avec la sœur Julie. C'est ainsi qu'on l'appelait alors ; elle était sous la direction d'un digne ecclésiastique appelé M. Thomas, avait sous sa direction quantité de jeunes demoiselles, et jouissait d'une grande réputation de sainteté.
J'ai connu de celles qui étaient sous sa direction, entre autres une qui est maintenant de la Visitation, nommée Doria, et je ne fus pas fort content de l'opposition qu'y mit la sœur Julie. Depuis ce tempslà, je l'ai perdue de voie ; mais j'ai su que les sœurs de la Foi sont venues à Amiens, elle y est entrée comme sœur converse. Ayant été (à ce qu'on rapporte), guérie miraculeusement d'une paralysie, et cela ayant rappelé de nouveau sa première réputation, elle a été mise à la tête d'un établissement pour élever des filles de campagne. Je n'en connais pas la forme, mais je le suppose à peu près comme un que nos Filles de Marie ont ouvert à Besançon pour y former des Maîtresses d'école pour les campagnes. Vous ferez bien de ne pas aller trop avant sur ce que vous dit l'Abbé Desmarets. Combien de choses merveilleuses n'avais-je pas entendu du P. Pacanari luimême, débitées par un de ses premiers compagnons, auxquelles j'avais ajouté foi. Tout cela s'est réduit à rien.
Ne croyez pas aisément ce que vous a fait entendre M. Desmarets, que notre Confrère de Saint- Aubin pourrait bien se réunir à lui. Cela marque seulement qu'il en a envie. Que ne se persuade-t-on pas de bonne foi quand on a l'imagination vive ? Il peut en dire autant de vous à M. Lefebvre, afin de vous attirer l'un par l'autre.
Nous avons eu ici M. Raquier. Il m'a écrit. Il a plu beaucoup à M. Bourgeois et à toutes nos dames. Je plains sans doute nos Filles de Fécamp, elles n'ont pas le même bonheur que celles du Hâvre. Il n'est pas étonnant que tombant entre les mains de confesseurs qui ne connaissent pas la bonne œuvre, elles se laissent engager dans une autre... Si vous pouviez en aider quelques-unes, vous feriez une bonne œuvre. Je souhaite comme vous que M. Mignot se détermine à aller au Hâvre. C'était son dessein. Ce serait une consolation pour tous deux. Vous vous fortifieriez l'un l'autre. Présentez-lui mes respects, si vous le voyez ; que ne suis-je moi-même au milieu de vous ? Il pourra vous dire que nos affaires se.... un peu à Rouen.
Vous désirez savoir à quelle Société s'est joint M. Desmarets ? et quels rapports cette Société et la nôtre ont ensemble. Dans son principe, c'était cette Société que vous avez connue en Angleterre et qui se donnait pour celle des Jésuites, mais à tort. Il est vrai que son premier but avait été de ressusciter l'ancienne Compagnie, dont ils avaient même pris le nom. Mais il s'en faut bien qu'ils en suivent les usages. Pie VI, de sainte mémoire, en les admettant par forme d'essai pour sept ans seulement, pour élever la jeunesse, leur avait donné le nom de Société de la Foi de Jésus. Pacanari, jeune homme plein de feu et qui se croyait suscité de Dieu pour rétablir l'ancienne Compagnie, était à leur tête. De jeunes ecclésiastiques français s'étaient réunis à Augsbourg dans le même dessein.
