L. J. Ch
Ce 12 avril 1798.
Je pense avec plaisir, ma chère Adélaïde (2), que vous vous souvenez souvent de nous et que ce souvenir n'est pas pour vous une chose indifférente. Pensez de nous la même chose et vous nous rendrez justice. Nous vous regardons toujours comme au milieu de notre petite société dont vous faisiez le principal agrément. Pierre (3), en son particulier, vous est toujours bien sincèrement attaché et il regrette que vous ne puissiez plus chanter les couplets qu'il continue toujours à composer, dans l'espérance qu'ils pourront un jour vous être utiles. Son symbole poétique a été achevé, comme il l'espérait, avant Pâques ; et il est tout entier dans l'espérance, autant que les travaux publics que demande son emploi le lui permettent. Conserveznous toujours les mêmes sentiments et comptez sur le retour sincère de vos bonnes amies qui vous sont bien attachées et ne veulent être avec vous qu'un cœur dans ce Cœur qui doit être le centre de tous les cœurs.
Ne faisons point d'imprudence, ma bonne Amie, mais ne croyons
(1) Lieu qu'habitait M. de Buyer, beau-frère de Mlle d'Esternoz.
(2) Dans cette lettre, le P. de Clorivière écrit à Mademoiselle d'Esternoz comme une amie à son amie afin d'éloigner les soupçons.
(3) C'est de lui-même que parle le P. de Clorivière.
pas, dans les circonstances, que ce soit imprudence de risquer quelque chose, pourvu qu'on prenne en même temps toutes les précautions que la prudence peut suggérer, que le danger soit point manifeste, et qu'il soit bien plus probable qu'on pourra l'éviter. Si l'on ne voulait agir que lorsqu'on pourrait le faire avec une entière certitude, on manquerait tout et l'on ne ferait aucun bien. En agissant avec circonspection, et en réprimant ce qu'un zèle bouillant pourrait avoir d'inconsidéré, on peut raisonnablement se confier en Dieu, et on a tout sujet de croire que cette confiance ne sera point trompée. C'est sûrement ainsi que vous avez cherché à vous procurer la consolation de voir notre amie ; ce que vous me mandez, dans votre lettre, des dangers qu'on court dans les chemins ne me laisse là-dessns aucun doute ; d'ailleurs on peut penser qu'elle ne se mettrait pas imprudemment en route ; c'est pourquoi je n'ai garde de vous blâmer. Quand vous la verrez, vous ne m'oublierez pas auprès d'elle ; vous n'ignorez pas combien elle m'est chère et combien je désire cultiver son amitié.
Je vous sais bon gré d'épancher comme vous le faites votre cœur dans le mien. Il n'y a personne qui partage davantage vos sentiments et qui mieux que moi en reconnaisse la justesse. La misère que vous me dépeignez est effrayante et bien propre à percer un cœur tel que le vôtre, mais que pouvez-vous faire pour la soulager ? Vous ne pouvez qu'en gémir en secret comme vous le faites ; ce sont des malades à qui la frénésie dérobe la connaissance et le sentiment de leur mal. Ce serait à pure perte qu'on chercherait à y apporter du remède ; on ne pourrait le faire sans s'exposer au danger le plus évident. Contentez-vous donc, ma chère amie, de les recommander au grand médecin que vous connaissez ; il n'y a que lui qui puisse leur rendre la santé. Exposez-lui avec simplicité la grandeur du mal, et conjurez-le d'en avoir pitié ; il aime qu'on le sollicite, faites-le avec confiance ; il ne vous rebutera point, et qui sait si un jour vous ne serez pas exaucée au delà même de vos espérances ? En attendant, soulagez ce grand besoin que vous avez de faire du bien aux autres en ne négligeant rien pour préserver de la contagion ceux qui n'en sont pas encore infectés. J'aime bien à vous voir à la main le petit livret dont vous me parlez ; je sens, bien que votre mission ne peut s'étendre au delà de l'enceinte de vos murailles, j'en puis dire à peu près autant de nous ; bornons-nous là, puisque Dieu n'en demande pas davantage. Nous sommes assurés de Lui plaire, et ce que nous faisons à présent sera comme le prélude de ce que nous pourrons faire un jour dans des temps plus heureux.
Ce n'est point sans sujet, à ce qu'il me semble, ma bonne amie, que vous espérez que Dieu se servira de Pierre pour vous faire connaître de plus en plus quels sont ses desseins de miséricorde sur vous. Je pense comme vous qu'il ne s'est point trompé à vot,re sujet ;
il a lu dans votre cœur lorsque ce cœur ne faisait encore que s'entr'ouvrir pour lui ; il y pénètre maintenant, il y lit plus à découvert ; et tout me persuade qu'il y lira toujours de plus en plus tandis que votre franchise et votre sincérité ne changeront pas ; ce qui dépend de vous, et ce que nous avons vous et moi tout sujet d'espérer. Ainsi le bonheur que vous commencez à goûter, les grâces que vous avez reçues sont comme le gage de biens plus grands encore que Dieu réserve à votre fidélité dans le genre de vie que vous avez embrassé. Ayons une grande confiance. Espérons en Dieu au delà de toute espérance.
