‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 64 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Madame et très chère fille en Notre-Seigneur,

Le long voyage que je viens de faire ne m'a point empêché de penser souvent à vous, et je bénis le Seigneur des grâces qu'il vous fait et de la fidélité avec laquelle vous y répondez. Continuez toujours de vous appliquer au grand ouvrage de votre perfection et, n'en doutez pas, avec le secours de la grâce vous parviendrez au terme que vous désirez.

J'ai perdu au commencement de cette année une sœur religieuse, morte en odeur de sainteté, et qui jouit déjà, à ce que je pense, du fruit de son grand zèle pour la discipline régulière, mais que je recommande néanmoins à vos saintes prières. Je vous recommande aussi l'âme d'un de nos confrères, qui est mort à Chartres le premier de l'an et qui a été canonisé par la voix du peuple.

Dans mon voyage, j'ai eu l'avantage d'exercer le saint ministère avec quelque succès, surtout à Tours et à Poitiers où j'ai donné des

(1) Approbation du Saint Père, le 19 janvier 1801.

(2) Mlle de Cicé.

retraites publiques. Messeigneurs les Prélats m'ont comblé d'honnêtetés et ont parfaitement accueilli nos Sociétés.

Depuis que je suis ici, il y a un peu plus de quinze jours, j'ai donné une petite retraite aux nôtres et j'ai été occupé de mille affaires, inévitables après une longue absence. Dès que j'en serai débarrassé, je m'appliquerai tout entier à la révision de nos papiers pour les livrer à l'impression. Je demande des prières particulières pour que Dieu m'assiste dans ce travail qui intéresse essentiellement les deux familles.

Donnez-moi, je vous prie, de vos nouvelles, de celles de notre cher confrère M. d'Aubonne et de nos autres nouveaux confrères, et faites-leur à tous mes compliments. Mon adresse est : à M. Rivière, rue Notre-Dame-des-Champs, faubourg Saint- Germain, maison des Frères.

Mes respects, s'il vous plaît, à Mesdames vos sœurs. Croyez-moi toujours, dans le Seigneur, Madame et très chère fille, votre très humble et très obéissant serviteur.

P. J. Rivière.

A Madame Rosalie de Goësbriand à Dôle.

9 octobre 1804.

Loués soient Notre-Seigneur et sa Très Sainte Mère. Madame,

Je me reprocherais ma négligence si je laissais passer cette belle occasion sans vous donner des marques de mon souvenir et de mon respectueux attachement. On vous dira de mes nouvelles, mais vous ne serez pas fâchée d'en savoir par moi-même ; elles sont bonnes et très bonnes, et d'autant meilleures que le Seigneur me donne quelque part, quoique bien légère, à son calice. Je ne puis pas dire que je souffre précisément pour sa cause, mais j'ai la consolation de pouvoir me rendre à moi-même le témoignage que je suis tout à fait étranger à l'affaire pour laquelle je suis détenu ; et je crois, par conséquent, avoir raison de l'attribuer en grande partie à la malice et à la haine de celui que le St Évangile appelle lè Prince du monde. Il a cru, sans doute, détruire par ce moyen l'œuvre que le Seigneur nous a confiée ; mais nous savons que le propre de la Sagesse divine est de faire servir à ses desseins les moyens qu'on emploie pour les détruire. Que cela ranime notre espérance et nous remplisse d'un nouveau courage pour poursuivre ce que nous avons entrepris uniquement pour sa gloire et pour notre avancement spirituel. Si le Seigneur

veut se servir un jour, et dans les temps les plus fâcheux, pour le bien de son Église, de ces deux petites Sociétés qui sont encore si faibles et si petites, comme nous avons bien lieu de l'espérer ; il n'est point douteux qu'elles ne doivent être en butte à bien des orages et des tempêtes, et qu'elles ne soient choisies de Dieu pour donner à l'Église un grand nombre de saints martyrs et de saintes martyres, comme elles ont déjà commencé à le faire, étant à peine au berceau ; il est donc bien juste et bien convenable qu'elles soient l'une et l'autre persécutées dans ceux dont il a plu à Dieu de se servir pour les former, à l'honneur et sous l'invocation des Cœurs sacrés de Jésus et de Marie. C'est pour nous un grand sujet de joie et pour vous un grand sujet d'espérance. A Dieu ne plaise, devons-nous dire avec le grand Apôtre, que nous nous glorifiions en autre chose que dans la croix de Jésus-Christ Notre- Seigneur.

Je me recommande à vos bonnes prières et à celles de toutes vos chères filles. Donnez à toutes l'exemple d'un cœur embrasé d'amour et plein de confiance en Dieu. Nous sommes étroitement unis à Celui qui est le Fort par excellence ; qu'avons-nous à craindre, que ne devons-nous pas espérer ? En union de son divin Cœur et de celui de sa Très Sainte Mère, je ne veux être avec vous et avec elles, qu'un cœur et qu'une âme.

