‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 32 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Ce vendredi 9 octobre, fête de St Denis 1807.

Nos espérances, ma chère fille, sont retardées, ne croyez pas cependant que vos prières soient perdues. Dieu nous exauce souvent en ne nous exauçant pas comme nous l'entendons. Attendons ses moments et reposons-nous en paix dans le sein de la divine Providence. Je vous ai fait dire par Laurence de ne point aller entendre le P. Charles à St-Louis ; je n'ai voulu par là que ménager votre temps et votre santé. Je suis bien reconnaissant des prières que font pour moi MM. Man... et Dr...

Supportez vos misères, ayez une grande confiance en Dieu et priez pour moi. Mes respects à madame de Chiflet. J'ai vu avec plaisir M. d'Aubonne (1) pour la seconde fois.

Je suis, dans le Seigneur, tout à vous.

10 octobre, jour de St François de Borgia.

Ma chère fille, je viens de trouver en ce moment la lettre de M. la Sausse que je croyais oubliée ; elle est fort amicale. Il ne désapprouve pas le parti que j'ai pris. Je n'aurais rien à présent de particulier à lui dire, les circonstances ne m'ayant pas encore permis d'agir. Faites-lui, je vous prie, mes compliments et mes remerciements bien sincères, et priez-le de me conserver sa bonne volonté.

Je serai bien enchanté de voir M. Dupuis ; il est sûr, s'il le veut, d'avoir sa permission. C'est monsieur Desmarets qui la donne et je crois qu'il me veut du bien. Je pourrais aussi lui faire parler par notre concierge qui est très bien avec lui.

L'affaire du curé de S.S. ne me surprend pas, mais il est étonnant qu'on ne l'ait pas mis ici, plutôt qu'à Sainte-Pélagie ; il pourrait le

(1) M. d'Aubonne. supérieur des F. de M. de Dôle.

demander et il l'obtiendrait. Il y serait beaucoup mieux et cela me ferait plaisir.

L'ecclésiastique du diocèse de Soissons dont vous a parlé M. Bruté est M. Bruncamp que M. Appert a vu dernièrement et qui était avec lui au séminaire. C'est un excellent prêtre qui vient de perdre sa sœur qui s'est noyée en sortant de chez lui, en passant sur son âne un ruisseau qui s'était grossi subitement. Je vous la recommande.

Nous avons tous, ma chère fille, besoin de conversion, mais surmontez vos frayeurs par une grande confiance ; vous feriez tort à votre âme et vous déplairiez à Dieu si vous les écoutiez ; c'est pourquoi continuez de communier.

Je suis bien aise que votre santé aille mieux ; la mienne est fort bonne grâce à Dieu ; vos bons raisins y contribuent. Je vous remercie de votre pâté ; il est d'un bon faiseur ainsi que son prédécesseur, mais nous l'avons à peine entamé, notre traiteur nous ayant bien servis tous ces jours-ci. Je suis bien aise que votre santé vous ait permis d'aller à la lecture avec vos filles.

Je suis, en Jésus et Marie, tout à vous.

Ce mardi 13 octobre 1807.

Ma chère fille,

Je vous avais interdit d'assister à la retraite du P. Charles, parce que je croyais que cela ne pouvait s'accommoder avec vos devoirs principaux ni avec votre santé ; mais je vois par votre lettre que vous avez été comme nécessitée d'y aller quelquefois, et que vous en avez fait un moyen de remplir vos devoirs ; je ne puis donc vous en blâmer. A propos du devoir, je vous dirai que comme il n'y a rien qui, après l'obéissance qui tient le premier rang, nous fasse connaître mieux la volonté de Dieu, il faut pour cette raison le préférer à tout ; pour cette même raison, une supérieure chargée du soin des autres, en s'occupant de ce soin, travaille autant et plus pour sa perfection que si elle s'en occupait directement en vaquant à des exercices spirituels pour contenter sa dévotion. On m'a dit beaucoup de bien de madame du Four ; c'est une femme de mérite et je vois que la Providence l'a envoyée bien à propos à votre secours.

Je sens qu'avec vos autres affaires, l'arrivée du petit ange et d'Hyacinthe a dû être pour vous un surcroît d'embarras ; mais le Bon Dieu y a pourvu dans sa miséricorde. Nous ne '"saurions trop admirer la conduite de la divine Providence à votre égard. Vous avez bien fait de ne pas accepter le logement que mademoiselle Bégasson

vous offrait au Marais. J'ai été fort content de la lettre de mademoiselle de Fermont que je vous envoie.

