‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 36 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Ce mardi 17 novembre 1807.

Ma chère et très digne fille en N.S.

Monsieur Bourgeois m'a accusé la réception des 300 fr. Je n'ai nul besoin ni de la camisole ni d'aucune autre chose. Je ne suis pas moins sensible à toutes vos charitables attentions et je prie le Seigneur de vous en récompenser par les grâces les plus abondantes. Mon rhume est presque entièrement passé.

Vous ne me dites rien dans votre dernière lettre de ce que je vous avais marqué au sujet de la sœur Clerc et des autres hospitalières de Besançon ; il ne faut rien précipiter. Faites attention à ce que je vous ai dit.

J'ai reçu par mademoiselle La Carrière le deuxième volume des psaumes et le sirop dont, grâce à Dieu, je n'ai plus besoin. Je suis enchanté de ce que vous me dites de madame du Four, au sujet du P. Charles et de ses bonnes filles, et je prie Dieu de l'en récompenser. Votre charité pour votre filleule Duparc est grande et bien agréable

au Seigneur, d'autant plus que la pratique en est bien incommode pour vous.

J'aurais bien voulu répondre à notre cher confrère M. Bodinier, mais il faut que sa lettre ne m'ait point été remise ou qu'elle se soit égarée, ce que j'ai peine à croire ; je l'ai cherchée en vain dans mes papiers et je ne l'ai point vue. Je vous prie de le lui dire s'il est encore à Paris.

Je vous renvoie la lettre de M. d'Aubonne et de mademoiselle Hains qui toutes deux m'ont fait un grand plaisir. J'y joins la lettre de madame de Clermont, afin que vous me mandiez ce que vous pensez de ce que je dois lui répondre sur mademoiselle Oudart. Vous avez pu voir dans ma lettre précédente ce que je lui en disais.

Je prends part à l'inquiétude du f. Jean-Baptiste ; elle n'est pas sans fondement. Cependant le soin qu'ils prennent des pauvres filles est du goût du gouvernement et pourra servir de voile aux retraites. Je salue respectueusement le P. Charles et le bon F. ; je me recommande à leurs ferventes prières et à leurs bonnes œuvres.

J'écris bien peu par la poste. Il me semble que, pour écrire à Tours, vous avez bien fait d'attendre que vos filles vous écrivissent. On ne m'a pas encore mandé la réception de mes lettres, ni l'effet qu'a dû produire mon exhortation. Je commence à craindre qu'elle n'ait pas été tout à fait du genre de notre bon et respectable M. Guépin. La bonne Carmélite mérite de notre part toutes sortes d'égards, mais il est possible qu'elle ait ses préjugés. Je suis bien touché de l'indisposition de madame de Carcado et de Fanchette. Angélique m'a remis la lettre de M. Appert à laquelle j'ai répondu sur le champ, en deux mots, avec un crayon qu'on m'avait apporté.

Présentez, je vous prie, mes respects à mademoiselle Lejay dont j'ignore le nom de religion. Je me recommande à ses prières et ne l'oublie point dans les miennes. Je recommande aussi bien au Seigneur MM. vos frères. Votre confiance dans la divine Providence doit bien calmer l'inquiétude que leur silence pourrait vous causer. Vous n'êtes occupée que des œuvres qui peuvent Lui plaire ; soyez bien persuadée qu'elle a plus soin encore de tout ce qui vous regarde vous-même et ceux qui vous intéressent.

Voici quatre vers que j'ai faits, il y a peu de jours, sur une gravure où l'Enfant Jésus est représenté caressant sa Sainte Mère : « Cet Enfant est de Dieu la Sagesse Suprême. « O Vierge, ce portrait m'apprend combien II t'aime, « Combien par ses vertus ton Cœur sut le charmer « Et combien pour Lui plaire un chrétien doit t'aimer. » Je suis, ma chère fille, en union des CC. de J. et de M., tout à vous.

Ce 20 novembre 1807.

Ma chère fille,

Je n'ai point votre lettre sous les yeux, et je ne me rappelle pas si vous m'avez écrit par Laurence, quoique ce soit la première chose à laquelle je fasse attention. Je me contenterai de vous dire deux mots sur vos lettres que je vous renvoie, ayant eu, ce matin et hier au soir, beaucoup à écrire.

