‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 35 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

6 novembre, Ier vendredi du mois 1807.

Ma chère fille,

J'ai été très satisfait de ce que vous dites de madame de Buyer et de tout le discours que je vous renvoie. La démarche auprès de M. Talhout ne pouvait rien gâter à l'affaire ; il est vrai qu'une lettre de madame de Virel aurait été plus à propos. Il n'est plus temps... Celle que madame de Virel m'écrit est en partie relative à un testament de M. de la Noue l'aîné, par lequel il instituait mes nièces de Limoëlan ses légataires universelles, mais pour faire passer ses biens aux hospices. Elles m'en avaient écrit et envoyé copie du testament, et je leur ai donné là-dessus mon avis. Ce que vous faites pour la fille et la veuve de M. de Langle est très à propos. Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez de M. de La Mennais. J'attendrai à écrire à M. Vielle que vous ayez reçu réponse. Je compatis à la pauvre santé du P. Charles à qui j'offre mes respects. Je me recommande à ses prières et à celles de sa petite colonie pour laquelle je fais des vœux bien sincères. Les pauvres filles du quartier ne peuvent qu'y gagner beaucoup. Je suis charmé que monsieur le curé de Surènes prêche à St-Sulpice ; exprimez-lui ma reconnaissance et l'intérêt qu'il m'inspire, si vous avez occasion de le voir (1). Le bon témoignage que vous rendez à M. votre neveu de la B... me fait plaisir. Il y a déjà longtemps que je vous avais priée de me faire venir de

(1) Suresnes, village au pied du Mont Valérien. près St-Denis.

St-Malo, par M. Ang. ou Amable, six exemplaires de mon livre de la Bonne Mort et deux de la vie de M. Grignon de Montfort.

On pourrait les adresser à madame Nyon en la prévenant. Je vous prie aussi de prendre chez elle, pour mon compte, le deuxième tome de la distinction des psaumes ; j'ai déjà le premier. Priez pour moi. Portez-vous bien et croyez-moi, tout à vous, en union des SS. CC. de Jésus et de Marie.

A Mademoiselle Adèle.

13 novembre 1807.

C'est aujourd'hui la fête de St Stanislas, ma chère fille, ayez bien soin de célébrer la fête de tous les saints de la Compagnie de Jésus, afin que ce soit une marque de l'étroite union que vous avez et que vous désirez toujours avoir avec cette sainte Compagnie. Prions beaucoup pour son rétablissement en France ; c'est une chose qui nous est bien nécessaire, et nous ne saurions trop solliciter cette grâce... Je ne vous ai point répondu sur l'article du café, parce que c'est une chose indifférente et qui ne souffre aucune difficulté dans votre posision ; vous pouvez en faire usage, mais prenez garde de l'encourager dans vos filles. Quand on s'y porte sans un véritable besoin, c'est au moins une brèche à la mortification.

Je ne m'étonne pas des plaintes que vous faites de vous-même, c'est une suite de vos dispositions. Vous avez en vous-même et vous sentez agir en vous ce fond de corruption dont vous gémissez ; vous travaillez depuis longtemps à vous en défaire et il vous semble que votre ouvrage n'avance point. Vous vous sentez toujours inclinée à la jalousie, à une sorte d'avarice, à des retours sur vous-même, à la recherche de vos commodités, etc. Quelquefois même vous vous y laissez entraîner et vous agissez conformément à ces mauvaises inclinations. C'est cette malheureuse concupiscence qui, sans une grâce toute particulière, vit toujours en nous et qui se montre en mille manières différentes dans les différentes personnes. Elle est quelquefois comme enchaînée, mais Dieu, selon les desseins qu'il a sur vous, pour votre avantage spirituel et le bien de plusieurs autres, permet qu'elle ne le soit point en vous et qu'elle vous livre divers assauts. Vous n'en êtes pas moins agréable à ses yeux ; c'est pour vous une occasion continuelle de combats et une source de mérites. Dieu veut par là perfectionner en vous l'humilité et la confiance. Soyez humble, petite, incapable de tout à vos propres yeux ; mais élevez-vous en Dieu par la confiance, et perdez-vous vous-même de vue nnur ne plus voir en vous que J. Ch. qui possède votre cœur et

qui veut faire en vous toutes choses. Cette confiance doit vous donner une douce assurance que Dieu vous a pardonné tous vos péchés ; qu'il vous fera triompher de vos imperfections et de vos misères si vous travaillez vous-même à vous en défaire.

Elle doit vous persuader qu'il est prêt à exaucer toutes les prières que vous Lui faites quand elles sont dans l'ordre du salut et qu'elles tendent à sa gloire. Qu'il n'est même aucune de ces sortes de prières qu'il n'exauce, quoique vous ne sachiez pas toujours de quelle manière II le fait.

Elle doit surtout vous accompagner dans tout ce que votre devoir vous oblige à faire pour le prochain. Ne doutez nullement que Dieu ne vous assiste puissamment par sa grâce et par ses lumières, qu'il supplée abondamment à votre insuffisance, et que c'est Lui-même qui se sert de vous pour remuer les cœurs et porter la lumière et la paix dans les esprits. Faites seulement ce qui est en vous pour vous tenir dans ce calme intérieur qui est nécessaire pour recevoir le mouvement de Dieu.

Cette lettre n'est que pour vous.

Priez pour moi. Ménagez votre santé en vue de Dieu ; la mienne est fort bonne.

Tout à vous dans le Seigneur.

A Mademoiselle Adélaïde.

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