‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 21 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Ce vendredi 7 août 1807.

Ma chère fille, ce que vous me marquez de mademoiselle Gaillard me fait grand plaisir. Je la félicite et je remercie Dieu de la victoire qu'elle a remportée sur elle-même. J'espère que cela servira à augmenter son courage. Pour vous, ma chère fille, vous avez bien fait de suivre l'inspiration que vous avez eue.

Vous pouvez être bien assurée que je ne désapprouverais pas

votre voyage de P. pour affaires de famille. Vous avez déjà toute permission pour ces objets ; ce n'est que pour une plus grande perfection que vous les demandez.

J'entre volontiers dans votre bonne œuvre pour les crucifix. J'y contribue pour six livres que vous prendrez sur mon petit pécule. Les oppositions que vous trouvez au voyage de votre filleul sont fâcheuses. Vous avez bien fait d'insister, mais il est douteux si les tantes se rendront... J'approuve fort les soins que vous prenez de cette pauvre fille de 19 ans ; profitez de sa bonne volonté ; visez à l'essentiel, Dieu fera le reste.

Parmi les lettres que vous m'avez envoyées, il y en avait une de Félicité, sœur de M. des Illes, qui m'a fait grand plaisir, et une de ma sœur des Illes.

J'ai lu avec attention les lettres qui concernent les hospitalières ; je ne vois pas le grand bien à faire ; il ne paraît pas que M. l'archevêque d'Aix ait grand besoin de sujets ; ce n'est que pour le mieux qu'il les désire, et ce mieux est fort douteux. Les religieuses consentantes paraissent vouloir s'en tenir à leurs règlements ; cela ne s'accorderait pas avec la lettre de madame Pinezou. Il y aurait bigarrure : de là naît la division ; de plus tout s'oppose à elle : supérieure, confesseur, curé. Leurs dispositions sont faibles ; la chose est difficile, et ce qu'il y a de plus à considérer, c'est que leur départ, probablement, entraînera la ruine de l'établissement de Fougères, et découragerait leurs sœurs et n'édifierait personne... Ce que je croirais qu'il y aurait à faire ; si le sous-préfet est tel que les religieuses le peignent, il aura sans doute donné d'autres justes sujets de plaintes « contre la religion », qu'on les rassemble dans un tableau bien constaté, et qu'on le mette sous les yeux de l'empereur ; on n'aura pas de peine à obtenir son changement. Et la religion y gagnera, et lui aussi s'il profite de la petite correction.

Je vous remercie de votre dîner que j'ai préféré à celui du traiteur, et qui m'a paru fort bien ; mais comme je suis maintenant, grâce à Dieu, bien portant, ce sont des frais en pure perte. La tranche de melon était très bonne. J'apprends avec plaisir qu'Agathe est mieux ; elle s'entend bien à faire la soupe. Dites-lui bien des choses de ma part. Ménagez un peu votre santé, et pour faire le bien plus longtemps n'en prenez pas au delà de vos forces. Attachons-nous, en faisant le bien, à une grande pureté d'intention.

Grande union avec Jésus et Marie.

C'est dans leurs Divins Cœurs que je suis, ma chère fille, tout à vous.

A Mademoiselle Adélaïde, t

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