L. J. Ch
Ce jour de St Pierre 1808.
Je vous remercie, ma chère fille, de m'avoir envoyé hier mademoiselle Dumonget. J'étais bien déconcerté de ne point voir monsieur Bourgeois, même depuis la fin de l'octave, quoique j'eusse un vrai besoin de le voir à cause de quelques lettres qui sont en retard depuis
longtemps. Enfin vous m'annoncez que j'aurai le plaisir de l'avoir aujourd'hui à dîner avec moi. Il sera pour vous le porteur de cette lettre.
La vôtre m'a affligé en m'apprenant le mauvais état de votre santé qui vous empêcherait de venir aujourd'hui. J'avais tout arrangé de mon mieux ; monsieur Dubuisson avait aussi donné des ordres pour que sa chapelle fût dans son beau. Monsieur Dubuisson m'avait cédé une belle chambre pour vous mieux recevoir et vous y donner à déjeuner. Je m'étais aussi disposé à vous dire un mot de piété avant la communion et une petite instruction relative à la Société après le déjeuner. C'est une privation pour moi de ne l'avoir pas fait.
Je vous remercie de vos bonbons ; ils me rappellent que je redeviens enfant ; plût à Dieu que ce fût de cette enfance qui nous introduit dans le royaume céleste. Votre pensée avec les deux Sacrés- Cœurs m'a plu ; je remercie Agathe et souhaite à tous mille bénédictions.
Je vous envoie ma lettre à mademoiselle Ernoul et celle à mademoiselle Gauffreau ; vous pourrez les lire et y ajouter ce qui vous plaira. La lettre de Fanchette ne m'apprend rien de nouveau ; je vais lui répondre et vous envoyer ma lettre, si j'en ai le temps avant que monsieur Bourgeois arrive. Bien des respects à madame de Saisseval ; je suis bien touché de sa mauvaise santé.
Je viens de voir mon jeune prêtre de Sainte- Marguerite qu'elle connaît et qui m'a plu beaucoup. Il me reviendra voir, je l'y ai fort engagé.
Ma santé est très bonne et je suis toujours dans le S., tout à vous.
M. Bourgeois vous portera ma lettre à M. Vielle dont vous pourrez prendre lecture.
A Mademoiselle Adélaïde de Cicé.
Ce 2 juillet 1808.
Ma chère fille,
Je vous envoie deux lettres, l'une pour la Franche-Comté, l'autre pour les environs de Chartres ; mettez l'adresse à celle-ci ou envoyezla aux demoiselles Durand. S'il y a une occasion pour Besançon, profitez-en ; s'il n'y en a point d'ici longtemps, vous'pourrez l'envoyer par la poste. J'ai eu soin de n'y rien mettre qui pût offenser personne.
Je suis bien touché de votre état et de celui d'Agathe, il me met dans la souffrance ; c'est une croix de plus qu'il vous donne, mais embrassez la main qui vous châtie ; c'est l'amour qui dirige ses coups, Il saura les tempérer et aura égard à votre faiblesse ; attendons de
Lui seul le remède à nos maux. Je ne veux pas abuser de la patience de mademoiselle Aline (i) qui veut bien attendre cette lettre. Je me porte bien et suis, dans le Seigneur, tout à vous.
Je n'ai pas oublié que c'est aujourd'hui la Visitation et le premier vendredi. N'oubliez pas la petite croix du Via Crucis pour M. de la Rouzière.
15 août 1808.
Je vous renvoie vos lettres, ma chère fille, après les avoir lues ; je ne garde que celles qui sont pour moi. J'ai pris tout ce matin à répondre à mademoiselle Gaillard, bien à la hâte mais en consultant le Seigneur. Vous ne lui remettrez pas ma lettre, mais vous la lui lirez en expliquant ce qui demande à l'être et en adoucissant ce qu'elle pourrait avoir de dur. Il serait imprudent de la lui laisser entre les mains ; mais, comme je n'ai rien mis qui indique que ce soit pour elle, vous ferez bien de la garder. Elle pourra vous être de quelque usage pour d'autres dans des cas semblables.
Je me porte bien à présent. J'ai achevé hier la sole et les pois qui étaient encore très bons.
Je vous le répète, ne vous inquiétez pas de votre revue. Soyez tout au Cœur de Marie, ce beau Cœur fera tout le reste. Je souhaite bien que mon cœur serve un peu à entretenir votre ferveur et celle de vos filles. C'est aujourd'hui le jour du trépas glorieux de notre grande Reine.
Je suis, en union de son Cœur et de celui de J., tout à vous.
Je suis surpris que vous n'ayez fait aucune réflexion sur la lettre de Mademoiselle Gaillard. Vous sentez bien que, si elle ne prend pas bien ce que je lui marque et ne convient pas de ses torts, il faudrait lui donner quelque temps pour y réfléchir.
Lisez avec attention la lettre en particulier avant de la lui lire.
(1) Une des filles de Mme de Saisseval.
A Mademoiselle Adélaïde de Cicé.