C'est une grande pitié que la vermine pénètre aussi dans vos cantons ; prions bien pour qu'elle n'y étende pas davantage ses ravages. C'est à la Mère du Sauveur qu'il faut nous adresser pour cela. J'ai la plus douce confiance qu'elle arrêtera les progrès du mal et qu'elle étouffera le monstre dans son berceau ; et que le sang précieux que ce monstre a déjà fait verser et dont il aime à repaître son insatiable avidité deviendra pour lui un breuvage empoisonné qui lui donnera la mort. Cette mort délivrerait la république d'un grand mal et vous savez combien j'ai à cœur sa prospérité. Les couplets et la jolie chanson que vous citez en sont une bonne preuve.
Lorsque cette lettre vous parviendra, vous serez bien certainement de retour de votre voyage chez Madame de Bousi... et j'aime à penser que votre visite aura pu être de quelque utilité à cette intéressante amie. Dans ces sortes de rencontres, il serait bon de se souvenir de la visite de la Sainte Vierge à Sainte Élisabeth, et s'y proposer toujours pour but la gloire de Dieu et le bien des âmes. Je suppose que vous l'aurez fait. Vous aurez peut-être à veiller davantage sur vous-même dans le tracas que ne peuvent manquer de vous occasionner les noces de Mademoiselle votre sœur (i). Si vous ne pouvez pas alors donner extérieurement autant de temps à l'exercice de la prière, faites votre possible pour y suppléer par un recueillement habituel, la pureté d'intention et la vigilance la plus exacte sur vous-même dans toutes vos actions. Nous prenons bien part à tout ce qui peut intéresser le bonheur de Mademoiselle votre sœur ; saluez-la de notre part et dites-lui que nous ne manquerons pas de faire ce qu'elle désire de nous.
J'ai reçu de Madame de G. (2) la lettre que vous m'aviez annoncée de sa part. Je lui donne une idée générale du genre de vie que vous connaissez, afin qu'elle considère devant Dieu si ce n'est pas celui que Dieu pourrait demander d'elle. Je n'entre dans aucun détail et je ne lui dis pas un mot de vous, ni d'Ignace (3). Mais il pourrait
(1) Mlle Aglaé d'Esternoz épousa M. de Buyer et devint veuve après un an de mariage ; elle entra dans la Société et elle fit sa consécration en 1801.
(2) Mme Rosalie de Goésbriand.
(3) Monsieur Pochard.
se faire que, sachant les liaisons que vous avez avec Joséphine (i), elle se doutât de quelque chose. C'est pourquoi je vous préviens. Je lui promets de plus grands détails si elle les désire, et vous pourrez avec discrétion vous ouvrir à elle à proportion des dispositions qu'elle vous montrerait. Si elle s'en ouvre à vous, il serait bon que vous vissiez ce que je lui marque.
J'ai fait aussitôt la commission dont vous m'avez chargé pour Madame de Car... (2) et vous avez sans doute reçu déjà les douze exemplaires ; ils ont coûté dix-huit livres. Quand j'aurai le louis dont vous me parlez, j'emploierai les six livres de surplus selon l'intention que vous me marquez. Les livrets ont été remis à votre commissionnaire. L'adresse à M. Bonhomme m'a paru une mauvaise plaisanterie dont je me suis bien gardé de faire usage. Elle paraît venir d'une personne qui ne sait pas les égards qu'elle doit à un prêtre et qui semble en exiger pour elle-même. Cette personne ne vous ressemble sûrement pas... Mademoiselle Diston (3) se porte beaucoup mieux. Vous devez avoir reçu, il y a quelque temps, une lettre d'elle. Ses compagnes sont en bonne santé ; toutes me chargent de vous dire mille choses obligeantes et combien elles vous regrettent.
Pour moi, Mademoiselle, je vous plains des embarras où vous êtes, et je prie notre bon Maître de vous dire efficacement au fond du cœur ce qu'il disait à ses Apôtres assemblés le jour de la Résurrection : Pax vobis.
C'est en union de son divin Cœur et de celui de sa Sainte Mère que je suis votre bonne et sincère amie,
Joséphine.
A Mademoiselle Ad. d'Esternoz.
5 juillet 1798.