Je ne vois rien de particulier à vous marquer sur la lettre de mesdemoiselles le Noble et Rivière, sinon que vous avez eu raison de dire à celle-ci qu'elle n'avait point à parler de son premier état dans sa signature ; je crois aussi qu'elle fera mieux d'accepter la somme une fois payée que la petite rente.

Pour M. Lamy, il ne mande rien dans sa lettre que ce que je savais déjà de M. Vielle, mais cela ne l'excuse pas. Il ne vous parle point encore de la Bonne Mort et de M. de Montfort. Je ne crois pas que vous puissiez faire ce qu'il demande pour Genève, M. Brésard n'y étant plus.

Portez-vous bien. Ma santé est bonne et je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.

Je vous envoie ma réponse à mademoiselle Cécile Br. En rouvrant sa lettre j'y trouve un petit mot de votre écriture. Je consens très fort qu'elle se prépare à sa consécration pour la Purification.

22 novembre 1807.

Votre lettre, ma chère fille, m'a causé une entière consolation, et j'ai béni de tout mon cœur l'Auteur de tous les dons des bons sentiments qu'il vous inspirait. Votre cœur n'a jamais manqué, mais, lassée de toujours combattre des inclinations qui se montrent à vous sous l'apparence du bien et même du plus parfait, vous perdiez de vue les grands principes de l'obéissance et croyiez faire la volonté de Dieu en suivant une route qui vous paraissait la meilleure parce qu'elle était plus conforme aux idées que vous vous formez de votre sainteté et des moyens qu'il faut que vous preniez pour y parvenir.

Il n'y a point de voie plus excellente ni plus sûre pour conduire à Dieu que l'humilité et c'est celle par où Dieu vous conduit. C'est pour cela qu'il permet que vous ressentiez ces répugnances intérieures, ces révoltes, ces sensibilités, ces retours d'amour-propre, ces jalousies que le démon suscite en vous d'une manière qui n'est

pas ordinaire et qui fait bien voir que le Seigneur, pour vous éprouver, pour vous épurer de plus en plus, pour vous donner le mérite de la croix, et afin que cette croix tourne à votre propre bien et au bien spirituel de plusieurs âmes, a laissé à cet esprit de ténèbres de vous assaillir avec beaucoup de violence et de vous suggérer des sentiments contraires à la vertu et que, par un excès blâmable d'humilité, vous voulez regarder comme vos sentiments parce qu'ils sont en vous ; quoique votre esprit et votre cœur, avec le secours de la grâce, les souffrent avec peine, qu'ils s'efforcent de les rejeter et que, bien des fois, je vous aie dit, comme au nom du Seigneur, de mépriser ces sentiments et de ne pas tant vous en faire de peine puisque ce ne sont pas les vôtres.

C'est aussi par une suite de cette même conduite du Seigneur qu'il ne vous donne pas immédiatement de certaines lumières, de certains goûts intérieurs, de certains sentiments de joie sensible dans les peines qu'il vous envoie. C'est aussi pour cela qu'il vous fait voir clairement et ressentir vivement vos moindres défauts, et qu'il vous cache au contraire les dons et les vertus qu'il a mis en vous.

Vous faites bien d'entrer dans cette conduite du Seigneur et de vous appliquer à la perfection de l'humilité. Je ne reprends point en vous ces bas sentiments que vous avez de vous-même et qui sont exprimés dans votre lettre. Plus on se connaît soi-même, plus on est petit à ses propres yeux, plus on est grand aux yeux de Dieu même. L'estime que vous avez des autres et la préférence que vous leur donnez sont aussi des sentiments très bons ; mais l'humilité a ses règles comme les autres vertus et il faut être sur ses gardes pour ne point tomber dans les pièges que l'esprit de ténèbres vous tend et qu'il couvre du voile de l'humiUté.

L'homme humble sait distinguer ce qu'il y a dans l'homme de lui-même, et ce que Dieu a mis en lui par un effet de sa grande miséricorde. Il s'humilie, il s'anéantit, il se confond pour ce qu'il voit en lui de lui-même. Il bénit le Seigneur pour tout de qu'il y voit de bien, il reconnaît et confesse sa propre impuissance ; mais il sait qu'avec le Seigneur il est capable de tout. De lui-même il cherche la dernière place comme celle qui lui convient, mais il ne résiste point au Seigneur quand II veut le faire monter plus haut. De même l'homme humble aperçoit avec une sainte joie dans les autres les vertus et les dons qu'il ne voit pas en lui-même ; mais aussi, surtout s'il est chargé de veiller sur les autres, cela ne l'empêche pas de découvrir ce qu'il y a de défectueux en eux, mais sans s'en scandaliser et sans se préférer à eux.