Voilà un nouveau sacrifice que Dieu vient de nous demander par la mort de madame de Buyer. C'est un sacrifice d'agréable odeur qui a été accompagné de bien des vertus de la part de la défunte, selon le récit qu'on nous en a fait. Nous avons sujet d'espérer qu'ayant été épurée par de longues souffrances, elle aura reçu de Dieu une pleine et parfaite miséricorde. Il ne faut pas moins la recommander aux prières de nos chères filles. En le faisant, il convient, pour l'édification, que vous leur disiez un mot des vertus de la défunte. Vous ne manquerez pas de motiver : je sais qu'elle ne s'était engagée dans l'état du mariage qu'avec les vues les plus pures et les plus chrétiennes, et à la recommandation de sa sœur. Vous savez comment, dans le temps de son mariage, elle a résisté à toutes les sollicitations qu'on lui faisait d'assister aux spectacles. Aussitôt qu'elle a été libre, elle a songé à se consacrer à Dieu : elle l'a fait sans réserve. Amiens est la preuve de son zèle et de sa prudence. Elle était tout occupée du salut de ses proches. Avec quelle résignation elle a souffert la mort de sa sœur ; Dôle a fleuri depuis qu'elle en a été supérieure. On a dû vous faire part d'une prière qu'elle a composée près de deux mois avant sa mort. Rien à mon avis de plus édifiant et de plus admirable que les sentiments qu'elle exprime. Vous ferez bien d'en faire prendre copie et de la communiquer à vos sœurs (i).

La mort de madame de Buyer laisse deux places à remplir ; celle de Mère commune et celle de supérieure locale de Dôle. La première tombe comme de droit à madame de Chiflet, comme supérieure de Besançon ; la deuxième est à la nomination de M. Pochard ; mais nos S. S. de Dôle, au moins les principales d'entre elles, doivent

(i) Prière composée par Mme de Buyer.

23 août 1807.

Pourquoi, ô mon Dieu, ne regarderais-je plus comme un bonheur ce qui a fait autrefois l'objet de mon ambition : une longue maladie, de longues souffrances ? Ah oui. Seigneur, il n'en existe pas de plus grand, pour l'âme qui vous aime, que de souffrir pour vous, en union avec vous. Que j'ai de regret d'avoir oublié, méconnu cette vérité depuis si longtemps ! Je vous demande mille et mille fois pardon, ô mon Maître, ô mon Jésus, de m'être trouvée malheureuse de l'accomplissement de votre volonté sur moi, et je vous remercie de ce que vous daignez enfin ouvrir les yeux de mon âme et me faire sentir l'avantage des souffrances. Qu'il est consolant de savoir qu'on fait purement la volonté de Dieu ! c'est le bonheur des saints dans le ciel ; ce doit être sur la terre celui des âmes qui vous aiment. O mon Dieu, je vous demande, par les mérites de mon Sauveur J. C, la grâce de vous aimer purement pour Vous-même, indépendamment de la béatitude que j'espère ; que la crainte du Purgatoire ne m'occupe plus. Je dois désirer que votre justice s'accomplisse, faites de moi, Seigneur, selon votre bon plaisir. Soyez glorifié à jamais et que votre gloire soit dès à présent ma béatitude. Ainsi soit-il.

chacune à part et sans s'être concertées, lui faire savoir celle qu'elles jugent plus capable de l'emploi. Supposé que madame de Buyer ait désigné quelqu'un, il faut y avoir égard.

Je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, ma chère fille, tout à vous.

Je crois comme vous que le retour de M. Beulé est une chose dont nous avons bien à remercier Dieu. Je le dois à vos bonnes prières et à M. Presleur.

Ce 14 octobre 1807.

Ma chère fille, je ne vous dis qu'un mot, ayant beaucoup écrit ce matin. J'ai su par notre concierge que M. Gosset, curé de S... était depuis quelques jours à Ste-Pélagie. Je laisse à votre volonté de demander des livres reliés ou non reliés. Les deux miens doivent être reliés. La lettre de mademoiselle Pillois m'a paru très belle. L'accident de l'abbé Caron est bien fâcheux ; le Bon Dieu viendra à son secours. Les lettres de madame St-Placide annoncent une bonne nouvelle pour les Ursulines. La lettre de Madame de Chiflet m'a plu. Je n'ai pu écrire que deux mots à mademoiselle Oudart.

Je vous renvoie vos lettres et vous remercie de votre turbotin. Je me porte à merveille.

Joseph.

Vendredi 16 octobre 1807.