Loués soient Jésus-Christ et sa très Sainte Mère. Je réponds à Et. Ignace, et je vous adresse, ma chère fille, la réponse que je lui fais, et vous prie de la lui faire tenir sûrement. J'ai de plus un mot à vous dire au sujet de Madame Ros. Goësb. (4) dont j'ai reçu plusieurs lettres et à qui j'en ai écrit plusieurs. Dans ma dernière je lui marque que je prierai une de ses amies de lui communiquer le livret de la Société qu'elle me demandait. Vous pourrez donc le lui prêter et lui donner quelques éclaircissements que vous croirez nécessaires sur ce que je lui ai marqué, après avoir pris lecture des
(1) Le R. P. de Clorivière se nommait Vitm- Joseph.
(2) Madame de Carcado.
(3) Nom qu'avait pris Mlle de Cicé.
(4) Madame Rosalie de Goësbriand, à Dole.
lettres que je lui ai écrites. Je ne suis pas encore assez assuré de ses résolutions qui dépendent entièrement de celles de son guide, que je crois fort douteuses, pour vous dire de ne point user de quelque réserve. Il en faut surtout pour ne point nommer les personnes, jusqu'à ce que vous la voyiez entièrement et parfaitement décidée.
Pour vous, ma chère fille, au milieu de toutes les dissipations qui sont presque inévitables dans la position où vous êtes, redoublez votre vigilance, pour vous tenir toujours intérieurement recueillie. On le peut avec le secours de la grâce et une grande fidélité. Rappelezvous souvent vos saints engagements, renouvelez-les souvent devant le Seigneur ; chaque jour, jetez quelques regards sur ce qui contient vos principales obligations et, dans toutes les occasions, ayez recours avec une grande confiance au Cœur Sacré de notre divine Mère. Que ce soit votre asile et votre lieu de prière... Je joins ici deux lettres de personnes qui partagent bien les sentiments avec lesquels je suis, ma chère fille, en union des Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie.
Tout à vous en Notre-Seigneur.
P. Joseph.
A la Citoyenne Esternoz à Montfort, par Quingey. Département du Doubs.
Ce jour de S. Ignace, 30 juillet 1798.
Laudetur Jésus Cnristus.
Je vais commencer, Mademoiselle, à vous répondre par ce qui vous regarde vous-même et votre conduite, ou plutôt vos dispositions spirituelles ; mais il faut d'abord que je vous dise au vrai l'idée que je m'en suis formée. Je ne crois pas, comme vous vous l'êtes persuadé, que vous soyez trop portée à l'inquiétude et à la crainte. Ce n'est point là, je le sais, la trempe de votre esprit ; il est trop solide pour se troubler de vains scrupules ; vous avez une idée juste du service de Dieu ; vous savez que c'est la volonré qu'il demande de nous ; vous avez de Dieu les pensées qu'on doit avoir d'un Dieu qui n'est que bonté et qu'amour ; et vous avez pour lui des sentiments de confiance qui répondent à ces pensées. Dieu même, autant que j'ai pu m'en apercevoir, n'a pas encore permis jusqu'à présent que l'esprit de malice et de ténèbres ébranlât en vous cette manière de voir et de sentir. S'il l'essayait jamais, tenez-vous en garde contre ses efforts ; persistez constamment dans cette idée que vous avez du service de Dieu et dans ces sentiments de confiance dans la bonté divine, parce que c'est là la véritable voie, et que si vous êtes fidèle à y marcher, elle vous conduira, par la pratique de toutes les vertus chrétiennes et de tous les conseils évangéliques, à la plus sublime
perfection, qui consiste dans une conformité entière et l'union la plus étroite de notre volonté avec celle de Dieu.
Si vous vous considérez vous-même avec simplicité et que vous vouliez avouer avec sincérité ce qui est en vous l'effet des dons de Dieu, je ne crains point que vous trouviez que je me méprenne dans le jugement que je porte du fond de votre âme ; mais j'ajouterai que vous cherchez à vous inquiéter et à vous troubler vous-même de ce que vous êtes sans crainte et sans inquiétude. Ce que vous me dites dans votre lettre m'en fournit plus d'une preuve. C'est une bonne chose, par exemple, de supporter paisiblement et avec résignation les sécheresses, les dégoûts, les égarements d'esprit et autres peines semblables qui se rencontrent souvent dans l'oraison, et de persévérer malgré tout cela dans ce saint exercice. Vous le faites, et vous vous inquiétez de ne point être affectée de ces choses, vous vous le reprochez comme une insensibilité. Ce n'est point un mal en soi de ne point avoir une ardeur sensible pour la prière, pour l'oraison, pour la communion cette privation de ferveur sensible est une épreuve ordinaire, et c'est un bien lorsque, dans cette privation, l'âme guidée par la foi n'en a pas moins recours à ces grands moyens de salut. C'est la conduite que vous tenez, et vous paraissez la trouver blâmable comme si vous agissiez avec une fausse sécurité. C'est encore une chose bien excellente que ce dégoût que vous cause tout ce qui vous environne qui pourrait ressentir le faste, l'opulence et la grandeur ; que cette avidité que vous sentez pour un état de pauvreté et d'abjection, et cela même vous est suspect. Cessez, ma chère fille, de méconnaître en vous ce qui ne peut être que l'effet de la grâce divine ; allez à Dieu avec une vive et tendre confiance ; il est notre Père et c'est le premier sentiment que cette qualité doit exciter en nous, qui devons nous regarder comme ses enfants, et qui le sommes véritablement. Cultivez bien soigneusement en vous, et sans trouble, cette volonté sincère que vous avez de lui plaire et de ne vous écarter jamais d'un seul pas de tout ce que vous connaîtrez être le plus conforme à son bon plaisir. Remerciez Dieu de la grâce qu'il vous fait de ne point vous troubler dans l'oraison pour ce que vous y éprouvez de plus pénible et de plus dégoûtant. Préférez toujours dans les choses de piété l'amour de la foi à l'amour sensible, quoique vous deviez éviter que la privation de celui-ci ne soit un effet de votre négligence ; enfin priez sans cesse le Seigneur qu'il daigne conserver et augmenter en vous cette tendance si précieuse qu'il vous donne pour des états pauvres et abjects ; c'est cet esprit de pauvreté qui est la base de toute la perfection évangélique.