Ayons bien soin, ma chère fille, de garder ce juste milieu sans ■ lequel il n'y a point de véritable vertu. Évitons les pièges où le démon voudrait nous faire tomber : l'abattement, le défaut de confiance,

des sentiments et une conduite contraires à l'obéissance quand elle exige quelque chose de contraire à notre manière de voir. Ceux qui sont conduits par une voie de lumière et de consolation ont à se défier de la présomption, ils doivent s'efforcer de rabattre les sentiments d'orgueil qui s'élèvent en eux en toute occasion. Ceux au contraire que Dieu conduit par la voie de l'humilité, ceux-là doivent être en garde contre l'abattement et le découragement dans lesquels l'esprit de malice... Qu'il leur arrive quelque peine intérieure ou extérieure ; quelque témoignage que leur conscience leur rende de leur innocence ; quelque chose qu'on leur dise d'après l'Évangile et l'exemple des saints du bonheur et de l'excellence des souffrances, que Dieu leur donne en cela des marques de son amour ; par une fausse humilité entretenue, fomentée par le démon, ils rejettent loin d'eux ces sentiments et refusent d'ouvrir leur cœur à la joie sainte dont Dieu voudrait les remplir. Ils tombent de là dans l'ennui, le dégoût, la crainte ; ce qui devrait leur ouvrir les yeux sur l'illusion dans laquelle ils sont, ne sert souvent, par leur faute et par l'amour pour cette fausr e humilité ou plutôt pour leur propre jugement qu'ils préfèrent à celui des ministres du Seigneur, qu'à les enfoncer de plus en plus dans leur abattement. Réfléchissez-y, ma chère fille, devant Dieu. N'est-ce pas là la véritable cause de votre tristesse ? Ouvrez maintenant votre cœur à des sentiments tout contraires, ne voyez qu'un sujet de joie et d'espérance dans ce qui vous est arrivé de plus fâcheux aux yeux des hommes, et ne doutez point que ce que vous avez éprouvé et ce que j'éprouve en ce genre ne soit un gage de l'amour du Seigneur, et qu'il en saura tirer sa gloire, notre bien spirituel et celui de nos deux familles qui sont bien plus à Lui qu'à nous ; et que cette vue, si conforme à la doctrine et aux exemples de N.S.J.C. et de ses saints, vous remplisse de courage et vous pénètre de reconnaissance.

Ma lettre n'est pas finie ; je vous l'envoie cependant parce que Laurence est arrivée et qu'il faudrait attendre trop de temps. S'il plaît à Dieu, je la continuerai et vous enverrai le reste une autre fois. Portez-vous bien et soyez pleine de confiance. Je vous remercie bien de vos chapelets, croix, livres, etc.

Tout à vous.

Lundi 23 novembre 1807.

Ma chère fille,

Je suis bien aise que vous ayez déchargé dans mon cœur une partie de vos peines. Il y avait quelque temps que le Seigneur vous laissait assez tranquille pour que vous puissiez vous occuper d'une quantité

de bonnes œuvres qui vous donnaient mille embarras d'une autre nature et ne vous laissaient pas un moment de repos. Maintenant l'ennemi, qui était comme enchaîné par le bras du Tout-Puissant, a permission de revenir à la charge et de se venger du bien que vous avez fait à plusieurs âmes et en particulier à celle du pauvre M. de Langle. Mais croyez-moi, ne vous laissez pas aller aux vaines terreurs dont il remplit votre imagination. Il exagère à vos yeux les plus légers manquements, il dénature yos vertus et vos meilleures intentions et vous fait voir des monstres dans des choses où vous n'avez que très peu de chose à vous reprocher.