Ma chère fille, je vous envoie la lettre de mademoiselle Barroy, notre supérieure du Havre, avec ma réponse. Vous y apprendrez l'augmentation de la famille, et si vous voulez insérer un mot dans ma lettre je suis sûr que vous lui ferez plaisir ; c'est une bien bonne fille.

Madame Lamy, Dame de St-Thomas et sœur de notre cher M. Lamy, a apporté sa lettre du Hâvre ; je m'étonne que vous ne m'en ayez jamais parlé ; elle était à St-Thomas, je ne sais si elle y est encore ; si elle n'y est plus, on pourrait laisser ma lettre à la Mère Générale, et la prier de l'insérer dans une des siennes quand elle écrira au Hâvre, car je ne suis pas bien sûr de l'adresse. Mes respects à cette bonne et respectable Mère.

Dieu a donc disposé de M. de Langle ; si son repentir était bien sincère, comme on peut le présumer d'après les marques qu'il en a données, c'est pour lui une grande grâce ; mais sa fille ne sera-t-elle pas un grand embarras pour vous ?

La mémoire de madame de Buyer me remplit d'une douce consolation. C'est à M. Pochard à nommer celle qui doit la remplacer à Dôle. Je lui en ai écrit, mais il est à propos que nos filles de Dôle lui disent, sans s'être concertées, ce qu'elles en pensent. Cela est marqué dans le plan ; selon le plan aussi, la place de Mère commune tombe comme de droit à madame de Chiflet ; donnez-lui là-dessus quelques avis ; voyez-la et faites-lui toutes les amitiés possibles dans le peu de jours qu'elle reste encore avec vous. Elle part lundi avec M. d'Aubonne. J'ai écrit tous ces jours-ci des lettres pour la Franche- Comté. Je donnerai à Madame de Chiflet une lettre pour Sœur le Faivre.

Monsieur Dupuis part mercredi. Je compose à présent une instruction pour nos filles de Tours (i).

Portez- vous bien et reposez- vous un peu. Ma santé est bonne et je suis, dans le Seigneur, tout à vous.

20 octobre 1807.

Ma chère fille,

Je vous envoie vos lettres, les anciennes et les nouvelles, à l'exception de celle de madame de Clermont, ainsi que celle de Mademoiselle Ernoul que je lirai à mon loisir, comme moins pressées. Toutes les lettres que vous avez écrites, soit en Franche-Comté, soit à Paris, sont excellentes, et quoique fort occupé je les ai lues avec beaucoup d'attention et de plaisir. Mais il me semble qu'il manque quelque chose à celle que vous écrivez à mademoiselle Gaillard. Sa lettre, quoique je croie qu'il ne faut pas ajouter foi entièrement à ce qu'elle dit, m'a un peu éclairé sur ce que je devais dire dans l'instruction que je leur ai faite. Mais je la crois répréhensible en deux points. Il n'est pas mauvais qu'elle vous fasse connaître les jugements qu'elle porte, mais ce ne devrait pas être en paraissant y être attachée, et moins encore en voulant vous les faire adopter ; mais seulement pour vous faire connaître ce qui lui semble vrai, et afin que vous puissiez rectifier ses jugements, soit sur mademoiselle Bourguignon, soit sur d'autres. La deuxième chose répréhensible, c'est qu'un peu

(1) Lettre à d • F. de M. demeurant chez les Carmélites.

de gravité dans M. Guépin, qualité très nécessaire dans un directeur, fait impression sur elle jusqu'à lui fermer la bouche. Ceci marque en elle peu de foi ; elle se laisse conduire par les sens. L'autre chose fait voir l'imperfection de son obéissance et doit y préjudicier beaucoup. S'il vous est possible, faites-lui sentir ces deux choses. Mon instruction est ma réponse ; je n'aurais pas eu le temps de la faire à loisir ; d'ailleurs il est bon qu'elles s'accoutument à ne recourir à moi que dans les occasions majeures ; ce que M. Guépin et vous leur dites est bien suffisant.

Mon instruction est plus longue que je ne voulais d'abord la faire. Elle contient, ce me semble, bien des choses unies pour leur situation et des situations analogues. Je crains qu'elles ne puissent la déchiffrer ; j'aurais voulu vous la communiquer, mais je ne l'ai achevée qu'hier et il m'a fallu la relire. Ce matin, je dois la remettre à M. Dupuis ; j'ai prié M. Guépin de la faire copier attentivement par M. Pellerin, et de me renvoyer la copie ou la lettre même, par occasion.