Mais, tandis que je veux que vous sachiez discerner avec simplicité ce qu'il y a de bon en vous, afin que vous en rendiez grâces à Dieu et que vous en fassiez bon usage, je ne prétends pas que vous vous aveugliez sur vos véritables défauts. Je veux au contraire que, déchar-
gée de vaines inquiétudes dont vous voudriez vous embarrasser, vous vous appliquiez de plus en plus à connaître ces défauts et à les combattre avec plus de force et de courage. Je vois bien par votre lettre que vous n'êtes pas tout à fait sans les connaître. Quelque contraire à la perfection que votre position présente puisse vous paraître, dès qu'elle est par rapport à vous dans l'ordre de la Providence, et que votre cœur en est dégagé, vous devez vous soumettre et l'embrasser en vue de Dieu, bien convaincue qu'il n'y a pas de position, lorsqu'on y est placé par devoir, par nécessité et une suite d'événements arrangés par la divine Providence, qui ne nous fournisse tous les moyens nécessaires au salut et à la perfection ; et qu'il n'y a point d'obstacles qui ne puissent, avec le secours de la grâce, se changer pour nous en moyens. Vous sentez fort bien que toutes ces choses, dès lors qu'elles ne sont point mauvaises en elles-mêmes, n'ont rien qui soit incompatible avec l'état dans lequel vous vous êtes engagée à suivre le Seigneur ; et c'est pour vous un puissant motif d'espérer qu'il ne vous y refusera pas ou plutôt qu'il vous y donnera très abondamment les lumières, la force et les grâces dont vous avez besoin pour éviter les pièges de Satan et pratiquer en tout ce qu'il y a de plus saint et de plus agréable à ses yeux. Mais que cela vous rende plus attentive à recevoir sa lumière, plus souple à répondre à tous les mouvements de sa grâce, plus forte et plus courageuse à vous vaincre vous-même, à surmonter le respect humain et à vous porter à tout ce qu'il demande de vous, quelque difficile, quelque contraire qu'il puisse être à vos inclinations naturelles. Vous avez raison de craindre une confiance qui serait stérile et oisive, et de ne pas vous contenter d'une bonne volonté qui se bornerait à des désirs inefficaces de plaire au Seigeur. Une confiance oisive ne serait pas véritable parce qu'elle ne serait pas celle que Dieu veut que nous ayons en Lui. Dieu veut que nous attendions de Lui toutes les grâces, toutes les lumières dont nous avons besoin pour opérer notre salut, pour travailler avec ardeur à notre perfection ; mais II veut que nous coopérions à ses grâces à mesure qu'il nous en favorise. Si elles demeurent stériles, si nous n'en profitons point, elles sont dès lors inutiles et même onéreuses, elles ne servent qu'à nous rendre plus coupables ; nous sommes indignes d'en recevoir de nouvelles, nous méritons qu'il retire celles qu'il nous avait données, selon cette parole : Omm enim habenti dabitur, et abundabit ; et autem, qui non habet, et quod videtur habere auferetur ab eo (i). Une pareille confiance ne serait donc point véritable. Je dis la même chose de la bonne volonté ; je ne la distingue pas de l'amour. Rien n'est plus agissant que l'amour ; il faut qu'il croisse, qu'il embrase, qu'il consume, qu'il réduise en cendres ; s'il cesse d'agir, il s'éteint, il n'est plus... Mais pourriez-vous dire que
(i) On donnera à celui qui a déjà et il sera dans l'abondance ; mais pour celui qui n'a rien, on lui ôtera même ce qu'il semble avoir. (Matthieu, 25, 29).