Pacanari, muni de l'autorisation de Pie VI, se les est associés, et bientôt il les a dispersés en Allemagne, en France, en Angleterre. Ce sont ceux que vous y avez vus. Comme ils se donnaient partout pour des Jésuites, bien des personnes se joignirent à eux et ils se trouvèrent en peu de temps établis dans un grand nombre d'endroits. Peu des anciens Pères Jésuites se sont joints à eux parce qu'ils ont vu la grande différence qu'il y avait entre eux et l'ancienne Compagnie. Cependant quand les 7 ans accordés par Pie VI à la Société de la Foi ont été expirés, le présent Pape n'a pas voulu prolonger leur existence. Il les a même fait rayer du Tableau. Jamais il n'a voulu admettre Pacanari à son audience, même à la sollicitation de l'Archiduchesse et du Duc de Parme. Il lui a fait dire de se joindre avec les siens aux Jésuites, lorsqu'il eût donné son Bref qui rétablissait ceux-ci dans tous les États qui voudraient les reconnaître. Pacanari s'y est constamment refusé, prétendant que c'était aux Jésuites à se joindre à lui. Cependant le Pape laissa subsister sa maison à Rome. Tous les Pères de la Foi en Angleterre se sont réunis aux Jésuites et quelques-uns d'eux travaillent dans les Missions catholiques de Russie, entr'autres MM. de Broglie, Grivel, etc.. Vous savez le Décret impérial, donné il y a trois ans, qui le supprimait nommément dans tout l'Empire. Depuis cette époque, ayant été sommés à Amiens de déclarer légalement s'ils faisaient corps ? s'ils étaient soumis à un Supérieur ? ils ont répondu à cette sommation d'une manière négative. Ils n'existent donc plus en Corps de Société, ni devant l'État, ni devant l'Église. Si cependant les Évêques se servent d'eux, soit pour des Missions, soit dans des Collèges, c'est comme des ecclésiastiques particuliers qui ne sont pas censés avoir entre eux aucun lien commun et permanent. Voilà, je crois, la notion la plus juste qu'on puisse vous donner en peu de mots de ceux à qui s'est joint M. Desmarets.
Vous pouvez aisément juger quels sont les rapports que nous avons avec eux ; ils étaient grands dans le principe. Mêmes règles, même Fondateur principal, même but, mêmes fins. Nous ne différons que dans la manière dont nous nous proposons de marcher sur les traces de St Ignace et de son illustre et sainte Compagnie. Eux croyaient pouvoir rétablir les choses sur le même pied que St Ignace les avait d'abord établies ; ils devaient donc en adopter les usages, les plans, la forme du Collège et de l'éducation, et c'est ce qui ne leur a pas été possible ; je sais même que, sous prétexte de mieux, le nouveau fondateur a changé des points essentiels de l'Institut. Pour nous, considérant que les circonstances n'étant plus les mêmes, et principalement que les États catholiques étaient comme convenus entre eux d'abolir l'ancienne vie cénobitique et commune des Religieux, et que, l'Église même, pour prévenir de plus grands maux, se voyait comme obligée, Dieu le permettant ainsi pour punir les prévarications
du peuple chrétien, de plier sa discipline à leurs vues, vous avons cru qu'il fallait nous efforcer, selon notre faiblesse, de faire ce qu'il a fait de son temps, qui était très différent du nôtre. C'est pourquoi, en adoptant tout l'esprit de Saint Ignace, ses règles et la perfection des vœux, pour former par là des Religieux apostoliques, nous n'avons pas cru devoir les isoler du clergé séculier, déjà affaibli par le petit nombre des prêtres, màis plutôt les incorporer avec lui afin que lui-même étant devenu religieux et tout détaché des biens de la terre, l'utilité fût plus grande et s'étendît à tous les fidèles, de quelqu'état et de quelque profession qu'ils fussent ; c'est dans le même sens et pour affranchir nos Sociétés de toute servitude que nous n'avons pas voulu qu'elles eussent aucun bien en commun, ni rien qui les distinguât. N'ayant aucun besoin de fondations, il leur était aussi plus facile de se propager. Lisez notre lettre au Cardinal Légat qui, depuis, a été imprimée et adressée aux Évêques, dont un assez grand nombre l'ont bien accueillie ; mais faute de sujets, nous n'avons pu remplir leurs vues. Cette Société, comme on le voit par l'expérience, doit pour ainsi dire prendre racine dans le sol de chaque Diocèse, ce qui ne peut se faire que peu à peu. Un seul prêtre zélé peut suffire pour établir la Société dans un grand Diocèse. C'est ce que j'ai vu en Franche-Comté, où nous avons maintenant des établissements en plusieurs villes. Notre Mémoire aux Évêques (manuscrit) présente les moyens d'entretenir parmi nous la ferveur religieuse. Je reviens à l'autre Société des PP. de la Foi. Comme leur but était de remplacer les anciens Jésuites, le Souverain Pontife les ayant, par son Bref, rétablis partout où on les admettait, et leur chef ayant refusé de s'y joindre, leur mission est finie ; au moins en tant que Corps, fait pour remplacer les Jésuites.
