L. J. Ch
Ce vendredi 24 avril 1807.
Ma chère fille, vous avez dû recevoir, il y a déjà quelques jours, ma réponse à votre dernière lettre du 15 et du 16 de ce mois ; de sorte que je n'ai rien de particulier à vous dire. Je crois bien que Laurence, qui ne me vient plus que le vendredi, me rapportera la lettre de M. le Marsis à laquelle je n'ai pas encore répondu. J'ai appris hier de mon ami, M. de la Rousière, que M. le concierge lui avait dit qu'enfin M. Desmarets avait obtenu du ministre la permission de faire mon rapport et de l'envoyer à l'empereur. Après cette démarche, on ne peut pas douter qu'il ne soit favorable. Cela donne quelque espérance, mais le tout est à la volonté du Grand Maître. Soyons fidèles à nous y conformer en tout, dans les petites choses et dans les grandes. Que ce soit là notre tâche de tous les jours ; ne perdons point de vue le grand exemple que nous a donné notre Divin Maître. Autant qu'il nous est possible, avec le secours de la grâce divine, retraçons en nous son image, en entrant dans tous les sentiments de son Divin Cœur et de celui de sa très Ste Mère.
J'ai appris avec plaisir que vous aviez eu hier le petit de Sainte-Foi et que vous aviez pu l'amener à St-Sulpice. Je vous souhaite une santé plus parfaite encore, avec toutes sortes de bénédictions célestes.
Ma santé est fort bonne, grâce à Dieu, et mon travail s'avance ; mais à mesure qu'il avance, il semble s'étendre davantage.
Soyons tous un cœur et une âme dans les divins Cœurs de Jésus et de Marie.
Priez pour moi.
Je suis, dans le Seigneur, tout à vous.
Ce 25 avril 1807.
Ma chère fille,
Je vous envoie une lettre de M. Guépin qui était insérée dans la mienne, que je vous envoie aussi, pour plus grand éclaircissement de l'affaire dont il vous parle. Il m'en avait déjà parlé, j'y avais acquiescé, mais je lui avais marqué qu'il devait vous en écrire et avoir votre agrément pour disposer de vos filles. Il vous en demande deux, ses deux lettres vous expliqueront pourquoi et à quelles conditions. Sa demande me paraît très raisonnable ; la fin qu'il se propose tend à la gloire de Dieu, et l'objet n'a rien que de conforme au but et à l'esprit des Filles du Cœur de Marie. Cela consoliderait une petite colonie déjà très intéressante, par ceux de notre Société qui s'y trouvent, qui sont tous des hommes très méritants. Je crois aussi que vous pourrez trouver deux de nos filles qui conviendront à la chose et qui auront assez de zèle et de charité pour s'y prêter. La chose n'est pas pressée et il n'est pas nécessaire de répondre si tôt à M. Guépin. Nous reviendrons plus d'une fois sur cet objet et nous nous communiquerons mutuellement les réflexions que nous aurons faites, après avoir bien recommandé cette œuvre au Seigneur. Vous ferez bien aussi d'en conférer avec madame de Carcado, votre assistante.
Vous avez raison de penser que la lettre de M. le Marsis m'a •fait plaisir ; j'ai été bien aise d'avoir des nouvelles de mes bonnes religieuses bénédictines de Bruxelles, maintenant à Winchester ; mais ce qu'il me dit de prédictions est bien à mon insu ; j'ai pu dire des choses qui se sont trouvées vraies, mais sans le savoir et par forme de conjectures.
Je suis bien aise que vous songiez à faire part à nos sœurs de quelques traits de la lettre de mademoiselle Gauffreau.
Ce que vous avez dit à mademoiselle d'Acosta est très juste, et je lui ai dit moi-même quelque chose d'approchant. Vous avez aussi bien raison de dire que, quand on entend les deux parties, on voit les torts de côté et d'autre.
La rencontre de l'anniversaire du baptême de votre filleul a quelque chose de remarquable. Il est bon qu'il se souvienne de son baptême et d'avoir été offert à la très Ste Vierge. Tout, à ce qu'il me paraît, s'est bien passé.
Je ne doute point que, dans la circonstance, vous ne voyiez un peu plus souvent la bonne demoiselle Deshayes et sa n'èce. Assurezles, je vous prie, toutes deux, de mon respect et de mon constant souvenir. Mais je crois qu'il ne faut parler qu'avec réserve de ce qui lui est arrivé d'extraordinaire : vous en sentez la raison.
Adieu, ma chère fille. Que le Seigneur soit toujours avec vous pour vous soutenir, vous fortifier, vous combler de mille bénédictions et diriger tous vos pas vers le plus parfait. C'est en union de son Divin Cœur et de celui de Marie que je suis, tout à vous.
P. Jos.