L. J. Ch
Ma chère fille, c'est votre fête après-demain, 17 du mois ; les années précédentes je ne m'étais point souvenu du jour de Sainte Adélaïde, mais j'y pense cette année et je vous souhaite une bonne fête pour ce jour-là. Puissiez-vous, chaque année, faire de grands progrès dans les voies de la sainteté ! J'espère que vous le faites par la grâce de Dieu. Vous le désirez certainement de tout votre cœur ; Dieu le veut encore plus que vous. Comment cela ne serait-il pas ? Mais ne cherchons pas à en avoir une pleine assurance que Dieu, dans sa sagesse et dans sa bonté, refuse de nous donner parce qu'il connaît le fond de notre nature orgueilleuse. Abandonnons-nous sans crainte entre ses mains paternelles, et pour la vie présente et pour l'éternité. Ne songeons qu'à Lui plaire ; ne négligeons aucune occasion de faire le bien, de mourir à nous-mêmes, de croître dans son saint amour et de marcher constamment à la suite de Jésus et de Marie. Nous n'aurons point à nous inquiéter de notre sort. Il est infiniment plus en sûreté entre les mains de notre Père Céleste qu'entre les nôtres.
Je serai bien aise d'apprendre que vous avez écrit à madame de Chiflet, et ce qui regarde l'affaire de mademoiselle Puesch.
Je suis dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, ma chère fille, tout à vous.
Ma santé est bonne, je souhaite que la vôtre le soit aussi.
Ce mercredi 16 décembre 1807.
Ma chère fille,
J'ai été fort content de tous les détails dans lesquels vous entrez dans votre lettre. Je vous remercie de la lettre que vous avez écrite à madame de Chiflet, selon mes désirs, et de celle à M. Lamy. J'avais déjà vu la règle des Hospitalières qui dans la substance est celle de
St François, à l'exception que les vœux ne sont que pour le temps qu'on demeure à l'hôpital et qu'on est libre d'en sortir en prévenant la communauté. Cela seul ne suffirait pas pour qu'on s'engageât par d'autres vœux ; mais on nous avait persuadé que ces vœux n'étaient qu'une formule. Nous verrons ce qu'il en est pour le présent. Au reste, l'établissement des Hospitalières en congrégation pourrait être une raison suffisante pour exclure la Société. Il serait plus prudent de s'en retirer à temps pour prévenir toute espèce de rumeur. Attendons ce qu'on nous répondra. La pensée de vos vers pour votre voisine Adélaïde est assez bonne... Vous avez dépensé beaucoup en bonnes œuvres. Vous avez de nous toute permission, mais la prudence doit vous guider. Je consens aux vingt livres pour madame Guillemain, entre . nous deux ; donc, par conséquent, dix livres seront prises sur mon petit pécule. J'approuve fort que vous donniez quelque chose pour les Enfants délaissés de madame de Carcado. Cette bonne œuvre fait comme partie de la nôtre ; elle nous a été utile et peut l'être encore davantage.
Je vous envoie la lettre de Rosalie de Goësbriand et ma réponse ; elle me fait une question, et vous verrez ce que je lui réponds. Vous verrez ce que vous en pensez et s'il n'est pas à propos de lui donner connaissance de mademoiselle d'Acosta qui est de ces pays-là, et de faire connaître réciproquement à Fanchette ce que se propose Rosalie.
Je suis charmé qu'Hyacinthe puisse continuer au P. P... Que Dieu veuille avoir pitié de l'âme de M. de Montmartin dont vous m'apprenez la mort.
Je vous remercie de votre canard, de votre pâté et encore de votre moitié de perdrix. Ce sont des choses tout-à-fait superflues pour moi. Que notre vie est différente de celle des saints !
J'ai reçu une lettre de M. le Febvre, qui m'a fait grand plaisir. Il a fait sur le champ et avec beaucoup de générosité une chose difficile que je lui avais conseillée.
Préparons-nous bien à célébrer la naissance du Divin Enfant.
Je suis, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie, ma chère fille, tout à vous.
A Mademoiselle Adélaïde.