Je dois ici vous rappeler une de ses ruses dont je vous ai plus d'une fois parlé. Il sait l'estime que vous faites de l'humilité et le mépris que vous sentez devoir vous être dû pour vous-même et pour tout ce que vous faites ; c'est de là qu'il prend occasion de vous molester en vous montrant toutes vos actions et votre âme tout entière sous un faux jour, en vous cachant tout le bien que le Seigneur fait en vous, et en ne vous laissant voir que du mal. Vous croiriez agir contre l'humilité en repoussant ces calomnies. D'ailleurs l'impression qu'il fait sur votre imagination est si forte, les couleurs dont il revêt les images qu'il vous présente sont si vives que vous avez bien de la peine à vous en défendre. Vous prenez ce qu'il vous suggère cornue des vérités ; tout vous paraît perdu ; vous vous laissez aller au trouble et à l'abattement, et vous oubliez tout ce que nous vous avons dit en différents temps au nom du Seigneur. Les bonnes résolutions que vous avez si souvent prises s'évanouissent et vous revenez sur des points importants auxquels nous vous avons dit de ne plus penser.

Le remède à tout cela est de bien discerner la véritable humilité de la fausse ; celle qui vient de Dieu de celle que le démon suggère. L'une, en nous anéantissant, porte à la confiance et produit dans l'âme un grand calme ; l'autre atterre, mais avec un secret dépit qui vient de l'amour-propre. Le trouble, l'abattement, l'inquiétude, le découragement en sont les tristes effets. Quand vous voyez en vous ces marques, reconnaissez-y l'œuvre de Satan. Rejetez cette fausse humilité et, après avoir reconnu devant Dieu l'excès de vos misères, prenez de vos misères mêmes un motif de vous élever vers Dieu et de vous confier en lui parce qu'il, se plaît à faire éclater davantage ses miséricordes sur les plus faibles et les plus misérables. Ce n'est pas alors le temps d'examiner le passé, d'éplucher vos actions et vos intentions, de songer à faire des confessions extraordinaires. Rappelezvous les richesses, les grandeurs, les mérites et les vertus que vous possédez en J.C. Lorsque le calme sera rétabli dans votre âme, que vous pourrez sainement juger de tout, si vous trouvez quelque chose à corriger en vous, vous pourrez prendre la résolution de le faire, avec le secours de la grâce et de la lumière divine. Mais ne revenez jamais sur l'ordre de Dieu, sur le poste où II lui a plu de vous placer :

cela ne dépend pas de vous ; il y a sans doute bien des peines qui y sont attachées ; c'est la croix que le Seigneur a imposée sur vos épaules. Il y a des devoirs qui vous semblent et qui sont en effet au-dessus de vos forces corporelles et spirituelles ; mais ce n'est pas sur vos forces que vous comptez. Toutes les raisons que vous alléguez en cette matière, tout ce que vous dites, même à la louange d'autrui, vient d'une source empoisonnée.

Votre petite exhortation n'a rien que- de bon ; mais je n'y ai pas trouvé la même couleur que dans les autres. Elles se ressent un peu de l'état de trouble où vous étiez.

Vous avez toujours observé l'obéissance avec beaucoup d'exactitude à mon égard. Vos permissions, dans votre place, sont très étendues, et je vous donne toutes celles dont vous pourriez encore avoir besoin. J'ai été plus particulièrement occupé de vous devant Dieu, ces jours-ci. Je crois qu'il y a un peu de votre faute dans la manière dont vous êtes vis-à-vis de M. Bourgeois. Voyez toujours J.C. dans votre confesseur et ne cherchez point une consolation sensible au confessionnal.

J'ai été content de la lettre de mademoiselle Gaillard. Prenez garde qu'elle ne quitte l'esprit d'une Fille de Marie pour prendre un peu trop celui du Carmel. La lettre d'Émilie m'a fait plaisir. J'ai béni Dieu de la bonne volonté de M. votre frère l'archevêque d'Aix à votre égard. .

Les raisins qu'Agathe m'a envoyés sont tout-à-fait passés. Ce n'est plus la saison, mais je vous en remercie. Je me porte bien, faites de même et croyez-moi, dans le Seigneur, tout à vous.

Ce 25 novembre 1807.