votre confiance soit oisive, que votre bonne volonté soit sans agir et qu'elle ne serve qu'à vous endormir dans une fausse sécurité comme vous le donneriez presque à entendre ? Je ne le crois pas ; je m'aperçois même, à travers ce que vous me dites, que votre conduite se ressent de votre confiance en Dieu et du désir que vous avez de lui plaire. C'est de là que vient votre éloignement pour tout ce qui vous paraît péché ou même imperfection volontaire, votre dégoût pour le monde, votre assiduité aux exercices de piété, lors même que vous n'y avez aucun attrait sensible, et la patience avec laquelle vous supportez les dégoûts, les ennuis, les ténèbres que vous y éprouvez souvent... Je croirais donc que c'est un trop grand désir de bien faire qui vous fait penser que vous ne faites rien. C'est faire beaucoup que de faire ce que Dieu veut ; et, quand Dieu ne veut de nous que des choses petites et obscures, des choses qui ne paraissent point aux yeux des hommes et qui n'ont rien dont notre amour-propre puisse se repaître, il faut nous en contenter ; vouloir faire quelque chose de plus ce ne serait pas lui plaire ; ce serait nous abuser et nuire à notre avancement. Ce serait déchoir au lieu de monter. Ne croyez pas non plus qu'il faille toujours agir dans l'oraison, qu'il faille toujours penser, raisonner, produire différents actes. Dieu nous y met quelquefois dans une heureuse impuissance d'agir par nous-mêmes afin de substituer son action 'à la nôtre, ou même de nous élever à une autre manière d'agir plus spirituelle et plus dégagée des sens. Il faut alors s'abandonner à la conduite de son esprit ; et les facultés de l'âme n'ont rien de mieux à faire qu'à se tenir dans le silence et un anéantissement de foi et d'amour. Il me semble aussi que vous voudriez déjà vous voir toute parfaite , et que vous vous persuadez n'avancer en rien parce que vous retombez encore en bien des défauts, et que vous n'êtes pas encore exempte de bien des immortifications et des sensualités. Connaissez mieux les voies de Dieu. La perfection est une grande chose ; il faut la désirer ardemment ; mais il faut la travailler longtemps pour l'obtenir. Dieu ne nous l'accorde que quand nous sommes réduits à cet état où l'on ne voit plus que Dieu, où l'on se compte pour rien. Mais, pour y parvenir, Dieu veut que nous supportions longtemps le poids de nos misères et que nous sentions combien est grande en elle-même l'inefficacité de nos efforts et combien son secours nous est nécessaire. Travaillez donc avec courage à vous vaincre vous-même ; combattez l'indolence, la paresse, la sensualité ; proposez-vous de refuser à la nature tout ce qui ne peut que fomenter ses inclinations ; raidissez-vous contre le torrent du mauvais exemple ; luttez contre tous vos penchants ; soyez exacte à remplir tous les devoirs de votre saint état ; renfermez-vous en esprit dans les Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie ; puisez-y sans cesse les affections les plus saintes, les désirs les plus sublimes, les intentions les plus pures ; et surtout ce feu divin de l'amour qui doit à la
longue consumer en vous tout ce qui s'y trouve de terrestre, de naturel et d'humain. Mais ne vous étonnez pas de sentir encore le poids de votre faiblesse et de rester encore longtemps fort au-dessous du but de vos désirs. Ne croyez pas pour cela que vos désirs soient vains et sans vertu. Que le feu pur du divin amour brûle toujours dans le sanctuaire et sur l'autel de votre cœur ; entretenez-le toujours avec soin, comme Dieu vous le commande, afin qu'il ne s'éteigne, qu'il ne se ralentisse jamais ; il triomphera bientôt par son ardeur de toutes ces fautes passagères dans lesquelles il est comme inévitable pour nous de tomber ; il consumera toutes les taches de votre âme, tellement qu'elles ne produiront en vous d'autre effet que de vous rendre de jour en jour plus humble et plus vigilante sur vous-même.
