‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 46 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

J'ai vu avec bien de la satisfaction, ma chère fille, toutes les bonnes nouvelles que nous a apportées votre estimable voisine. C'en est une bien bonne pour moi de savoir qu'elle est revenue en bonne santé ; je lui écris un petit mot ainsi qu'à Fortunée.

Ne soyez plus inquiète de ma santé ; elle est maintenant parfaitement bonne. J'ai craint un moment mais ma crainte a été bientôt dissipée. Je me suis un peu modéré sur l'usage du raisin mais je ne l'ai point abandonné... J'ai bien pensé, le jour de St Jérôme, à M. l'archevêque d'Aix et j'ai offert ma communion à son intention. Notre néophyte, autant qu'on peut en juger, est toujours dans d'excellents sentiments. J'en ai un autre en vue que je vous recommande beaucoup ; il est en bon chemin mais encore loin du terme. C'est le

jour des Sts Anges que j'ai reçu la prêtrise ; le 2 octobre tombait cette année-là au premier dimanche d'octobre, fête de N.D. du St- Rosaire.

Priez pour moi afin que la grâce du sacerdoce ne reste pas oisive en moi.

Tout à vous dans les SS.CC. de Jésus et de Marie.

Ce dimanche 4 décembre 1808.

Après bien des témoignages d'amitié donnés à Sœur le Fèvre et quelques compliments sur son attachement à la famille, dites-lui que vous croyez devant Dieu que, les circonstances étant changées, elle doit désormais se contenter de conserver ses sentiments au fond de son cœur sans les manifester au dehors ; que par là elle se montrera une véritable Fille de Marie ; que nous n'avons rien, comme elle ne peut l'ignorer, qui nous distingue à l'extérieur de ceux avec qui notre devoir et la volonté du Seigneur nous tiennent réunis ; que la seule chose qui doit distinguer et caractériser en quelque sorte une Fille de Marie, ce doit être une plus grande exactitude à remplir tous les devoirs communs de la maison dans laquelle on est, à conserver le bon ordre et la régularité, une parfaite soumission aux Supérieures, la grande charité, l'union la plus intime avec toutes ses sœurs sans aucune distinction ; qu'elle ne doit plus se mêler de donner des avis qu'autant que celle que Dieu lui a donnée pour Supérieure la chargerait de le faire ; qu'elle ne doit point considérer en cela l'inclination des jeunes personnes, ni les bonnes vues qu'elle-même peut avoir, ni le bien qu'elle a fait et qu'elle pourrait faire encore, mais la volonté de Dieu qui lui est intimée par la voix de l'obéissance en tant de manières différentes ; qu'elle ne pourrait agir autrement sans aller contre la volonté de Dieu ; que ce qui a été bon dans le commencement serait désormais préjudiciable ; que cela ne l'empêchera pas de nous être toujours également unie de cœur. L'unique manière dont elle puisse à présent remplir les engagements qu'elle a contractés parmi nous est de les remplir dans l'esprit et dans l'ordre de sa communauté, puisque dans le fond les devoirs et les engagements sont les mêmes. Plus elle le fera parfaitement, plus elle se montrera une digne Fille du Cœur de Marie. Le propre d'une Fille du Cœur de Marie est de s'accommoder suivant les circonstances à tout ce qui est conforme à l'esprit de son divin Fils. Qu'alors elle pourra se regarder elle-même comme demeurant toujours avec nous dans le Cœur de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu. Que l'Auguste Vierge la chérira d'autant plus comme une de ses plus chères enfants

qu'en cela elle sera plus conforme à ses sentiments ; que pour vous, vous ne cesserez point de la regarder, de l'estimer, de l'aimer comme votre sœur très affectionnée. Qu'elle aura la même part aux prières et aux bonnes œuvres de la petite famille ; que la séparation et le défaut de communication extérieure, effet uniquement commandé par les circonstances, ne nuira nullement à l'union des cœurs, puisque de part et d'autre les devoirs, les engagements, les sentiments, lest désirs sont les mêmes et qu'on peut s'en acquitter pareillement en union avec les Divins Cœurs de Jésus et de Marie. Dieu lit au fond de nos cœurs, il suffit que notre union soit connue de Lui seul, elle n'en sera pas moins réelle.