Lettre de Madame de Goësbriand au R. P. de Clorivière.

(Pour Joséphine (i). Ce 22 mai 1807.

Loués soient N. S. J. Ch. et sa très Ste Mère.

Que de temps il y a, Monsieur et très respectable père, que je n'ai eu la satisfaction de vous écrire ; je ne puis m'empêcher de profiter d'une bonne occasion qui se présente pour me la procurer et venir vous demander par écrit, ne pouvant le faire verbalement, votre bénédiction et la grâce de vouloir bien penser à moi quelquefois devant le Seigneur. Lorsque j'avais le bonheur d'avoir ma respectable et sainte amie Adélaïde (2), je savais plus souvent de vos nouvelles, et cette privation a ajouté au grand sacrifice que Dieu a demandé de moi en enlevant de ce monde une amie et une mère qui m'était bien utile. Je la retrouvais dans sa digne sœur (3), mais voici longtemps que nous sommes privées de ses exemples et de ses conseils ; son état de souffrance continuelle ne lui permet pas de se fixer parmi nous, et dans ce moment, nous ne sommes pas sans grandes inquiétudes sur son état qui paraît dangereux ; nous faisons des vœux fréquents

(1) Lettre de Mme Rosalie de Goësbriand au R. P. qui, pendant qu'il était en prison, se faisait adresser ses lettres sous le nom de Joséphine.

(2) Mlle Adélaïde d'Esternoz.

(3) Madame de Buyer, supérieure de la réunion de Dôle.

pour sa guérison, en travaillant à nous résigner à ce qu'il plaira à la volonté divine ; les médecins laissent encore un peu d'espérance. Les desseins de Dieu, toujours adorables, sont bien inconnus à notre faiblesse ; nous regardions ces deux vertueuses sœurs comme les colonnes de notre famille dans ce pays ; s'il les réunit au ciel, elles ne nous oublieront sûrement pas. J'invoque souvent conditionnellement l'aînée, que je crois déjà en possession de ce bienheureux séjour, de m'obtenir d'y parvenir un jour en imitant les exemples qu'elle m'a donnés ainsi que ses conseils. J'avais bien des années au-dessus d'elle, mais elle a bien plus vécu de temps pour Dieu que moi, et c'est bien sincèrement que je vous fais l'aveu que, quoique je sois maintenant la plus ancienne de vos filles dans ce pays, je me crois bien la dernière dans le chemin de la perfection. Un des reproches que j'ai à me faire est mon peu de correspondance à la grâce et de constance dans mes résolutions, et j'ai bien besoin que votre charité paternelle vous engage à me recommander particulièrement au Seigneur. Je regrette le temps où j'avais l'avantage d'avoir une correspondance avec vous ; au reste, elle n'est pas entièrement perdue, et je conserve précieusement vos lettres et relis de temps en temps les bons avis dont elles sont remplies. C'est aussi un sujet d'actes de résignation à la volonté de Dieu que de vous savoir toujours dans la même position ; je ne doute pas que vous ne la supportiez avec tout le courage qui est le fruit de la vraie vertu et de l'amour d'un Dieu souffrant et mourant pour nous, et pour la gloire duquel vous avez, depuis votre jeunesse, consacré votre existence ; et je suis bien convaincue que l'emploi que vous faites du temps, dans votre solitude, ne contribuera pas moins à sa gloire que celui où vous avez mené une vie apostolique.

Je pense que vous savez que nous sommes maintenant bien plus nombreuses ici que lors du petit séjour que vous y avez fait. Nous sommes quatorze quand nous avons notre respectable Aglaé (i) et sa femme de chambre (2), et douze en leur absence ; nous avons pour sa suppléante (3) une de nos sœurs que vous avez vue et dont vous aviez été très content ; par sa vertu et sa douceur elle a gagné la confiance de toutes, et c'est un grand adoucissement pour nous de l'avoir à notre tête en l'absence de notre mère. J'ai aussi depuis deux ans la satisfaction d'avoir une de mes sœurs qui s'est réunie à nous et qui apprécie bien ce bonheur. Je comptais écrire un mot à ma respectable payse (4), mais il est tard et l'occasion part demain de grand matin. Je vous prie donc de vouloir bien, à la première occasion, l'assurer de mon sincère, respectueux et soumis attachement. Il

(1) Madame de Buyer, Supérieure de Dôle.

(2) Mademoiselle Ëmilie Gerrier.

(3) Mademoiselle Amoudru.

(4) Mademoiselle de Cicé.

faut compter sur vos bontés pour oser vous envoyer un si long griffonnage à déchiffrer ; je serai bien reconnaissante si vous avez celle de me donner par vous-même un mot de vos nouvelles et l'assurance que vous n'oubliez pas de vous intéresser à mon salut.

Recevez, Monsieur et très repsectable Père, celle de mon respectueux et soumis dévouement.

Rosalie de G...

Pour madame Rosalie de Goësbriand à Dôle.

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