J'en ai dit assez, peut-être même plus qu'il n'eût fallu, sur vos dispositions spirituelles. Parlons du temporel. J'en ai conféré avec Mademoiselle D... Nous sommes tous deux de l'avis d'Ignace. Dans la position où vous êtes, il n'y a point de doute que vous ne deviez vivre avec beaucoup d'économie. Un régisseur, si vous en trouvez un tel qu'il vous faut, vous épargnera beaucoup de dépenses. Ce choix demande une grande considération. L'exacte probité est rare parmi ceux qu'on nomme gens de biens ; elle demande surtout l'éloignement de l'avarice et de l'ambition dans la gestion des affaires d'autrui, la vigilance, l'habileté. Si vous rencontrez ces qualités dans l'homme à qui vous donnerez votre confiance, vous aurez bien sujet d'en remercier la bonté divine. Il est naturel après cela que vous veniez vous fixer ici, où vous appellent vos autres affaires, sans parler de celle qui vous touche plus que tout le reste. Nous serons enchantés de vous posséder parmi nous. Vous n'avez pas oublié le local et la société ; nous souhaitons qu'ils vous conviennent. On n'oserait vous offrir pour coucher la chambre de Madame de Valmont, parce qu'elle y vient de temps en temps ; mais vous pourriez d'ordinaire en jouir pendant le jour et y recevoir votre monde. Pour la nuit, on espère vous trouver une chambre à louer dans la maison ou, au pis-aller, vous auriez la ressource de l'appartement de Laurence, où vous avez bien voulu habiter déjà. Nous nous prêterons là-dessus avec bien du plaisir à ce que vous pourrez désirer. Vous savez du reste sur quel pied nous sommes les uns avec les autres.
Mille choses pour Ignace. Nous sommes assurés de son zèle, nous lui recommandons beaucoup de prudence et nous le chargeons de veiller avec soin à sa conservation, les jours sont encore mauvais. Je joindrai ici l'examen que vous demandez qui, à quelques changements près, est le même pour les deux Sociétés. Je remets à une autre fois la reddition de compte pour ne pas trop grossir le volume... Mes respects à notre cher confrère.
J'aurais été bien aise, s'il eût été possible, que vous eussiez pu
conférer de vive voix avec Madame G. (i). Vous auriez eu par là l'occasion de lui donner des éclaircissements qui ne sont pas écrits ; mais, à ce défaut, vous avez bien fait de joindre notre analyse au plan.
Recevez l'assurance des tendres et respectueux sentiments de nos D.D. et surtout de celle qui est à la tête (2). Elles vous désirent toutes bien sincèrement et vous souhaitent, ainsi que moi, toutes sortes de biens. Nous faisons les mêmes souhaits à Madame votre sœur (3) ; nous faisons pour son bonheur les vœux que vous faites vous-même, et nous nous joignons à vous pour prier le Seigneur de répandre ses plus douces bénédictions sur elle et sur tout ce qui lui appartient. Priez aussi pour nous et croyez-nous, dans l'union de Jésus et de Marie, tout à vous.
De Clo.
Ce jour de St Ignace 98.
Ad Majorent Dei Gloriam.
Points sur lesquels il est tout à fait important d'interroger ceux qui, après avoir fait au Seigneur l'entière consécration d'eux-mêmes dans la Société du Cœur de... désireront, pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien de leurs âmes, s'y attacher plus étroitement par l'émission des vœux.
Cet examen se fera par trois fois : la première, environ six mois avant l'émission des vœux ; la seconde, deux ou trois mois après le premier examen ; la troisième, deux ou trois semaines avant d'être admis aux vœux.
On sera tenu d'y répondre avec la plus grande sincérité, comme en présence du Seigneur.
Première question : Avez-vous compris et goûté le plan de la Société du Cœur de... ? Etes-vous dans la résolution de travailler de tout votre pouvoir, avec le secours de la grâce divine, à remplir la fin de cette Société ? Désirez-vous vous y attacher par les vœux après le temps des épreuves, si les Supérieurs jugent à propos de vous le permettre ?
Deuxième question : Vous êtes-vous conformé pour votre conduite* tant intérieure qu'extérieure, aux règles de la Société ? Avez-vous lu et relu souvent ces règles, de manière à vous en pénétrer, et nommément la lettre de notre Père Saint Ignace sur l'obéissance ?
Troisième question : Depuis votre consécration, vous êtes-vous appliqué avec plus d'ardeur à votre perfection ? Avez-vous eu plus
(1) Madame de Goèsbriand.
(2) Mademoiselle de Cicé.
(.}) Madame de Buyer.
de ferveur et d'exactitude dans vos exercices de piété ? Avez-vous eu soin de faire chaque jour une heure d'oraison, autant qu'il vous a été possible ?
Quatrième question : Depuis votre consécration, vous êtes-vous proposé de pratiquer l'Obéissance, la Pauvreté, la Chasteté, comme si vous y étiez obligé déjà par vœu ? Avez-vous compris comment on doit le faire dans la Société ? Y avez-vous été fidèle quand les occasions s'en sont présentées ?
Cinquième question : Pour l'Obéissance, en avez-vous senti la nature, l'excellence et la. nécessité ? Vous êtes-vous accoutumé à considérer dans le Supérieur la personne de Jésus-Christ dont il tient la place et au nom duquel il commande ? En cette qualité, lui avez-vous laissé la libre disposition de vous-même, ne lui cachant rien, pas même votre propre conscience ? Comment êtes-vous affecté par rapport à l'obéissance d'action, de volonté et d'entendement ?