Ma chère fille, je ne suis point surpris et je ne vous blâme point de toutes les plaintes que vous faites. Elles sont un effet de l'état d'épreuve dans lequel le Seigneur, par des vues impénétrables à la raison humaine, vous retient depuis bien des années. Adorez et baisez la main qui vous frappe. Je vous l'ai dit souvent, l'épreuve est pénible mais sanctifiante. Dieu n'est point offensé de ces révoltes et de ces faiblesses que vous éprouvez. Votre unique ressource est une patience humble et paisible. On peut peu de chose dans votre état, mais autant que vous le pourrez, sortez de vous-même, oubliez vos misères et supportez-les. Abandonnez- vous tout entière à la miséricorde de Dieu, attendez tout des mérites de J.C, rien des

vôtres, quoique vous ne négligiez aucun moyen de lui plaire et que vous fassiez tous vos efforts pour cela. Une grande confiance. Je vous renvoie vos lettres. Je ne vois rien à répondre à madame de Chiflet sur les affaires dont elle vous parle, sinon que vous approuvez ce qu'elle fera de l'avis de M. Bacoffe. Cependant peut-être feriez-vous bien d'en conférer avec M. Denys.

Je vous remercie du supplément à notre dîner que vous m'avez envoyé hier pour St Jean de la Croix. Ce n'est pas me faire imiter ce grand Saint, Dieu vous le pardonne ! Dites-moi votre idée sur l'impression. Pour moi, je trouve que le plus sûr est de la remettre à de meilleurs temps si Dieu nous en envoie, et de rendre l'argent reçu pour souscriptions.

Adieu, ma chère fille, je vous souhaite une meilleure santé ; la mienne est très bonne.

Tout à vous dans les SS. CC. de Jésus et de Marie.

Ce 25 novembre.

Je salue Agathe dont c'est aujourd'hui la fête.

Ce jeudi 26 novembre 1807.

Ma chère fille,

La lettre que je vous ai écrite, lundi dernier, me dispense de vous écrire aujourd'hui fort au long. Le compte que vous me rendez de votre conscience et que je vous renvoie est fort exact. Quand le Seigneur nous donne sa lumière pour connaître notre misère, on a toujours sujet de s'effrayer et de s'anéantir devant lui. Humiliez-vous, demandez miséricorde, prenez la résolution de vous corriger, demandez-en la grâce, mais ne vous en troublez point. Ce n'est point sur vos mérites mais sur ceux de J.C. que vous vous appuyez ; ils sont tous à vous et cela doit vous remplir de confiance.

Je ne vous blâme point des 60 1. que vous avez données au P. Charles ; le besoin était pressant et vous avez agi par un mouvement de charité ; d'ailleurs, vous avez de nous une permission d'agir dans ces occasions comme vous vous y sentez portée. Prenez seulement garde de ne point agir par une compassion purement naturelle. Vos permissions sont très étendues ; la règle générale est que vous ne disposiez point de sommes un peu considérables sans permission, à moins d'une sorte de nécessité. Quand vous recevez vos rentes ou de l'argent qui vous est dû, ou quand on vous spécifie l'usage de celui qu'on vous donne, vous n'avez point à nous en rendre compte.

On ne veut plus du crucifix qu'on m'avait demandé. Je vous remercie des soins que vous vous êtes donnés.

Je vous renvoie deux lettres d'une de vos filles, Supérieure à Fécamp, que mademoiselle Le Marsis m'a envoyées par occasion. Vous aurez la bonté de les remettre à M. Bourgeois.

Si M. Miette approuve la sortie de mademoiselle Puesch, il n'y aurait pas grand inconvénient qu'elle passât quelques jours chez mademoiselle Durand ; mais il faudrait en être assuré. On ne peut ni louer ni blâmer la conduite de Monsieur Beulé à son égard, puisqu'on ne sait pas ses raisons.

Ce que vous me dites des évêques d'Amiens, de Lyon, et des D. D. de la Rouzière est très favorable. On doit espérer que le Bon Dieu viendra au secours de la petite congrégation, chez madame du Four, mais vous ne pouvez pas vous en charger, et il vous est très permis d'exciter la charité en leur faveur. »

Adieu, ma chère fille, je me trouve en ce moment très pressé. Point de trouble, point d'inquiétude, beaucoup de confiance en Dieu. Priez pour moi. Vous savez tout ce que je vous désire, et que je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, tout à vous.

On mande de Vitry que mademoiselle Oudart est un peu moins gênée pour les secours spirituels. J'écris à M. Appert.

A Mademoiselle Adélaïde.

Ce mardi VT décembre 1807.

Ma chère fille,

J'ai appris avec plaisir que vos médicaments ont bien fait, et que vous vous portez un peu mieux. Dieu veuille vous conserver la santé pour sa gloire, le bien de plusieurs âmes, ma propre consolation et votre plus grande perfection.

