LETTRES A MADAME DE CLERMONT
A Madame de Clermont.
Aix, ce ij mai 1803.
Loué soit Notre-Seigneur Jésus Christ.
Madame,
J'ai été bien sensible au souvenir de Xarine (1) et fort édifié de tout ce qu'elle me dit de ses dispositions, dans sa lettre du 13 mars que je n'ai reçue que très tard et à laquelle je n'aurais pu répondre plus tôt. Je partage bien toutes ses peines et je conjure le Céleste Époux, qui les lui envoie afin qu'elle s'attache plus étroitement et plus fortement à lui, de guérir les blessures profondes qu'il a faites en son cœur. Je ne manquerai pas de prier pour les deux personnes qu'elle me recommande.
Je n'ai pas oublié et je n'oublierai jamais l'époque dont vous me parlez. Le Seigneur, je l'espère, en tirera sa gloire. Il a ses moments ; c'est à nous à les attendre avec constance et longanimité. Ce serait tout perdre que de vouloir les devancer ou de nous laisser aller au découragement. Que la vicissitude des choses humaines ne vous ébranle point. Qnand tout changerait autour de nous, n'en soyons que plus fermes à marcher dans la voie que Dieu nous a indiquée.
Vous avez, par la nature même de nos Sociétés, toutes les permissions dont vous avez besoin dans votre situation, pour toutes les occurrences de la vie civile. Je vous les confirme de nouveau.
Quant au spirituel, je ne crois pas que vous ayez rien à ajouter aux pratiques extérieures. Ayez soin seulement de vous accommoder aux diverses circonstances où vous pouvez vous trouver, en regardant en toutes choses la volonté du Souverain Maître.
Pour l'extérieur, il y a sans cesse à travailler. Le Cœur de Jésus est le divin modèle dont nous devons nous approcher de plus en plus. Nous en serons toujours bien éloignés ; mais, avec son secours, efforçons-nous de passer toujours du bien au mieux, du mieux au parfait, du parfait à ce qui l'est davantage, jusqu'à ce que son divin amour consumant en nous tout ce qu'il y a de moins agréable à ses yeux, nous soyons comme transformés en Lui.
Je me recommande instamment à vos bonnes prières. N'omettez rien pour entretenir dans votre ville une solide et véritable dévotion au divin Cœur de Jésus.
(1) Le P. de Clorivière parle de Xarine à Mme de Clermont comme si c'était une tierce personne, quoi que tout donne à penser que sous ce nom il ne soit question que de Mme de Clermont-Tonnerre. Plusieurs lettres du Père à Mme de Clermont portent sur l'adresse : pour remettre à Xarine. Des raisons de prudence et de discrétion engageaient sans doute le P. de Clorivière à en agir ainsi.
Je suis, avec un profond respect, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.
Celle que vous appelez Joséphine et dont le nom est Adélaïde, a été bien sensible à votre souvenir, elle vous présente ses respects et se recommande instamment à vos prières.
Pour Xarine (Madame de Clermont-Tonnerre).
io septembre 1803. Aix.
Loués soient Jésus-Christ et sa très sainte Mère. Madame et très chère fille en Notre-Seigneur.
J'ai reçu assez tard votre aimable et intéressante épître du 7 juillet. Vous avez dû recevoir depuis ce temps-là une lettre que je vous ai écrite en même temps qu'à M. Bicheron.
Votre situation étant maintenant changée par une disposition particulière de la divine Providence qui, dans tout ce qu'elle fait, a principalement égard au bien des âmes qui s'abandonnent entièrement entre ses mains, rien ne m'empêche plus de condescendre à ce que vous désirez pour la gloire de Dieu et le bien de votre âme. Vous pourrez donc être admise par la consécration ordinaire dans la Société du Cœur de Marie, dès que les Supérieurs de la Société à qui vous vous adressez plus immédiatement, le jugeront convenable. La Bonne Mère (1) est là-dessus du même sentiment. Elle vous salue bien respectueusement et nous nous recommandons l'un et l'autre à vos bonnes et ferventes prières.
Ce que vous me dites de vos affaires n'a rien qui ne soit conforme à la prudence et à l'esprit de notre Société. Nous vous donnons toutes les permissions dont vous pourriez avoir besoin.
Ne vous gênez point sur le besoin que vous avez de prendre l'air en faisant vos exercices de piété, quoique cela puisse faire naître des distractions. Dieu sait bien le besoin que vous en avez, et que ce serait pour vous une vraie satisfaction de faire autrement. Soumettez-vous avec simplicité à ce que vous ordonnent ceux à qui vous avez confié le soin de votre santé. Cette simplicité sera d'un grand mérite devant Dieu.
Je suis avec respect, dans les Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie, Madame et très chère fille, votre très humble et obéissant serviteur.
(1) Mlle de Cicé.
A Madame de Clermont-Tonnerre.
Novembre 1803.