L. J. Ch
Ce 30 juin 1806.
Madame et très chère fille en N. S. J. Ch. Je suis toujours sensible aux marques que 'ous me donnez de
votre confiance et de votre intérêt, mais c'est une consolation bien plus douce encore pour moi de savoir que vous travaillez sans relâche au grand ouvrage de votre perfection. Vous avez raison de croire qu'on ne peut y travailler utilement qu'en marchant sur les traces de Jésus et de Marie. N'oublions point que c'est là le grand devoir d'un chrétien, mais souvenons-nous en même temps que c'est à leurs sentiments, bien plus qu'à leurs actions extérieures, qu'il faut nous attacher. Quand nous serons pénétrés de ces sentiments, notre conduite sera formée, autant qu'il est possible, sur le modèle de la leur ; nous ne tiendrons en rien à la terre, à nous-mêmes, aux vanités du siècle. Nous serons doux, humbles, patients envers les autres ; petits à nos propres yeux, nous ne craindrons pas de l'être aux yeux d'autrui et, fidèles à nos saints engagements, nous nous efforcerons de les pratiquer chaque jour avec plus de perfection en nous renonçant en toutes choses, afin de mourir pleinement à nous-mêmes et de ne plus vivre que pour J. C.
Je n'ai point reçu la lettre dont vous me parlez au sujet de M. Bicheron ; mais les arrangements que vous prenez, de concert avec ce digne ecclésiastique, ne peuvent manquer d'avoir notre approbation... J'applaudis à tout le bien que vous faites à votre paroisse ; c'est travailler pour la gloire de Dieu et le salut des âmes... Ma situation est toujours la même, mais Dieu me fait la grâce de la regarder comme une faveur de sa main. Priez pour moi et ne doutez point de mon respectueux dévouement.
Mes respects à M. Bicheron et à Mme de Rumigny, quand vous les verrez. Votre très humble et très obéissant serviteur,
P. Joseph.
A Madame, madame de Clermont-Tonnerre à Bertangles par Amiens (dép. de la Somme)