‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 33 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Ce vendredi 30 octobre 1807.

Ma chère fille,

Je vous renvoie la lettre d'Amable qui m'a paru un peu extraordinaire ; je ne sais qu'en penser. Je ne suis pas assez au fait des autres choses pour y répondre. J'aurais souhaité savoir quelque chose des demandes que M. Vielle a faites à M. l'évêque et que celui-ci lui a accordées, autant qu'elles peuvent regarder nos Sociétés.

Je suis profondément affligé de la conduite de M. Vielle à mon égard, malgré mes pressantes sollicitations qui sont équivalentes à des ordres, malgré ses promesses, ses regrets, ses engagements sacrés. Il doit être instruit que l'obéissance religieuse a deux devoirs ; l'un est qu'on accomplisse par le motif de l'obéissance tout ce à quoi on est obligé par ses règles et par son état ; l'autre est qu'on corresponde avec ses Supérieurs autant que la chose est possible. Sans l'accomplissement de ce dernier devoir, l'autre ne peut pas être bien rempli ; on est comme un membre disloqué ; on ne reçoit pas l'influence du chef, le corps même est paralysé. Il ne peut ignorer ces choses ; je les lui ai rappelées, mais je vous prie de toucher cet article quand vous écrirez, soit à Amable, soit àM. Amy. J'ai patienté bien longtemps; je craindrais de manquer essentiellement au devoir de ma place si je le faisais plus longtemps ; si M. Vielle reste encore quelque temps sans m'écrire, non pas une lettre de compliments ni de simples regrets,

mais une lettre où il me rendra un compte un peu détaillé de l'état où se trouvent les Sociétés qui lui sont confiées, je lui écrirai moimême pour révoquer ou pour suspendre les pouvoirs religieux que je lui ai donnés depuis la mort de M. l'Engerran. C'est ce dont je souhaite qu'il soit informé d'avance. Pour les permissions religieuses extraordinaires, on s'adresserait immédiatement à vous ou à moi. M. Vielle a votre adresse, il a la mienne : A M. Bourgeois, prêtre, aux Carmes, rue Vaugirard. Il est sans excuse de ne m'avoir point donné de ses nouvelles, ni d'aucun des nôtres, pas même du jeune M. de la Mennais qui était indisposé, quoiqu'il n'ignore pas la peine que cela me cause.

Je suis bien reconnaissant de l'intérêt que M. l'évêque de Rennes prend à moi. Bien des. compliments affectueux et des remerciements au cligne M. Amy.

Vous ne répondez pas, ma chère fille, à ce que je vous dis dans mes lettres ; mais je sais que vous êtes accablée d'affaires.

Je me porte bien et vous souhaite une bonne santé.

Je suis, en union des CC. Sacrés, tout à vous.

Page 1