‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 57 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Vendredi 13 mars 1807.

Madame et très chère fille en N. S.,

Je vous félicite et je remercie le Seigneur de ce que vous avez gagné votre procès de la manière la plus complète. Cette nouvelle m'a fait le plus sensible plaisir, car quoique le bon droit fût tout de votre côté, ce qui est au jugement des hommes est bien incertain. Vous vous êtes occupée continuellement des affaires de Dieu ; Il a pris en main les vôtres et les a fait succéder (1) selon les vœux de toutes les personnes de piété qui ont l'avantage de vous connaître. Tant de pauvres que vous assistez, et surtout les pauvres enfants délaissés ont gagné leur procès aussi bien que vous. Que le Seigneur,

(1) Succéder dans le sens de réussir.

en leur considération et la nôtre, daigne aussi vous rendre une parfaite santé et nos vœux seront satisfaits.

La santé de mademoiselle de Cicé m'inquiète, d'après ce que vous m'en avez dit. Je n'ai rien à lui mander de particulier en ce moment, mais dites-lui de ma part de se bien ménager. Je ne la perds pas un moment de vue devant Dieu. Qu'elle unisse ses peines à celles que notre divin Maître et sa Sainte Mère ont souffertes pour l'amour de nous ; et qu'elle entre toujours de plus en plus dans les sentiments de leurs Cœurs Sacrés. Un abandon parfait d'elle-même, et pour le corps et pour l'âme, entre les mains de Dieu, voilà quelle doit être son occupation, mais en esprit de paix et de suavité. Au reste, je ne crois pas que cette faiblesse et cette incommodité aient aucune suite fâcheuse.

Si vous n'avez pas encore écrit au Hâvre, permettez-moi, ma chère fille, de vous le rappeler. A votre défaut, j'avais prié mademoiselle d'Acosta de vouloir bien faire l'emplette de mon papier dont je lui avais remis une feuille. J'en aurais actuellement besoin ; si Laurence ne me l'apporte aujourd'hui, je vous prie de me l'envoyer par la première occasion, si votre santé ne vous permet pas encore de me favoriser de votre visite.

Préparons-nous, ma chère fille, à la grande fête de Pâques, en nous immolant nous-mêmes à chaque instant en esprit, en union avec le divin Agneau qui s'est immolé Lui-même pour notre salut.

C'est en Lui que je suis, pour la vie et même au delà, tout à vous.

P. Jos.

A Madame de Saisseval.

2 Juillet 1805.

Madame et très chère fille, Ne vous plaignez pas de votre mauvaise humeur, mais supportez-la doucement, c'est le moyen de la guérir. Il n'est pas toujours en notre pouvoir de l'empêcher ; c'est une nouvelle maladie ajoutée à la première, qui la rend bien plus pénible. Mais croyez que Dieu ne l'a permise que pour augmenter votre mérite. Il est difficile et douloureux d'être privé de bien des consolations spirituelles, mais aussi il est bien consolant de faire la volonté de Dieu aux dépens de la sienne, et jamais on n'est plus assuré de la faire que quand on a à combattre contre soi-même et contre ses penchants les plus justes et les mieux réglés. C'est le cas où vous êtes ; ruminez bien cette parole du Seigneur : « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père ».

Je ne veux pas abuser de la patience de Mlle votre fille. Je vous

remercie de m'avoir procuré le plaisir de la voir, ainsi que Mademoiselle sa sœur.

Je vous souhaite et demande pour vous une meilleure santé. Mes respects très humbles à Madame de Lastic. Je suis dans le Seigneur tout à vous.

Ce jour de la Visitation 2 juillet.

A Madame de Saisseval.

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