Sixième question : Pour la Pauvreté : êtes-vous bien convaincu que la pauvreté est la base de toute la perfection évangélique ? Avez-vous bien compris de quelle manière on s'engage à la pratiquer dans la Société ? Avez-vous donné par écrit l'état de tout ce que vous avez, soit en revenu, soit en fonds, et l'usage que vous en faites ? Désirez-vous sentir quelque rigueur de la pauvreté ? Etes-vous prêt à faire le sacrifice des choses qu'on jugerait vous être inutiles ?
Septième question : Pour la Chasteté : Avez-vous de l'horreur pour les plaisirs et les vains amusements du siècle ? Avez-vous soin de ne rien souffrir qui favorise la mollesse et la sensualité, soit à table, soit dans votre chambre, soit dans vos vêtements ? Veillez-vous à la garde de vos sens et surtout de vos yeux ? Vous proposez-vous, avec le secours de la grâce, d'acquérir une pureté angélique tant de corps que d'esprit, comme un moyen de plaire davantage à Jésus- Christ Notre-Seigneur et à sa très sainte Mère l'Auguste Vierge Marie ?
Nota. — Le but du premier Examen est de donner au novice une plus juste idée des obligations religieuses qu'il se propose de contracter.
Après le deuxième examen, on doit attendre de lui de meilleures dispositions qu'après le premier et de plus parfaites encore après le troisième.
A la Citoyenne Esternoz.
Je ne crois pas que Mademoiselle E.. se trompe beaucoup dans ce qu'elle me dit au commencement de sa lettre ; c'est toujours un effet de la grâce de Dieu quand il. arrive que nous rencontrions juste
dans le discernement que nous faisons des cœurs, surtout quand ceuxci ne nous donnent pas grande ouverture, soit que Dieu ne leur en donne pas la facilité, soit que d'eux-mêmes ils se tiennent un peu trop réservés, faute d'une assez grande confiance. Il me semblait avoir bien rencontré dans ce que je vous ai marqué de vos dispositions intérieures. L'aveu que vous m'en faites et la protestation que vous y joignez de votre docilité d'enfant pour tout ce que nous pourrons vous dire pour vous aider à avancer dans le chemin de la perfection, m'engage à m'ouvrir davantage à vous sur ce point important : ce sera le développement de ce que je n'ai fait qu'indiquer dans ma lettre ; j'y reviendrai, mais auparavant je veux m'entretenir à loisir avec vous au sujet d'un mot que vous me dites en finissant votre courte, mais intéressante épître ; vous me dites qu'il y a beaucoup de bon où vous êtes et vous me demandez à ce sujet si vous pourriez sans inconvénient donner connaissance de la petite Société. Connaissant, comme je le fais, votre prudence et votre discrétion, je n'hésite pas à vous répondre que vous le pouvez, que cela convient tout à fait à votre qualité de Supérieure que nous ne vous avons pas donnée au nom du Seigneur pour qu'elle fût en vous un titre vain et illusoire, et que vous ferez en cela une œuvre très agréable à Jésus et à Marie, très utile au prochain et très méritoire pour vous-même. Ce n'est pas encore assez ; je veux, autant qu'il est en moi, vous faciliter le moyen de réaliser ce bon désir qui n'a pu être suggéré que par celui qui est l'Auteur de tout bien qui est en nous et qui, après nous avoir inspiré la bonne volonté, met le comble à cette grâce en nous donnant la force et le courage qui nous sont nécessaires pour la mettre à exécution. Rien, ce me semble, ne peut y contribuer davantage qu'une analyse de discours relatifs à la Société, que je viens de faire dans la petite retraite dont l'objet était de disposer les âmes à la consécration qui, parmi les Filles du Cœur de Marie, tient lieu de vêture et doit en produire les effets. C'est ce même objet que vous avez en vue ; ainsi la même marche et les mêmes réflexions pourront vous servir.
Vous paraissiez regretter de ne pouvoir assister à notre retraite, et vous désiriez qu'on vous en dédommageât par des prières ; vous avez eu une part très spéciale à nos prières et je veux faire pour vous plus encore que vous ne demandez en vous envoyant l'analyse de nos discours, tandis qu'ils sont encore présents à mon esprit. Cela me demandera un temps que j'avais destiné d'avance à d'autres occupations relatives au service de l'Église ; mais cela vous prouvera combien les intérêts de votre âme me sont chers. En travaillant pour elle, je crois travailler pour plusieurs autres à qui j'espère elle pourra se rendre utile, .comme je l'en prie et l'en conjure au nom du Seigneur et de sa très Sainte Mère.
