L. J. Ch
Je n'ai pas été parfaitement content de mademoiselle Pillois (1), comme je viens de le dire à Monsieur Bourgeois dans une lettre qu'il vous communiquera sans doute, ce qui me dispense d'entrer là-dessus dans aucun détail ; nous n'avons qu'à donner conseil, c'est à vous à décider. Je n'avais d'abord considéré dans mademoiselle Pillois que les bonnes qualités qui la rendraient propre à la chose ; ce n'est que depuis que j'ai eu connaissance des inconvénients.
Les deux lettres de St-Servan ont des choses intéressantes. Marie Evan paraît une bien bonne fille et bien zélée pour la bonne œuvre. Il semble que les choses sont sur un bon pied à Saint-Brieuc. Rassurez Amable sur ce qu'elle vous dit sur la confession ; l'essentiel est de veiller à la plus grande pureté de conscience, et dès qu'on aperçoit en soi quelque tache, quoique légère, qui puisse contrister l'Esprit Saint, de la laver le plus tôt possible dans la piscine sacrée. Quand on a la conscience aussi timorée qu'elle l'a, on ne doit pas s'inquiéter de ne rien trouver en soi dont on puisse s'accuser au tribunal, mais on peut craindre humblement et sans trouble que cela ne provienne
(1) Mlle Pillois fit sa cons. en 1800, ses vœux en 1807, fut envoyée àTours, puis à Suresnes où elle s'occupa activement de l'éducation des jeunes filles ; elle mourut le 8 novembre 1836.
de son peu de lumières ou du défaut de délicatesse de conscience et dans l'occasion de faire part de cette crainte au tribunal, quand même on n'aurait point d'autre chose à dire. Pour ne pas être privé du bien de l'absolution, on peut de temps en temps renouveler l'accusation de quelque péché de la vie passée qu'on sait bien avoir autrefois confessé.
Vos cerises étaient fort bonnes, mais j'en avais déjà suffisamment qué Laurence m'avait apportées. Pour les œufs, il m'a fallu les donner, n'étant plus à lieu d'en faire usage. Maintenant que je suis seul, je reçois du traiteur plus d'aliments que je n'en consomme.
Adieu, ma chère fille ; je vous souhaite une meilleure santé? beaucoup de confiance et une grande paix. Quand le travail de la Société vous presse, vous pouvez vous en décharger sur votre assistante.
Priez pour moi le jour de ma fête qui est aussi celui de ma naissance et mon baptême. J'entre ce jour- là dans ma 73e année ; je ne devrais plus soupirer qu'après l'heureuse éternité et travailler chaque jour à m'y préparer. Demandez pour moi cette grâce au Seigneur afin que je puisse paraître avec confiance devant son tribunal, sous les auspices de Marie qui, après son infinie bonté, est le grand sujet de mon espérance.
Ne vivons ici-bas que pour lui, afin de ne vivre éternellement qu'en Lui.
Je suis, ma chère fille, en union des Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie, tout à vous.
Ce 29 juin 1807.
Ma chère Fille,
Je vous remercie d'avance de votre petit dîner. J'ai déjà engagé l'abbé de la Neuville à le partager avec moi... Les deux lettres de madame du Clozel m'ont fait plaisir, et réforment un peu la mauvaise impression que font les lettres de madame de la Fayette au sujet de mademoiselle Pillois. Je le répète, je trouverai bon ce qu'on décidera sur elle.
J'ai reçu du P. Lange une lettre dans laquelle il me fait part de son embarras au sujet d'une réunion de nos filles à Plouer, que le curé voit de bon œil ; il y en a plus de vingt qui ont fait les vœux. Il me dit qu'à l'exception de l'évêque, la plupart des ecclésiastiques les plus marquants de St-Brieux nous sont favorables. J'ai passé une bonne partie de la journée d'hier à lui écrire pour le détourner de faire une démarche qui ne pourrait que nuire.
Ce qu'on vous marque du filleul d'Angélique n'est pas en sa faveur et ne doit pas vous engager à lui faire poursuivre ses études lorsqu'il aura fait sa première communion.
Ce que vous me marquez de M. de Broise est très satisfaisant- C'est un grand trait de la divine Providence sur lui qu'on l'ait retiré à temps de Charenton.
Vous pouvez faire vis-à-vis de madame de Chateaubriand ce que vous jugerez à propos. J'ai eu autrefois, lorsqu'elle était à la communauté de la Victoire à St-Malo, de très grands rapports spirituels avec elle... Je verrai avec plaisir mademoiselle Gaillard si on lui permet de me parler. Je crois qu'on sera embarrassé d'Élisabeth ; elle serait en danger dans le monde et je doute fort qu'elle puisse convenir à aucune communauté.
Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous passiez une huitaine de jours dans la petite maison dont vous parlez, près des Trappistes ; mais il faudrait convenir du temps avec votre assistante.
Madame de Saisseval raconte des choses tristes pour ce qui la regarde. Quand on s'est consacré à Dieu, il ne faut plus chercher de consolation qu'en Lui ; rarement on en trouve dans sa famille.
Vos couplets sont bien faits ; je vous en remercie ainsi que de votre emblème, qui est joli.
Je ne compte pas beaucoup sur les démarches auprès du ministre de la police ; je n'en suis pas moins sensible à toutes les peines que vous prenez ; je vous prie aussi d'en marquer ma vive reconnaissance à M. l'évêque de Rennes et à M. l'abbé d'Astros.
Tout à vous dans le Seigneur.
Je vous renvoie toutes vos lettres.
A Mademoiselle Adélaïde.