Je n'ai rien de particulier à vous mander. Point d'inquiétude, beaucoup de paix, grande confiance en Dieu. A votre loisir envoyezmoi deux louis ; j'en destine un pour offrande à l'Enfant- Jésus.

Je suis dans le Seigneur, tout à vous.

Ma santé est fort bonne.

Ce Ier vendredi de décembre, 4 décembre 1807. Ma chère fille,

Le cas de Mlle Puesch me paraît embarrassant. Voici ce que j'en conçois d'après la lettre de mademoiselle Durand. Mademoiselle Puesch n'a jamais été bien assurée de sa vocation chez les Carmélites, du moins il lui est survenu de fort doutes. M. Miette, son confesseur, a adopté ses doutes, il lui a recommandé d'avoir pour but dans sa retraite de demander à Dieu de lui faire connaître sa volonté. Sa santé s'est alors dérangée ; elle a eu de violents crachements de sang qui l'ont mise hors d'état de suivre la règle. Mademoiselle Puesch a regardé ce dérangement de sa santé comme une manifestation de la volonté de Dieu qui lui faisait voir par là qu'il approuvait qu'elle sortît de chez les Carmélites. Elle a écrit à la Supérieure, celle-ci lui a répondu qu'elle pourrait sortir sans rien faire contre sa conscience. M. Miette consent à sa sortie et continuera à la confesser ; mais il y appose cette condition qu'elle n'aura plus de liaison pour sa conduite avec Mademoiselle Durand, c'est-à-dire avec la Société ; ce qui cependant lui avait été promis par M. Beulé et même, je crois, par vous, au temps de son entrée aux Carmélites ; de plus M. Miette pense à l'envoyer à la Trappe, c'est ainsi que j'interprète le T... de la lettre...

Voici ce que je pense d'après cet exposé et les lumières que je puis avoir. Il ne paraît pas que mademoiselle Puesch, si le dérangement de sa santé continue, puisse rester aux Carmélites, mais qu'elle fera bien de profiter de la bonne volonté de ces D.D. et ne point hâter sa sortie jusqu'à ce qu'elle ait reconnu que son infirmité ne lui permet pas de rester. Il est, je crois, selon l'ordre de Dieu qu'elle songe à se réunir à la Société ; et il semble que la Société ne peut guère la refuser, d'autant qu'elle ne s'en est séparée qu'à l'instigation de son confesseur, mais qu'il y aurait des ménagements à garder. D'un autre côté, la condition qu'appose M. Miette paraît bien humaine, en ce qu'il paraît craindre de revenir sur ses pas, et peu sensée, s'il pense à envoyer Mlle Puesch à la Trappe, vu sa mauvaise santé. Je n'approuverais pas non plus que M. Beulé la fît aller au Hâvre ou ailleurs. Ce serait se montrer l'auteur de sa sortie. De plus, le pourrait-il ? Quels moyens, quelle autorité a-t-il ? nouvelle source de calomnie...

Que faire donc ? — Que mademoiselle Puesch déclare nettement à M. Miette qu'elle n'accepte nullement la condition qu'il n'a nul droit de lui apposer ; qu'elle irait en cela contre sa conscience et qu'elle aimerait mieux prendre un autre confesseur ; cependant que, dans l'entrefaite, elle ne communique pas avec mademoiselle Durand. S'il était nécessaire, elle viendrait vous trouver et vous jugeriez par

vous-même... Mademoiselle Durand aurait mieux fait de ne pas . 'envoyer votre lettre à M. Beulé, mais elle peut la lui redemander. Présentez-lui mes respects.

Remerciez M. Lamy de m'avoir procuré la lettre de M. Vielle. J'y penserai devant Dieu avant de répondre. Je suis bien aise que vous alliez un peu moins mal et que vous ayez reçu une lettre de Hambourg. Dans ce pays-là, suivant les nouvelles publiques, on est bien gêné.

On m'a donné de bonnes nouvelles de C. Le résultat de l'assemblée des hospitalières n'est pas, à ce qu'on m'a dit, agréable à plusieurs. Ma santé est bonne. Priez pour moi et croyez-moi, dans les SS. CC, ma chère Fille, tout à vous.

Ce vendredi il décembre 1807.