Dans cette petite retraite de trois jours, j'ai donné deux discours par jour. Dans ceux du matin, je me suis proposé de développer
la nature de la Société du Cœur de Marie (i) ; ceux du soir ont été des conférences sur les vœux substantiels de la religion, qu'on doit garder avec soin dès le moment de la consécration dans la Société, quoiqu'on ne prenne là-dessus en la faisant aucun engagement définitif.
A Mademoiselle d'Esternoz (pris à Dôle dans le recueil de M. de Chaffoy).
12 septembre 1798.
Je vois avec une douce satisfaction, ma chère fille, que Dieu vous a fait bien des grâces, et que vous êtes dans la ferme résolution d'y répondre de votre mieux. J'en remercie du plus intime de mon âme son infinie bonté et je la supplie très instamment et très humblement de Tépandre avec une sainte profusion sur vous les grâces dont vous aurez besoin pour y être fidèle et pour parvenir, à l'aide de cette fidélité, à la haute perfection à laquelle je ne doute point que vous soyez appelée.
Vous désirez bien sincèrement y arriver ; vous voulez faire tout ce qui dépend de vous pour cela ; vos résolutions que vous avez transcrites en sont la preuve ; elles sont excellentes et sont en vous l'effet d'une grâce peu commune. Je ne puis que les approuver, et je vous exhorte à les garder avec exactitude. Si vous le faites constamment, les grâces du Seigneur croîtront chaque jour, vos forces spirituelles croîtront aussi, quoique vous ne vous en aperceviez pas toujours, et vous arriverez sûrement, mais après bien du temps et des épreuves, à cette perfection que vous désirez et que le Seigneur attend de vous.
C'est quelque chose, sans doute, d'avoir pris de généreuses résolutions, mais ce n'est pas tout ; ce ne serait pas même assez de les accomplir pendant quelque temps, ou même pendant longtemps, il faut le faire jusqu'à la fin ; la couronne du salut n'est accordée qu'à la persévérance. Le point capital est donc pour vous de vous affermir sans cesse dans les bonnes dispositions où vous êtes.
Un premier moyen qu'indique la raison est de renouveler souvent ses résolutions, en demandant humblement au Seigneur l'assistance de sa grâce et de ses lumières, étant bien persuadée que de vous-même vous pourriez vous écarter de la voie de la perfection et retourner aux inclinations de la nature qui, quoique assoupies, ne sont pas
(1) Voici le texte de ces discours : Voilà votre Mère. Jean, XIX, 27. — Faites tout ce qu'il vous dire. Jean, II, 5. — Je ne vous demande pas que vous les sépariez du monde, mais que vous les préserviez du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde. Jean, XVII, 15, 16. (Triduum aux premières F. du C. de M.)
éteintes et n'attendent peut-être qu'une occasion de se rallumer en vous avec plus de force que jamais. L'exemple de bien d'autres, votre propre faiblesse doit vous convaincre que vous ne la connaissez pas encore tout entière et vous devez vous en méfier.
Afin de ne point vous ralentir dans cet exercice qui pourrait vous lasser et dont peut-être à la longue vous vous acquitteriez avec indifférence, rappelez-vous combien il est important d'aller toujours en avant. Si vous négligez la grâce précieuse que Dieu vous a faite, pourriez-vous espérer qu'elle vous serait faite de nouveau ? Quand elle le serait, ferait-elle sur vous la même impression ? N'auriez-vous pas à craindre, si vous faites quelques pas en arrière, d'être entraînée par le torrent bien plus loin que vous ne l'imagirez, et savez-vous si ce ne serait pas pour toujours ?
C'est dans la retraite et le silence que Dieu s'est communiqué à vous ; ayez recours aux mêmes moyens pour empêcher que vos forces ne diminuent, et plus encore lorsque vous sentez qu'elles commencent à s'épuiser. Priez sans cesse ; Notre-Seigneur en fait un commandement à tous les fidèles. Le recueillement et la présence de Dieu vous sont pour cela nécessaires ; évitez de tout votre pouvoir la dissipation ; le goût du monde serait votre perte.
Ayez toujours la plus havre idée de vos saints engagements. Le Seigneur vous appelle à de grandes choses ; une épouse de Jésus- Christ doit avoir les sentiments de son époux ; elle doit s'efforcer de retracer en elle son image, de marcher sur ses traces ; ses devoirs sont sublimes, mais le Cœur de Marie vous est ouvert, c'est un asile où vous pouvez vous renfermer et jouir des entretiens du céleste Épo'ux. C'est un modèle des vertus intérieures propres à votre saint état ; c'est un trésor où vous pourrez puiser à loisir les grâces les plus précieuses ; vous avez des droits sur ce Cœur en qualité de sa fille ; si vous les faites valoir, il n'y a rien que vous ne puissiez attendre. Qui possède le Cœur de la Mère possède aussi celui du Fils.
A la Citoyenne Esternoz chez la Citoyenne Jouffroy, au Pin.
24 juillet 1799.