‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 42 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Avril 1808.

Ma chère fille en Notre-Seigneur.

Pourquoi m'envoyer les lettres de vos filles de Mortagne ? Il n'y a rien dans ces lettres à quoi vous ne puissiez répondre sans avoir besoin de mon avis.

Vous pouvez dire à mademoiselle Romet, la Supérieure, qui demande si elle doit obéir sans raisonner à monsieur Beulé et si ce monsieur a votre approbation, que Monsieur B. n'a nul pouvoir de faire ce qu'il fait et qu'il n'y est point autorisé ni par vous ni par moi. Qu'il m'en a dit un mot en l'air et que je lui ai répondu que je lui dirais là-dessus mon sentiment quand il m'aurait instruit lui-même à fond de la chose. Ajoutez que c'est à elle et à monsieur Presleur, comme supérieur immédiat, que ses filles doivent obéir et que monsieur Beulé ne doit rien faire sans son consentement et celui de monsieur Presleur. Que même elle ne doit pas consentir que monsieur B. fasse rien au préjudice de la Société de Mortagne. Que si nous avions comme permis que deux de ses filles, d'après ce qu'elle en avait mandé, fussent employées dans l'établissement de Nogent, c'était toujours en supposant i° son consentement et celui de monsieur Presleur, 2° que celles qu'on destinait à l'établissement de Nogent étaient si bien affermies dans leur vocation que cette œuvre qui lui est étrangère ne l'ébranlerait en rien.

Dans vos lettres à Rose Champourin, tâchez de l'affermir dans sa vocation et dites-lui qu'on n'a pas eu le droit de la déterminer pour l'établissement de Nogent, mais que seulement on n'a pas cru devoir s'opposer à une œuvre qui de soi est bonne, en supposant qu'elle ait l'agrément de mademoiselle Romet et de monsieur Presleur. Dites à sa sœur, mademoiselle Clémence, que vous êtes étonnée qu'étant déjà fixée dans la Société du C. de Marie elle veuille encore examiner sa vocation, que c'est comme tenter Dieu et ouvrir la porte aux tentations du démon ; que ces changements ne plaisent point au Seigneur et ne sont point utiles aux âmes, même sous prétexte de mieux ; que, dans la Société du C. de Marie, elle doit et peut pratiquer l'obéissance en tout avec le même mérite ; qu'on fait plus pour Dieu et pour son âme en servant à l'établissement d'une Société dont l'Église peut un jour tirer de grands avantages qu'à s'associer à une Société déjà établie et dont les sujets sont nombreux. Que d'ailleurs elle ne doit pas priver Mortagne du bien qu'elle y fait puisque Dieu s'est servi d'elle pour cela... Dites toutes ces choses avec la douceur insinuante que l'Esprit de Dieu se plaît à vous donner.

Ce que dit madame Rosalie de Goësbriand au sujet de sa sœur est bien touchant ; ne manquez pas d'en faire part à vos filles ; madame

de Saisseval n'en avait point encore entendu parler. Quand vous écrirez à Rosalie, dites-lui de ma part tout ce qu'on peut dire en pareille occasion. J'ai beaucoup prié pour sa sœur, je la crois bienheureuse.

Il est vrai que j'ai reçu une assez longue lettre de monsieur Beulé, mais il ne me parlait qu'en passant de Nogent, sans entrer dans aucun détail. Je n'ai été nullement content de sa lettre.

J'ai signé la pétition que m'a apportée madame Fanchette. Nous en attendons patiemment le résultat.

Vous m'avez humilié et mortifié en m'envoyant le morceau de pâté ; il n'était pas trop honnête d'en charger mademoiselle d'Acosta. Ce n'est pas la première fois que je ne m'en sois pas plaint.

Vous m'avez fait part de ce qui fixe dans ce temps-ci votre esprit en Dieu. Voici ce qui m'affecte plus particulièrement. Ce sont ces paroles de Notre-Seigneur : Ego sum Resurrectio et Vita.

J'ai fait là-dessus deux vers.

Sis mihi, Jesu, resurrectio vitaque, semper

Sim mundo, carni, mihi mortuus, et Tibi vivant.

Voici la même pensée en français, sur ces paroles de N.S. : « Je suis la Résurrection et la Vie » :

" Sois en tout temps, ô mon Jésus, « Ma résurrection, ma vie !

Que morte à tout, je ne sois plus « Qu'à ton amour seule, Marie !

Portez-vous bien et que le Seigneur vous fasse goûter la joie du mystère de sa résurrection. Ma santé est bonne malgré la dureté du temps, et je suis, dans les S.S. C.C. de Jésus et de Marie, ma chère fille, tout à vous. P. J.

Je joins ici une lettre pour Xarine et une pour monsieur Bicheron.

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