Ma chère fille, je crois que, par rapport à mademoiselle Puesch, il faut s'en tenir à votre résultat ; qu'elle se retire avec sa sœur ; quand elle y sera, on la verra venir. Je n'entre point dans la discussion de vos raisonnements ; mais je dis que, si la conduite de mademoiselle Puesch, soit intérieure, soit extérieure, est selon l'esprit de Dieu comme ses confesseurs l'ont cru, elle n'aurait rien de contraire à l'esprit de la Société de Marie qui s'accommode à tous les esprits qui sont selon celui de Dieu.

Quant aux hospitalières de Besançon, nos principes sont les mêmes ; mais il me semble que vous avez donné un peu trop de croyance à ce que la sœur le Clerc vous a dit. Vous auriez dû vous en méfier, non pas peut-être qu'elle ait voulu vous tromper mais parce qu'elle est trompée elle-même. Quand on est préoccupé d'une passion, et nous avons vu dès les commencements que c'était le cas de Sœur le Clerc envers Sœur le Faivre, on voit ce qui n'est pas, on ne voit pas ce qui est ; et de bonne foi on dénature les faits, on les exagère, on les diminue à son gré. Je crains bien que Sœur le Clerc, se croyant forte de votre approbation qu'elle explique de travers, ne trouble tout à son arrivée à Besançon et en cause bien de la peine à ses anciennes Sœurs. Vous n'avez pas fait assez d'attention à ce que je vous ai dit avoir écrit à M. Bacoffe que si, à l'hôpital, on fait des vœux réels, — et non pas seulement une formule insignifiante de vœux comme cela se pratiquait dans quelques chapitres de chanoinesses, et comme mademoiselle d'Esternoz, Sœur le Faivre et Sœur le Clerc elles-mêmes nous l'ont assuré dans le temps, — les vœux de la Société étaient nuls comme étant incompatibles avec d'autres

vœux de religion. Vous avez aussi bien raison de dire que la Société de Marie doit perfectionner chacun de ses membres dans les devoirs de son état ; il eût été plus à propos que ma lettre à M. Bacoffe eût été mise sous l'enveloppe de madame de Chiflet sans que Sœur le Clerc en eût connaissance. Lisez avec attention ma lettre aux deux jeunes sœurs hospitalières, vous y verrez que je ne leur parle que de leurs devoirs généraux comme hospitalières. Mettez sans faute cette lettre sous l'enveloppe de madame Chiflet à qui je crois tout-à-fait nécessaire que vous écriviez au plus tôt pour lui mander ce que Sœur le Clerc vous a dit, et vos réflexions et les miennes ; c'est le seul moyen de prévenir bien du mal.

La lettre de mademoiselle de Fermont et celle de M. Bodinier me marquent ce que j'avais déjà pensé, d'après la lettre de mademoiselle Ernoul elle-même ; c'est ainsi que j'en ai parlé dans ma lettre à M. Bodinier.

Bien des respects et des remerciements à Mademoiselle de Fermont.

Je souhaite bien que le froid ne vous incommode pas. Ma santé est bonne, et je suis dans Jésus et Marie, tout à vous.

14 décembre 1807.

Ma chère fille,

J'ai reçu les deux louis que je vous avais demandés. Je vous remercie de votre sole et du saint du mois, et vous renvoie celui du mois dernier.

Je vous envoie mes réponses à M. Vielle et à M. Bacoffe. Vous aurez la bonté de mettre la première sous l'adresse de M. Lamy, que vous remercierez bien de ma part, et l'autre sous celle de madame de Chiflet à qui vous présenterez mes respects. Dans celle-ci je marque à M. Bacoffe ce qui regarde nos hospitalières, ce qu'a dit la Sœur le Clerc et les principes que nous avons constamment suivis, afin qu'il en confère avec madame de Chiflet, et que s'il y avait véritablement des vœux religieux on eût soin d'en détacher doucement la Société ; mais je crois être bien assuré du contraire. Vous pourrez lire la lettre de Monsieur Vielle où il y a des choses concernant nos filles de Plouer et de St-Brieuc.

Je souhaite que votre santé se rétablisse entièrement ; la mienne continue à être bonne.

Priez pour moi.

Je suis, dans les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, tout à vous.

A Mademoiselle Adélaïde.

1807. Mardi 15 déc. oct. de la Concep.

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