L. J. Ch
Paris, 15 février 18 13.
Ma chère fille en N. S.
Étant sur le point de partir pour une quinzaine de jours, j'aime mieux ne vous écrire que deux mots que de remettre à le faire à un temps indéterminé et toujours incertain. Voici la substance de ce que je vous dirais plus au long. Il n'y a rien, dans tout ce que vous me dites dans vos deux lettres, et nommément dans la première, qui ne me paraisse venir de l'Esprit de Dieu. C'est Lui, je n'en doute point, qui vous donne ces hautes et sublimes idées sur votre vocation dans la Société du Cœur de Marie. Les dispositions que vous avez en conséquence sont très agréables à Dieu, ainsi que les résolutions que vous avez prises d'y être fidèle avec le secours de la grâce divine.
Je les crois équivalentes à un vœu ; gardez-les comme si vous en aviez fait le vœu, mais je ne crois pas nécessaire que vous le fassiez expressément.
Pour les détails que vous me demandez, l'homme de Dieu qu voit de ses yeux votre situation peut mieux en juger que moi. Je vous dirai seulement que je ne jugerais pas convenable votre voyage à Nogent.
M. Beulé n'est plus ici, mais je lui ai fait le meilleur accueil possible, et je lui ai dit qu'il devait toujours se regarder comme un des nôtres. Cependant jamais il ne m'a parlé en détail de ce qu'il a fait à Nogent, quoique je l'en aie vivement pressé. Il a cru sans doute que la prudence lui faisait, en pareil cas, une loi du silence. Vous feriez bien d'exiger qu'il vous rendît vos papiers ; au reste M. Guépin doit en avoir et peut vous les prêter pour en tirer copie ; ou bien nous prierons qu'on vous les envoie de Chartres. Nous l'avions d'abord empêché, vous devinez pourquoi... Je vous recommande une bonne œuvre que j'ai fort à cœur, et suis, dans le Seigneur, tout à vous.
A Mademoiselle Victoire Puesch chez les Dames Carmélites à Tours, Départem. d'Indre-et-Loire.
Paris, ce 7 décembre 1813.
Ma chère fille en J. Ch.,
Votre lettre du 27 novembre ne m'a été remise qu'avant hier et il me fallait un peu de temps pour y penser devant le Seigneur ; sans cela vous n'auriez pas tardé à recevoir ma réponse.
Il est fâcheux que votre bon Père ne m'ait pas écrit ; il m'aurait dit quelles sont les raisons qui rendent pour vous le séjour de Tours chez les D. D. Carmélites si nécessaire, et qui auraient pu contrebalancer les raisons graves qui semblent demander ou même exiger que vous vous fixiez pour quelque temps à Chartres.
Ces raisons sont fortes, le salut de la fille, l'agrément du père, qui ne peut voir sa fille qu'entre vos bras ; l'espoir de porter la paix dans la famille, de consoler une mère affligée, de calmer l'esprit d'un frère exaspéré sans sujet contre son frère. On n'est pas certain du succès, mais si on peut le tenter sans de grands inconvénients, il me semble que la charité exige qu'on le fasse. Ainsi, à moins que mon respectable confrère M. Guépin ne juge que les inconvénients qu'on peut craindre ne l'emportent sur l'espérance qu'on peut avoir du succès de vos démarches, je suis d'avis que vous vous rendiez aux prières de votre sœur... Le consentement de votre nièce pour
rester avec vous à Tours lèverait toutes les difficultés, mais vous dites qu'il n'y a nulle espérance de l'obtenir d'elle et qu'il ne serait pas prudent de l'y forcer.
Mes très humbles respects à M. Guépin et à Madame la Prieure. M. Bourgeois et votre digne Mère présentent aussi leurs respects à M. Guépin et prennent bien part à votre situation. Soyons tous un cœur et une âme dans les S. C. de Jésus et de M., en qui je suis, ma chère fille, votre très humble et très obéissant serviteur.
P. J. de Clor.
A une personne inconnue.