Tout ce que vous me marquez de la mort de M. de Langle est intéressant. J'ai été vivement touché de la sentence que vous avez tirée dans votre Psautier à iMarie. J'ai une grande confiance que Dieu lui a fait, par l'intercession de sa Sainte Mère, sa grande miséricorde, qu'il l'a traité comme le bon larron... Il a daigné se servir de vous pour cela, ce qui doit augmenter votre confiance. Je crois cependant que, si vous aviez été plus fidèle à consulter l'Esprit Saint et plus souple à suivre ses mouvements, vous ne seriez pas restée au salut de St-Louis. En général, indépendamment de la circonstance qui a pu mettre en danger le salut du mourant, il ne faut jamais rester tard dehors pour satisfaire votre dévotion.

La situation des demoiselles Duparc, vos bonnes amies, me paraît bien affligeante ; vous aviez fait pour elles et pour Hyacinthe tout ce qu'il était possible de faire. Vos dépenses pour M. de Langle sont considérables pour votre situation, mais Dieu, en vous mettant dans ce cas, les rendait nécessaires. Permettez-moi d'y contribuer en peu de chose. Je renonce à mon futur abonnement ; les trente livres que j'y destinais serviront à cette bonne œuvre ; prenez-les dans mon petit pécule qui est entre vos mains. Vous avez mal fait de m'envoyer les deux soles, mais je vous en remercie. Je n'ai rien à dire sur la lettre d'Agathe ; je m'en tiens à ce que j'ai dit. Il n'y a rien dans la lettre de madame de Rumigny qui demande réponse de moi, sinon que je suis bien reconnaissant de l'intérêt qu'elle prend à moi. Portezvous bien, ménagez-vous un peu. Je me porte bien et suis en union de vos prières et bonnes œuvres, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.

Ce mercredi 21 octobre, jour de Ste Ursule.

Ma chère fille, vous avez dû recevoir hier, par le canal de mademoiselle Carrière, toutes vos lettres avec la mienne. Je vous envoie la lettre de madame de Clermont et les deux de mademoiselle Ernoul, de Nantes ; elle vous y parle de M. Talhout, législateur, qui retourne à Nantes. Je le crois de vos parents, vous ferez là-dessus ce que que vous croirez pour le mieux. Étant sur son départ, je ne présume pas qu'il puisse parler au ministre. Je suis en peine de ce que M. Dupuis n'est pas venu hier chercher mes dépêches pour Tours comme il me l'avait promis. Peut-être la diligence ne partira-t-elle que le soir. Portez-vous bien et croyez-moi, dans le Seigneur, tout à vous.

Vendredi 23 octobre 1807.

Je vous envoie, ma chère fille, la réponse de mademoiselle Le Marais, du Hâvre, qui vous fera plaisir. Vous y verrez que nous avons, près de Fécamp, plusieurs filles bien délaissées. Si vous le pouvez, vous ferez bien d'écrire un mot d'encouragement à notre bonne fille, mademoiselle Oudart, près de Vitry-le-Français, qui, maintenant et depuis six semaines, est privée de tout secours spirituel, à ce que me marque M. Appert. Portez-vous bien ; ma santé est bonne.

Je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.

Nos voyageurs sont partis bien contents et bien édifiés. Vous me renverrez la lettre de Mlle le Marsis. Je vous remercie de vos deux biscuits.

27 octobre 1807.

Ma chère fille, indépendamment de l'offre que j'étais bien aise de vous faire, je ne comptais pas renouveler mon abonnement au « Journal ecclésiastique » qui m'a paru peu intéressant. Ainsi, que cette considération ne vous arrête pas et ne vous empêche pas d'accepter mon offre, pour peu que vous soyez gênée.

Je trouve très bon que vous alliez à St- Germain voir madame

Bégasson. Fanchette m'a dit que madame Sent... était ici ; il y a apparence qu'elle n'est plus des nôtres.

Je suis sensible à ce que vous me dites du bon frère Jean-Baptiste et du P. Charles. L'arrivée des S.S. de la Retraite à Paris ne prendra guère avec les mœurs du jour, surtout dans la capitale ; Dieu veuille bénir cette pieuse entreprise. J'admire madame du Four qui est en cela l'instrument de la Divine Providence pour le salut du bien des âmes.

Je n'ai pas grande confiance dans les démarches qu'on fait auprès du card. Fesch par le moyen de M. Émery. J'en aurais davantage dans celles de madame de Champagny et de Saisseval à qui je présente mes respects.

Je vous envoie ma réponse à Madame de Clermont dont vous pouvez prendre lecture, et un petit extrait de madame de Carcado, que je vous prie de lui remettre.

Portez-vous bien, ma santé est bonne et je suis, en union des SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.

Page 1