J'ai maintenant à vous donner des nouvelles de M. Beulé, je vais le faire avec plaisir. Ce cher et respectable Confrère, sans s'éloigner entièrement de nous, avait fait un pas en arrière. Il avait cessé de renouveler ses vœux et s'en tenait purement et simplement à sa première Consécration. C'était une suite de la frayeur qui avait été excitée par ma détention qu'on attribuait à tort à la bonne œuvre, quoiqu'elle n'y entrât pour rien. Il y avait alors à la tête de notre Société, à Chartres, un digne ecclésiastique, mais timide et affaibli par de longues infirmités. Il communiqua ses frayeurs à nos autres Confrères et ils crurent que la prudence demandait d'eux qu'ils n'allassent pas plus avant. On ne me consulta point ; on ne croyait pas qu'il fût possible de le faire, et tous nos Confrères suspendirent leurs Vœux, mais sans que je fusse instruit de ce qui s'était passé. Ayant appris que le Supérieur M. Frap.... était à toute extrémité, je lui écrivis une lettre dont il parut touché. Mademoiselle de.... fut à Chartres et la lui remit entre les mains. Mais il était trop faible pour agir. Il mourut le lendemain. Les Filles de Marie, instruites
par leur Supérieure Générale, ne tardèrent pas à répondre. J'attendais une occasion favorable pour témoigner ma peine à M. Beulé de ce qu'il n'était plus comme auparavant. Quelque temps après j'appris que, dans uneJViission qu'il avait donnée à Mortagne, il avait rendu service à nos SS. et avait même augmenté leur nombre. Je lui écrivis pour lui en témoigner de la satisfaction. Je le pressai en même temps le plus vivement qu'il me fût possible de reprendre ses premiers engagements. Ce ne fut qu'environ quatre mois après que je reçus sa réponse qui fut honnête, mais non pas telle que je la désirais. J'insistai dans une longue lettre, je réfutai toutes ses objections, et répondis à tout ce qui lui faisait quelque peine. Je lui montrai qu'il ne faisait pas assez de cas de l'approbation que le Saint-Père nous avait donnée ; que dans les circonstances, il ne pouvait pas en donner prudemment une plus grande ; qu'elle embrassait toute notre forme de vie, tracée dans nos écrits qui lui ont été présentés, que les restrictions qu'il y a mises marquaient l'examen qu'il en a fait, que la promesse d'une Approbation publique dans un meilleur temps, ag...s...p...q... à cette Approbation et que ce n'était pas peu de chose d'avoir permis à tout le monde de l'embrasser ; qu'enfin, M. Beulé savait mieux que personne que le Saint-Père avait fait tout cela avec une affection de cœur qui semblait avoir quelque chose de céleste. Cette lettre a eu tout l'effet que je pouvais désirer et, quelque temps après, je reçus une réponse de votre respectable Confrère par laquelle il me remerciait de la lettre que je lui avais écrite, me promettant la plus entière obéissance et m'annonçant qu'il avait renouvelé ses Vœux à la fête de l'Assomption dernière. Le Supérieur de l'endroit, notre Confrère, M. Presleur, m'a écrit la même chose. Je vous parle avec confidence, il ne serait pas convenable, je crois, d'en prendre connaissance avec notre cher Confrère quand vous le verrez. Du reste, vous pouvez user avec discrétion de ce que je vous dis quand vous le jugerez à propos.
Il ne me reste plus qu'à vous témoigner toute ma reconnaissance du vif intérêt que vous prenez à ce qui me regarde. Il me serait doux, sans nul doute, d'avoir ma liberté si elle me procurait la consolation de vous voir ; je ne veux pas là-dessus, comme sur tout le reste, avoir d'autre volonté que celle de Dieu. Il sait mieux que nous ce qui convient à sa gloire et à notre salut. Depuis plus de 3 mois, on ne cessait de me dire que j'étais sur le point de sortir et je le croyais. J'ai vu tout nouvellement qu'il n'en était rien et que les choses en étaient comme le premier jour. Cela m'a surpris sans m'affliger. Les hommes après tout ne font que ce que Dieu veut. Je veux me reposer sur le sein de sa Providence, comme l'enfant sur celui de sa mère.
Adieu, mon cher Confrère, pardon de la longueur de ma lettre. J'ai voulu épancher mon cœur dans le vôtre. Constance, amour,
union dans les divins Cœurs de Jésus et de Marie. C'est dans ces sentiments que je suis pour la vie, etc..
Pierre- Joseph.
P.S. — Il se pourrait faire que cette lettre ne satisfît pas encore à tout ce qui pourrait vous gêner ; en ce cas, faites m'en part directement parce que c'est moi que cela regarde. Mais que votre lettre soit toujours à l'adresse de M.B. Je viens d'écrire à M. Lefebvre