Je crois qu'il serait bon que votre lettre fût directement adressée à Sœur le Fèvre, mais que vous feriez bien d'en donner un extrait à } ladame de Chiflet qui, si elle le juge à propos, pourrait de vive voix la communiquer à Sœur Clerc.

Vous avez oublié chez nous une paire de lunettes. Il y a longtemps que je vous ai fait souvenir de ma pale.

Je vous souhaite une plus forte santé et je crains que la visite que vous m'avez faite ne l'ait endommagée.

Je suis, dans le Seigneur, tout à vous.

Je n'ai pas songé à vous dire que M. Dubuisson m'a fait demander votre nom pour vous faire une quittance des effets de M. le Voyer.

Ce vendredi 10 mars 1809.

Ma chère fille eri N.S.

De nouvelles réflexions m'ont porté à répondre à 'la sœur Mannèque. Je vous envoie la lettre que je lui écris ; j'ai recherché la brièveté, j'ai omis bien des choses, d'autres auraient besoin d'être développées ; je vous en laisse le soin dans la lettre que vous joindrez à la mienne. Mes respects à madame de Chiflet.

Hier j'oubliai de vous parler i° de mademoiselle Baran, relativement à notre entretien, 2° de ma montre, 30 des deux corporaux laissés dans la bourse et qui ne m'ont point été rendus. Je croyais en avoir d'autres mais je n'en ai point qui pût me servir. Ils n'ont point de croix presque tous et je doute s'ils ont été bénits. Heureusement j'ai pu y suppléer par celui qui était dans mon bel ornement.

Monsieur Barbier vient de venir ce matin. J'attends mademoiselle d'Acosta mais je doute qu'elle vienne aujourd'hui... J'ai donné deux des anciens catéchismes du diocèse et je serais bien aise d'en avoir

quelques-uns pour les donner. Le catéchisme actuel ne me plaît guère ; il me faudrait aussi quelques chapelets. J'en ai vu de très propres à 7 ou 8 sols pièce, j'en ferais volontiers emplette de quelquesuns pour en faire présent.

Adieu, ma chère fille, portez-vous bien et marchez à pas de géant dans les voies de Dieu. Les forces du corps ne sont pas nécessaires pour cela, il ne faut qu'un bon cœur. Le vôtre sera tel, s'il tient une fidèle compagnie à ceux de Jésus et de Marie. Je suis, ma chère fille, dans ces divins Cœurs, tout à vous.

Ce dimanche des Ram. 26 mars.

Ma chère fille,

Je vous écris deux mots en cas qu'il me vienne quelqu'un dans la matinée, pour vous dire que j'ai vu hier monsieur Lamy. Il n'avait aucune lettre. Le coup est accablant ; que de tristes pensées se sont offertes à mon esprit ! Elles me reviennent sans cesse et ne me laissent presque pas m'occuper d'autre chose. Dieu me fait la grâce de tout prendre de sa main et de ne vouloir que du bien à tout le monde. J'ai besoin de consolation et de conseil et je ne puis l'attendre après Dieu que de vous, ne croyant pas devoir m'ouvrir à d'autres sur le sujet de ma peine ; vous recommanderez bien la chose au Seigneur. Vous me viendrez, s'il vous est possible, mardi prochain. Il me reste une faible lueur d'espérance. Monsieur Lamy m'a dit, ce me semble, qu'il avait encore des lettres à vous remettre ; peut-être une de ces lettres en contiendrait-t-elle une de M. Vielle dont, pour quelque raison que j'ignore, il aurait fait un secret à M. Lamy.

Je suis, en Jésus-Christ, tout à vous.

Remplissons-nous bien, dans ce saint temps, de l'esprit de Jésus- Christ crucifié et tenons fidèlement compagnie à sa Sainte Mère au pied de la Croix.

Ne serait-il pas possible d'avoir ma montre ?

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